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Gérard Gourgue immortalisé par Arnold Antonin

jeudi 29 novembre 2012 par Administrator

Il y a 33 ans, en novembre 1979, les macoutes mettent fin violemment à une conférence de Me Gerard Gourgue sur les droits de l’homme. L’avocat entrait dans la légende de la bataille pour la démocratie en Haïti. A travers un long documentaire Arnold Antonin retrace le parcours de Me Gourgue.

102 minutes. C’est le temps d’une aventure poignante offerte par Arnold Antonin. Avec des vielles photos d’albums privés, d’images VHS converties, d’interviews récentes, le cinéaste, pour soigner l’amnésie collective des années de plomb des Duvalier, revient sur les causes d’une occasion manquée, campe un « mapou » : Me Gérard Gourgue. Personnage haut en couleur dont la destinée de diriger Haïti a été noyée dans le sang des votants, à la ruelle Vaillant, le 29 novembre 1987, Gourgue incarne plus. Pour Arnold Antonin, il est « l’homme par qui le cours de l’histoire aurait pu être changé ».

L’homme des aurait pu, des aurait dû est montré sous toutes les coutures. Le nourrisson adorable, sevré 23 jours après sa naissance à cause du décès de sa maman, l’élève « studieux et rebelle », le jeunot sensible à la verve de grandes figures politiques du moment, dont Daniel Fignolé. Belle gueule et tête bien pleine, Gourgue, à la cité universitaire de Paris, côtoie de jeunes loups de l’intelligentsia haïtienne comme Leslie Manigat entre 1952 et 1954 avant de revenir au pays. Père de quatre filles, marié depuis 50 ans à sa femme Paula, Gourgue est un bon mari et un « papa poule ».

Enseignant et avocat, il milite au sein de la Ligue haïtienne des droits de l’homme. Son action lui vaut un sobriquet : « M. droits de l’homme ». Dans l’Haïti des Duvalier et des macoutes, cet engagement n’est pas sans prix. En novembre 1979, il expérimente la brutalité des sbires du régime lors d’une conférence sur les droits de l’homme chez les pères salésiens à la Saline. Sa femme a failli y laisser sa peau.

Le départ du président Jimmy Carter du bureau ovale à la Maison-Blanche favorise un durcissement de la situation. La rafle du 28 novembre 1980 suivie de l’exil de journalistes et de militants des droits de l’homme alourdit un climat sociopolitique déjà pesant. Mais la contestation populaire bouillonne. La chape de plomb explose le 7 février 1986. Baby doc, comme un chien battu, fuit vers la France. Quelques petites frappes sont suppliciées, mais des grands manitous du régime jouissent de la protection de l’armée. Les images d’époque, captivantes, témoignent de la quête de la démocratie.

Me Gérard Gourgue, dans ce que l’on a cru être une ère nouvelle, fait partie du Conseil national de gouvernement (CNG) aux côtés des généraux Henry Namphy et Williams Régala. Me Gourgue est aussi ministre de la Justice. Le jugement des bourreaux constitue l’une de ses priorités. Dupé, comprenant qu’il est presque tourné en bourrique par les militaires pas franchement décidés à respecter la liberté de la justice, Me Gérard Gourgue démissionne du CNG le 21 mars 1986. « Les exigences de la révolution n’ont pas été satisfaites », explique-t-il à des journalistes, craignant à l’époque d’avoir perdu un peu de son aura. Un mois et quelques jours après avoir claqué la porte, le 26 avril 1986, Me Gérard Gourgue assiste comme tout le monde au massacre de manifestants pacifiques par les militaires en faction au fort Dimanche, « le symbole du nazisme créole ».

Le cap, en dépit de ces atrocités, est mis sur les élections libres que le CNG feint de garantir. La Constitution du 29 mars 1987 émerge après un référendum test de la volonté du peuple à s’impliquer dans la gestion de la chose publique, un verrou contre un ordre ancien. Le retour choquant du PRAN, un parti néo duvaliériste, la fermeté affichée de Namphy à combattre « le macoutisme sous toutes ses formes » décrispent un peu l’atmosphère. Et la mise à l’écart des compétitions électorales - fixées au 29 novembre 1987 par le CEP d’Emmanuel Ambroise - des figures de proue du duvaliérisme rassure. En partie. Les intimidations et actes de sabotage des dispositifs mis en place par le CEP renseignent. Les militaires ne veulent pas d’élections. Face aux pressions, les joutes se tiennent et finissent dans le sang. Me Gérard Gourgue, Marc L. Bazin, Louis Déjoie II et Silvio C. Claude condamnent ce massacre. Me Gourgue, du Front national de concertation (FNC), le plus populaire des candidats, a fait trembler. Il est considéré à Washington comme un communiste. Dans le contexte de la guerre froide, de la séparation du monde en deux blocs, il n’en fallait pas plus pour avoir sur le dos les faucons américains, chantres du libéralisme.

La grogne s’intensifie. Et les militaires, dans une stratégie gagnant-gagnant pour eux, organisent les joutes du 18 janvier 1988 avec un CEP inféodé dirigé par Me Jean Gilbert. Leslie Manigat devient président de la République à l’issue d’une élection boudée par le « secteur démocratique ». Leslie Manigat, pantin de Namphy ? Himmler Rébu, ex-colonel, croit que oui. « Si quelqu’un croit que Namphy m’a aidé, c’est une personne que je qualifierai de pas sérieux », répond le professeur Leslie Manigat, 25 ans après ces événements. « Je me rends compte que dans ce pays, la haine est la force politique la plus efficace », souligne Manigat.

Dans ce documentaire, Me Gérard Gourgue est, pour Himmler Rébu, un vir bonus capable de s’aligner à droite comme à gauche. Cela dépend des circonstances. Ce film appelé à être projeté poursuit un objectif : remettre l’histoire sur les rails dans ce pays d’amnésique. Les élections du 29 novembre 1987, si elles n’avaient pas avorté dans le sang auraient permis de débuter un processus de normalisation politique, explique Arnold Antonin, en marge de cette projection. « Après cinq ans, c’est sûr que l’équipe, constituée de gens peu expérimentés, aurait fait des erreurs. Mais le processus serait lancé », témoigne Arnold Antonin, ex-chef de la campagne électorale de Me Gérard Gourgue qu’il a immortalisé avec ce documentaire…

Roberson Alphonse

roberson_alphonse@yahoo.com








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