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Etiologie et diagnostic du malaise de la médecine haïtienne

mercredi 14 novembre 2012 par Administrator

Président du Collège Haïtien de Médecine Interne (CHAMI)

Parmi les conséquences fâcheuses du Goudougoudou et dont les effets perdureront pour plus d’une génération il faut citer le tohu-bohu du monde médical haïtien. Certains couts sont estimables en gourdes ou « dollars and cents », d’autres ne le seront jamais ou plutôt s’en seront ressentis de façon sociétale pour longtemps ou plus d’une génération.

La perte physique de la FMP-UEH (Faculté de Médecine et de Pharmacie UEH), l’ENIP (Ecole Nationale des Infirmières de Port-au-Prince, l’HUEH (hôpital UEH), des centres de Santé et d’autres hôpitaux (Sanatorium etc.) peut être appréciée en valeur monétaire. Le démembrement ou disfonctionnement du CDTI (Centre Diagnostic et Thérapeutique Inc.) de même. Toujours dans le domaine médical les vies humaines en immolation du Goudougoudou á l’ENIP et d’autres hôpitaux (SFS, SOHDEC etc.) sont des pertes sensibles et connues qui ne peuvent jamais être appréciées en valeur numismatique.

Mais nous voulons nous référer ici au tohu-bohu médical ou désordre fonctionnel du monde médical comme conséquence du séisme du 12 janvier 2010 : les médecins spécialisés qui ont dû prendre le large, l’impacte sur la pratique médicale, l’invasion des ONG ou création de la « République des ONGs », les méfaits du laisser aller ou démission politique du pouvoir, les abus du pouvoir monétaire des ONGs médicales sur les jeunes médecins et d’autres plus matures, l’effondrement des agences médicales locales tout cela a torpillé la médecine haïtienne et la pratique médicale jusqu’à nos jours.

Bref, c’est le contexte dans lequel le Collège Haïtien de Médecine Interne a repris service aux cotés de l’AMH et les sociétés médicales spécialisées après plus de dix années d’interruption de ses activités. Le Collège saisit cette opportunité pour partager ses réflexions avec les collègues préoccupés avec les affres actuelles de notre pays politiquement figé, économiquement ravagé, culturellement dépravé et sociétalement dilapidé et désabusé. Ces affres de tous les jours pour le médecin haïtien en pratique privée rendent le jour aussi nebuleux que le passage de Sandy et les nuits aussi noires que les tentures funèbres appendues aux poteaux, ou noires comme les soutanes des prêtres.

La déperdition socio-médicale

Bon nombre de nos médecins spécialisés ayant perdu leur pratique médicale du fait des soins gratuits offerts par les ONGs ont dû se rendre ailleurs aux EE.UU, au Canada etc. Un hôpital comme le CDTI, centre hospitalier moderne « state of the art » pour parler le langage de Shakespeare, a dû fermer ses portes. Nous privant de ce fait des technologies de pointe et d’une ambiance attrayante pour prodiguer confortablement les soins médicaux ou pratiquer la médecine de pointe.

En plus la perte des médecins spécialistes a les conséquences suivantes :

Un manque de spécialistes pour prodiguer des soins et aussi pour préparer les générations futures de spécialistes dans certaines disciplines médicales et ce en contravention á cette loi biologique et sociale exprimée par Claude Bernard : « « Il n’importe pas seulement d’être, il faut persévérer dans l’être ».

Une autre conséquence fâcheuse de ce départ forcé des spécialistes est que les jeunes médecins qui voudraient se spécialiser n’ont plus cette opportunité et se cherchent du boulot partout dans le pays. Ils sont vite repérés et recrutés par des ONGs qui leur offrent un soi- disant salaire mirobolant, meilleur que le piteux service social mais encore plus dégradant et abusif pour un réel professionnel cette fois nullement conscient encore de sa vraie valeur professionnelle ou sa vraie valeur marchande á l’échelle internationale. Ce qui représente la pratique de la prostitution professionnelle comme « les lingots d’or qu’apporte en s’en allant la femme au crime du baiser habituée qui se rhabille apres s’être prostituée ».

L’indifférence de nos autorités vis-à-vis de cette pratique nous fait croire qu’elle la supporte ou même l’endosse. « Je tairai ce qui n’a besoin d’être divulgué, considérant la discrétion comme un devoir » avions nous juré comme disciple d’Hippocrate. Mais tel n’est pas le cas ici. Nous nous devons de la dénoncer. Et au niveau du CHAMI nous exclamons haut et fort : Assez !!! de cette exploitation forcenée de nos jeunes médecins ! Assez !!! de cette indifférence coupable des autorités de tutelle !!! Assez !!! de cet avilissement malsain et de cette injustice perverse.

Cette prostitution est d’autant plus infamante que ces ONGs font travailler ces jeunes 70 heures par semaine. De nos jours aux EE.UU d’Amérique il est illégal et formellement interdit aux hôpitaux universitaires de faire travailler un Interne des Hôpitaux plus de 60 heures par semaine.

D’autres conséquences en découlent encore. Cette génération de médecins qui travaille comme des mercenaires souffre d’un manque á gagner dont la répercussion sociale se révèlera sous la forme d’une insuffisance á prodiguer une éducation de qualité et de valeur á sa progéniture avec les risques que la promotion sociale peut être compromise. On aura plus les jeunes qui juchés sur les épaules des anciens voient plus loin qu’eux.

Le cri d’alarme ou le tableau de bord : La situation Sanitaire dans l’exercice de la Médecine

L’état des lieux du point de vue sanitaire pour le spécialiste de Médecine Interne est que notre pays est toujours en proie aux maladies infectieuses : Malaria, Tuberculose, VIH, les parasitoses de toute sorte dont la Filariose, les Helminthiases etc. Des maladies tropicales à espérer. Néanmoins le Cholera qui a fait son apparition déchainée est due à notre déperdition médicale, car on pourrait bien l’éviter ou la conjurer si nous n’avions pas perdu la vigilance qui nous avait aidé á l’éviter dans le passé. La vigilance a manqué car il importait de mettre en quarantaine les soldats unisiens qui revenaient d’un pays endémique comme le Sri-Lanka, la règle de Santé publique. Notre article dans le New England Journal of Medicine avait établi les corrélations biogénétiques.

Dans la même veine de vigilance perdue les décès spontanés pourraient être épargnés et minimisés en éduquant le personnel sur le contrôle et la prévention de l’acidémie et l’hyperkaliémie qui surviennent avec le cholera, une autre attestation de la déchéance de notre médecine.

Ce n’est qu’un indice du périlleux tableau de bord.

D’autres informations toujours pertinentes à notre situation sanitaire sont préparées pour aider et servir notre monde médical. Elles seront présentées avec l’appoint du Spécialiste de Médecine Interne moderne sous la forme de Journée Académique du CHAMI le 17 novembre de 8h.AM à 4h.PM au local de l’AMH sis au # 29 1ere Avenue du Travail au Bois Verna. Le personnel médical y est invité.

Nous nous contentons en ce moment de présenter l’étiologie et le diagnostic du mal qui affecte notre médecine. Dans un autre temps très proche nous présenterons le « Recipe Jovi » comme diraient nos dieux de la Médecine : Hippocrate, Esculape, Hygée, Galien etc.

Les intéressés pourront se renseigner sur le site web du CHAMI.

www.chami-ht.org

Roger R. Jean-Charles, MD Président du CHAMI








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