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Assises sur la qualité de l’éducation

Et la qualité de la formation des maîtres ?

vendredi 11 avril 2014 par Administrator

Des assises sur la qualité de l’éducation en Haïti est une bonne chose. Cependant, les conditions dans lesquelles nos maîtres sont formés à l’Ecole normale supérieure (ENS) laissent croire que nous ne prenons pas trop au sérieux ceux qui vont former les filles et fils du pays. Visite à l’ENS

Dans environ quatre heures ce sera la rencontre entre le Barça et l’ATM. Pronostics, commentaires d’avant match… un sujet de vives discussions d’un groupe d’étudiants devant leur école à la rue Monseigneur Guilloux, fermée depuis un certain temps au niveau du palais national qui partage aussi cette route. Carcasses de voitures abandonnées, parking public, marchands de pâtés, de jus et autres nourritures à consommation rapide. Nous sommes à l’entrée de l’École normale supérieure (ENS). Ici on forme des maîtres, les plus qualifiés du pays.

Après avoir passé la barrière, quelqu’un qui visite l’ENS pour la première fois pourrait légitimement se demander s’il pénètre dans un camp de sinistrés postséisme. Oui et Non ! Non, parce qu’il n’y a pas d’enfants nus ni de femmes qui font la lessive à même le sol ni de cuissons un peu partout ou de toilettes portables avec le logo d’une des nombreuses ONG qui pullulent dans le pays depuis le tremblement de terre. Oui, parce que l’ENS s’est totalement effondrée après la catastrophe, que les étudiants suivent des cours sous des préfabriqués, entassés le plus souvent comme des sardines.

Sur ces préfabriqués dont les murs ont été renforcés avec des blocs en béton, on peut lire les revendications des étudiants : " Nou pap negosye kòb PSUGO a ane sa’’, ’’Aba vòlè’’, ’’UEH pap privatize’’, ’’jistis pou Ronel Désir’’… Dans la cour de l’ENS, le constat n’est pas agréable. C’est un espace insalubre.

« Nous étudions dans des situations extrêmement difficiles, infrahumaines…, je ne trouve pas les mots pour décrire la réalité ici à l’ENS, soupire Nickenson Desvarieux. » Étudiant de deuxième année en sciences sociales, ce jeune demande au Nouvelliste de faire lui-même le constat.« L’ENS ne dispose d’aucune source d’énergie électrique pour les cours programmés entre 4 heures et 8 heures du soir, les cours qui nécessitent une projection peuvent être interrompus à tout moment à la suite d’une coupure d’électricité, ajoute-t-il.

Ensuite, les conditions d’apprentissage à l’ENS laissent à désirer, dit-il, soulignant que certaines fois des cours sont dispensés sur la cour et des étudiants sont obligés de s’asseoir sur des blocs en béton. Nickenson reconnaît que le local est plus ou moins sécurisé, mais rien n’a changé dans l’ensemble. Formé aux frais de l’État, il n’est pas sûr que l’État ait vraiment besoin d’eux. « Après quatre ans d’études, si vous n’avez pas le contact d’un sénateur, d’un député ou d’un ministre vous n’intégrerez jamais un lycée ou une école nationale. »

Ces futurs maîtres sont déjà pour la plupart des enseignants dans des écoles privées de la capitale. Situation oblige. « On est obligés d’enseigner pour des raisons socioéconomiques, souligne Nickenson Desvarieux. Beaucoup d’entre nous viennent de la province et, une fois arrivés à Port-au-Prince, nos parents pensent que nous pouvons voler de nos propres ailes. Bref, ils réduisent en partie leur support… »

Si ce jeune étudiant pouvait participer aux assises sur la qualité de l’éducation organisées cette semaine par les autorités, son message serait simple et clair : « Il faut prendre l’université au sérieux, messieurs les responsables et l’orienter vers les besoins du pays comme le fait Cuba qui, aujourd’hui, se concentre sur la formation d’agronomes… » Selon lui, il devrait y avoir une politique éducationnelle visant, entre autres, à mieux utiliser les compétences des maîtres formés à l’ENS.

Manis Jeanty, étudiant de troisième année en sciences sociales, reconnaît pour sa part que les responsables de l’ENS ont consenti beaucoup d’efforts pour maintenir l’école fonctionnelle après le tremblement de terre de janvier 2010. Mais, les conditions d’apprentissage demeurent extrêmement difficiles, dit-il. Il n’y a pas assez de salles de classe pour les cours, pas de laboratoires…, affirme-t-il.

« L’apprentissage de la chimie et de la physique se fait à l’oral, la bibliothèque ne peut contenir que 30 étudiants au maximum, les étudiants se bousculent pour trouver de la place dans les salles de cours… », ajoute Manis Jeanty. Lui aussi, il croit que les autorités devraient prendre conscience que l’Université d’État d’Haïti (UEH) a besoin d’un campus universitaire digne de ce nom et des moyens nécessaires pour bien apprendre et former les jeunes

Le professeur Jean Fritzner Étienne, membre du conseil de gestion de l’ENS, déclare au Nouvelliste que la faculté a finalement signé avec le propriétaire un contrat d’acquisition d’un terrain situé à l’avenue Christophe et qui accueillera bientôt la construction d’un local pour l’ENS. Toutefois, il n’y a pas de date pour le lancement des travaux. La faculté ne dispose pas d’un sou à cet effet. Les étudiants vont devoir patienter encore des années.

Cependant, l’ENS peut toujours compter sur la coopération japonaise qui avait déjà fait des promesses en ce sens. Le professeur Étienne indique que la construction de l’école est insérée dans le budget de l’université pour l’exercice 2013-2014. Mais le budget national a été rejeté par le Sénat. Rien n’est sûr pour le prochain exercice !

En attendant, les étudiants de l’ENS doivent se contenter des trois bungalows avec un toit en tôle dans le cadre de leur formation. Combien de promotions de maîtres sortiront de l’ENS avant le changement annoncé ? Ne devrait-on pas avoir des assises sur la qualité de l’apprentissage à l’ENS ? Non, ce n’est pas nécessaire, le problème est connu de tous.

Robenson Geffrard
rgeffrard@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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