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Envoi et renvoi d’un Mort

dimanche 2 novembre 2008 par Erich Jean René

Envoi et renvoi d’un Mort - Par : Jean Erich René

A la porte d’entrée du cimetière, aux pieds de Baron Samedi, on voit
toujours des bougies, de toutes les couleurs, allumées par des inconnus.
Souvent on observe aussi dans certains carrefours isolés d’Haïti des couis
remplis de victuailles. Ces sortilèges effraient les passants et font les
frais de toutes les conversations. On parle de cérémonie d’expédition ou de
l’envoi d’un Mort. Peu de gens accordent une certaine crédibilité à ces
scènes mystérieuses. Pourtant ce ne sont pas des ragots. Bon an, mal an
elles exercent des effets désastreux sur le Corps Social Haïtien timoré,
avec des conséquences économiques négatives engendrées par la peur de se
lancer en Affaires. N’importe qui ne peut pas ouvrir une boulangerie, un
magasin etc. sans connaître son nom vaillant.

L’envoi d’un mort est un phénomène courant en Haïti. Le bovarysme culturel
et surtout la peur nous portent à le ridiculiser, à le minimiser jusqu’à le
nier. Nous préférons fermer nos yeux et boucher nos oreilles afin de jouir
du confort de l’ignorance. Il s’agit d’une donnée existentielle haïtienne
qu’il est dangereux de reléguer parmi les histoires de Bouqui et de Malice
qu’on raconte le soir aux enfants gâtés avant de les mettre au lit. Par sa
négation pure et simple, on fait preuve d’une grande naïveté en s’exposant
au danger qu’elle comporte. Vaut mieux en débattre une fois pour toutes
afin de la démystifier.

Sur la demande d’un client, au nom de Saint Expedit, le Houngan peut
déléguer un Mort ou un Samedi pour accomplir un acte criminel ou d’autres
tâches bien précises. Au moment de l’invocation le Houngan place la photo
de la personne visée, tête en bas. Au nom de Baron Samedi, maître des
Morts, il requiert le service d’une âme trépassée et lui demande de
transmettre ses ordres à Maître Carrefour qui se chargera d’atteindre la
victime afin d’accomplir le forfait. Une poignée de terre sera prélevée au
cimetière où la cérémonie a eu lieu pour être jetée soit devant la maison,
soit sur le seuil de la porte, soit sur son parcours dans un chemin vicinal
qu’emprunte ordinairement la personne ciblée. Ce procédé quasi mécanique
est utilisé par les Houngans peu habiles. Pour les Houngans bien futés,
point n’est besoin d’un support physique. Il suffit de communiquer le nom
de la personne qui dérange, sans son adresse, à Maître Carrefour et la
marchandise sera livrée à destination c’est à dire avec beaucoup plus de
rapidité et une meilleure précision qu’un Courrier Postal.

En Juillet 1971, une jeune fille âgée de 18 ans, nommée Karine Cicéron
(pseudonyme), est allée passer les vacances d’été au Cap-Haïtien chez ses
parents du côté paternel. Très enchantée de son séjour, elle est retournée
à Port-au-Prince pour reprendre ses cours en octobre au Collège Georges
Marc. A la fin de la première semaine de classe, elle est tombée malade.
Tout a commencé un vendredi à 6 heures du soir par un cri perçant que sa
mère, Mme Chrysostome Cicéron (pseudonyme), a entendu en provenance de la
chambre de Karine. A sa grande stupéfaction, sa fille devenait subitement
méconnaissable. Elle avait le teint terne, le regard livide, le corps aussi
flasque qu’un ver de terre. Elle prononçait des mots inaudibles. On dirait
qu’elle était en train de se métamorphoser.

Le hic c’est que le mari de Mme Chrysostome Cicéron, un pasteur de l’Église
Adventiste, vient juste de laisser la maison pour sa tournée pastorale à
Kenscoff et ses environs. Il sera de retour dans la huitaine. Mme
Chrysostome Cicéron, bouleversée et dépassée, a dû faire appel à l’aide de
ses voisins et aux amis proches de la famille. L’un d’entre eux a vite
appelé un médecin du quartier. En voyant dans quel état se trouvait la
fille qu’il connaissait, le médecin chancelait sur ses jambes en reculant.
Il ne s’agit pas d’un cas clinique, s’exclamait-il. Épouse de Pasteur, Mme
Chrysostome Cicéron ne sait pas quoi faire en absence de son mari. Mais
peut-elle laisser mourir sa fille ? Une vieille dame lui proposait de faire
diligence auprès d’un Houngan de Léogâne nommé : Fòk Nanpoint.

A peine arrivé sur les lieux, le Houngan ausculta Mlle Karine Cicéron avec
ses doigts, en tâtant les deux côtés de son visage. Il toucha les ongles
de ses mains et de ses pieds contre la volonté de la fille qui devenait
très furieuse. Fòk Nanpoint déclarait péremptoirement : cette demoiselle
est l’hôte d’un Mort. Il est urgent de le chasser avant minuit. Il
demandait du marc de café et de la cendre qu’on lui apportait promptement.
Il traçait sur le sol un vervet figurant un cercueil, une croix, des
piques, des pelles et des marteaux. Il ordonna à la fille de se coucher sur
ce vervet, les bras tendus le long de son corps, les 2 pouces de la main
attachés, les paumes dirigées vers le plafond. Maintenant, elle obéit
passivement aux ordres du Houngan qui bourrait son nez et ses oreilles de
coton ouate. Il lui attachait une moutonnière comme on fait ordinairement
pour les Morts. Sous sa tête, il plaçait une pierre plate qu’il tirait de
sa gibecière.

Entretemps sur une table à côté il plaçait un coui rempli de graines de
maïs grillé et un autre rempli de pistaches grillées. Il allumait une
chandelle noire, une chandelle jaune et une chandelle blanche. Il
remplissait une baignoire d’eau mélangée avec un liquide jaunâtre qui
dégageait une mauvaise odeur. Il plaçait les graines de maïs sur le front
de Karine Cicéron. Fòk Nanpoint prenait un coq-poule qu’il présentait aux
quatre coins cardinaux dans une imprécation presque inaudible. Il
s’agissait d’une invocation faite au loa Kaplawou Penmba en lui demandant
de chasser tout ce qui est mauvais et de ne laisser que ce qui est bon. Il
forçait le coq-poule à béqueter les graines de maïs étendues sur toutes les
parties du corps de la victime. Après avoir tout mangé, Fòk Nanpoint
saisissait le coq-poule et le promenait tout au long de son corps en
marmonnant une prière. Karine Cicéron se mettait à trembler. Le Houngan,
d’un ton autoritaire, lui intimait l’ordre de ne pas bouger. Ensuit Fòk
Nanpoint adressait sa demande aux Morts de la famille Cicéron qui sont les
seuls, disait-il, capables de la tirer de ce mauvais pas.

Fòk Nanpoint saisissait vivement une cravache et se mettait à fouetter
fortement Karine Cicéron qui explosait en déclarant subitement d’une voix
tonitruante :

- Je vous en prie ne faites pas çà. Vous n’avez pas besoin de me battre. Je
vais tout vous expliquer. Pardonnez-moi ! Ce n’est pas ma faute.

Fòk Nanpoint, d’un ton autoritaire lui demandait :
- Qui vous a envoyé ici

Le Mort par la bouche de Karine Cicéron répondait :

- C’est madame Octave Timoléon (pseudonyme), la tante de Karine Cicéron
parce qu’elle est jalouse d’elle pour avoir réussi aux examens du
Baccalauréat tandis que sa fille a échoué les deux sessions.
- Qui êtes-vous lui demanda Fòk Nanpoint sur un ton grave et menaçant.
- Je suis Marie Cécile Point du Jour (pseudonyme). J’ai fait mes études au
Collège Regina Asunta du Cap. Je vivais à la rue 20. Je joue très bien au
piano. Chaque fois que je passe devant la porte de ma maison, je vois ma
maman assise sur le seuil et qui pleure. Elle n’arrive pas à se remettre
de ma mort subite quand j’étais en troisième secondaire, suite à un litige
terrien avec les héritiers de sa famille. Franchement je ne sais quoi faire
pour sécher ses larmes. Depuis lors, je me suis retrouvée à la Fossette où
je travaille chez un Houngan nommé Ti Zo. Cela fait trois jours depuis que
je suis devant la porte de cette maison, je ne peux pas y entrer à cause de
la présence du Pasteur Chrysostome Cicéron. Ce n’est qu’à son départ cet
après midi que la voie est libre.

Fòk Nanpoint repassait le coq le long du corps de Karine Cicéron et le
déposait finalement sur son flanc gauche. Il assenait un dernier coup de
fouet au Mort en lui intimant l’ordre de partir :

- Sortez vite d’ici et retournez dans votre pâturage. Nous sommes les seuls
maîtres de cette maison, criait-il. Au même instant, le coq restait
immobile puis tombait raide mort. Karine Cicéron se mettait à bouger. Fòk
Nanpoint introduisait de l’ail dans sa bouche aussi que quelques graines de
pistaches grillées qu’elle mâchait péniblement. Il soufflait sur son
visage, lui tirait les jambes et les bras. Ensuite il versait l’eau
contenue dans une cruche sur la tête de Karine Cicéron. Il brisait avec
fracas la cruche en disant : Allez Marie Salope !

Fòk Nanpoint imbibait le corps de Karine Cicéron de kérosène. Il lui
donnait l’ordre de se lever en l’aidant des deux mains. Il la conduisait au
fond de la cour où il fouillait un trou de 30 cm de profondeur. Il y
enterrait le coq-poule mort. Il y semait trois graines de maïs en récitant
une prière incompréhensible et recommandait aux membres de la maisonnée de
ne jamais toucher à une seule graine des épis de ces pieds de maïs. Il faut
les laisser se dessécher sur pied. Les oiseaux s’en chargeront. Ainsi un
marché a été donc conclu par l’intermédiaire de Fòk Nanpoint entre Baron
Samedi et le loa Kaplawou Penmba. Le coq-poule servait de monnaie de change
contre Karine Cicéron qui a recouvré complètement sa santé.

L’envoi des Morts est ignoré par la littérature médicale. Les disciples
d’Esculape restent tout à fait ébahis devant ce cas d’espèce. La
pharmacopée occidentale ne détient pas non plus les secrets de sa guérison.
Il n’existe aucun remède, aucun procédé scientifique pour le renvoi des
Morts. Cependant l’Église Catholique n’est pas aussi indifférente aux
maléfices des Esprits. Jésus nous avait donné une brillante illustration.
Voyons ce que nous dit la Bible à ce sujet :

« Lorsqu’il fut à l’autre bord, dans le pays des Gadaréniens, deux
démoniaques, sortant des sépulcres, vinrent au-devant de lui. Ils étaient
si furieux que personne n’osait passer par là. Et voici, ils s’écrièrent :
Qu’y a-t-il entre nous et toi, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous
tourmenter avant le temps ? Il y avait loin d’eux un grand troupeau de
pourceaux qui paissaient. Les démons priaient Jésus, disant : Si tu nous
chasses, envoie-nous dans ce troupeau de pourceaux. Il leur dit : Allez ! Ils
sortirent, et entrèrent dans les pourceaux. Et voici, tout le troupeau se
précipita des pentes escarpées dans la mer, et ils périrent dans les eaux.
Ceux qui les faisaient paître s’enfuirent, et allèrent dans la ville
raconter tout ce qui s’était passé et ce qui était arrivé aux démoniaques.
 » (Mathieu 8 : 29 à 33) Louis Segond

A l’audience générale du 15 novembre 1972, le Pape Jean Paul IV disait : « 
Ce dont l’Église a surtout besoin aujourd’hui c’est surtout de se défendre
du démon. Pour renchérir le Pape Jean Paul II déclarait le 24 mai 1987 : « 
La brisure, le déséquilibre intérieur de l’homme ne sont pas seulement des
conséquences du péché originel, mais aussi l’effet de l’action dévastatrice
et obscure de Satan. »

La leçon à tirer de cette scène d’envoi et du renvoi du défunt Marie Cécile
Point Du Jour sur Karine Cicéron c’est que le Mort ne pouvait pas pénétrer
dans la maison grâce à l’aura du Pasteur Chrysostome Cicéron. Il a fallu
son départ pour s’emparer de sa fille. Nous pouvons conclure que la prière
joue un rôle considérable pour la protection de l’individu contre les
esprits malins. Qui que vous soyez, où que vous soyez, faites de la prière
votre bouclier ! L’exorcisme est une pratique courante de l’Église
catholique.

L’Abbé Campion a dressé l’inventaire des Oraisons aussi bien les
conditions ambiantes permettant d’arriver à des résultats aussi efficaces
qu’efficients obtenus par nos Prêtres Vodou. Le Crucifix et l’Eau bénite
sont des atouts indispensables. Les prières de délivrance peuvent être
dites par toutes personnes laïques en danger. Pour mieux vous guider nous
vous en offrons une brochette :

1.- O Dieu Créateur et Défenseur du Genre humain 2.-O Sauveur Jésus Christ
3.- Contre tous les maux diaboliques. 4.- En l’honneur de la Sainte
Trinité. 5.- Prière à la Reine des Anges. 6.- Prière à Jésus pour être
libéré. 7.- Pour obtenir la libération par la confiance en Dieu.
8.-Puissance du Nom de Jésus 9.- Prière à Marie contre les influences
diaboliques 10.- Prière de libération (pour une assemblée) 11.-
Délivrez-nous du mal. 12.- Acte d’abjuration (cette prière s’adresse
surtout à ceux et à celles qui veulent rompre leurs liens maléfiques avec
certains esprits pour renoncer au monde de l’occulte) 13.- Prière pour
chasser le mal.14.- Invocation de délivrance à Sainte Claire 15.- Pour
libérer les lieux et les personnes 16.- Prière contre le mauvais ou contre
un mauvais sort dû à la jalousie 17.- Prière de renoncement 18.- Pour
chasser toute magie et affaiblir les forces sataniques. 19.- Prière contre
les maléfices ou autres nuisances, sortilèges avec l’aide du démon 22.-
Prière pour être protégé contre les puissances des ténèbres et préservé des
embûches du malin 23.- Prière à Saint Michel Archange. 24.- Exorcisme de la
médaille de Saint Benoît 25.- Exorcisme contre Satan et les Anges apostats
26.- Prière à Saint Joseph terreur des Démons. 27.-Chapelet du Cœur de
Marie (La Flamme d’Amour) 28.- Prière à la Vierge Marie qui préserve des
châtiments 29.- Prière à Notre seigneur pour obtenir la guérison intérieure
30.- Prière pour la guérison physique.

Nous n’avons pas besoin d’être prêtre ou évêque pour renvoyer un Mort.
L’Exorcisme est un pouvoir que Jésus Christ a accordé en général à tous les
croyants et en particulier à chaque Chrétien en tant que baptisé. Écoutons,
selon Marc, les dernières paroles de Jésus après sa résurrection juste
avant de monter au ciel :

« Après cela, il apparut, sous une autre forme, à deux d’entre eux qui
étaient en chemin pour aller à la campagne. Ils revinrent l’annoncer aux
autres, qui ne les crurent pas non plus. Enfin, il apparut aux onze,
pendant qu’ils étaient à table ; et il leur reprocha leur incrédulité et la
dureté de leur coeur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu
ressuscité. Puis il leur dit : Allez par tout le monde, et prêchez la bonne
nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera
sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. Voici les miracles qui
accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons ;
ils parleront de nouvelles langues. (Marc 16 : 12 à 17) Louis Segond








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