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Empire ou république de bananes ? Le Journal de Montréal, p. 23 / Nathalie Elgrably-Lévy, 02 avril 2009

dimanche 5 avril 2009 par William Toussaint

Empire ou république de bananes  ?

Le Journal de Montréal, p. 23 / Nathalie Elgrably-Lévy, 02 avril 2009

On a vivement dénoncé les primes de 165 millions $US versées par AIG à ses dirigeants, et on a amplement discouru sur la rémunération des chefs d’entreprises.

Certes, employer l’argent des contribuables pour récompenser les cadres d’une entreprise en difficulté est inqualifiable et impardonnable.

Mais pendant que toute notre attention était tournée vers le mélodrame politique dont Washington était le théâtre, une décision infiniment plus grave et plus lourde de conséquences a été prise.

Depuis dix jours, on se laisse distraire par un scandale alimenté et amplifié par le Congrès, alors que nos yeux devraient être rivés sur la Fed.

On consacre les manchettes au manque d’éthique d’AIG, mais ce sont les actions des autorités monétaires américaines qu’on devrait violemment dénoncer.

En effet, personne n’a sourcillé quand, le 19 mars dernier, la Fed a annoncé qu’elle injectera 1200 milliards supplémentaires.

Pourtant, en dépensant 1$ à la seconde, il faudrait 5,2 années pour atteindre 165 millions, mais 37 800 ans pour arriver à 1200 milliards. Mis en perspective, les bonis d’AIG, c’est un grain de sable dans le désert !

En pratique, la Fed va tout simplement imprimer le montant annoncé.

En novembre dernier, j’avais déjà exprimé ma crainte de voire la Réserve fédérale recourir à la planche à billets comme mode de financement, car cette méthode génère invariablement de l’inflation.

Aujourd’hui, quand on ajoute à la récente annonce tous les plans de relance et de sauvetage adoptés au cours des derniers mois, l’inflation n’est plus une inquiétude, c’est une certitude absolue.

Et devant l’ampleur de la monétisation, la dévaluation de la monnaie sera énorme, et on ne peut exclure la possibilité d’une hyperinflation digne du Zimbabwe d’aujourd’hui ou de l’Allemagne des années 1930.

D’ailleurs, tous les pays qui ont imprimé de l’argent pour honorer leurs engagements ont occasionné une inflation dévastatrice, et ont dû subir les conséquences sociales désastreuses qu’elle implique.

Ils ont appris, de la manière la plus douloureuse possible, qu’on ne règle pas un problème structurel en imprimant de l’argent. Alors, pourquoi Washington et la Fed empruntent-ils cette avenue ?

Comme ils n’ignorent certainement pas les conséquences de leur geste, il faut en conclure qu’ils agissent sciemment.

Notons que la dette américaine représente aujourd’hui plus de 360% du PIB, sans compter le régime public de retraite, le Médicaire, et la sécurité sociale.

Techniquement, le gouvernement américain est en faillite. Il lui est impossible de rembourser ses créanciers.

Or, l’inflation avantage toujours les emprunteurs, car elle diminue la valeur réelle des montants remboursés. Ainsi, la dette colossale d’aujourd’hui apparaîtra insignifiante lorsque, « grâce » à la Fed, le billet vert ne vaudra plus que quelques sous.

Mais si l’inflation allège la dette de Washington, elle appauvrit tous ceux qui, à force d’efforts et de sacrifices, ont amassé quelques épargnes.

Elle réduit le niveau de vie de tous les baby boomers qui, à l’aube de la retraite, comptent sur leurs bas de laine. En peu de temps, l’inflation peut dilapider les économies de toute une vie.

L’inflation, c’est un spectaculaire hold-up perpétré par la banque centrale. Et comme le dollar américain est la monnaie de référence, personne ne sera épargné. Voilà qui est bien plus scandaleux qui les bonis d’AIG !

Obama a hérité d’une crise économique, j’en conviens. Mais lui seul est responsable des décisions prises depuis janvier, et du vandalisme économique que subit l’Amérique.

On a dit que l’élection d’Obama est historique. C’est vrai ! C’est sous sa présidence que l’empire américain deviendra une république de bananes !

Nathalie Elgrably-Lévy est économiste senior à l’Institut économique de Montréal.

* Cette chronique a aussi été publiée dans Le Journal de Québec.








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