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Emission de la semaine du 10 octobre 2008

lundi 13 octobre 2008 par Robert Benodin

Orlando le 10 octobre, 2008

Actualités Politiques : Grandes Lignes

Bonsoir chers auditeurs. Vous écoutez sur les ondes de Radio Classique Inter, l’émission Actualités Politiques, Grandes lignes, animée par Robert Bénodin.

Nous avons avec nous, sur les ondes de Radio Classique inter, Pierre Robert Auguste, de l’Association des Entrepreneurs de l’Artibonite, sur la conjoncture politique.

Pierre Robert Auguste, nous vous souhaitons la bienvenue une fois de plus sur les ondes de Radio Classique Inter.

RB : En 2004 avec le cyclone Jeanne, les Gonaïves avaient été victime d’un glissement de terrain. En 2008 Hanna a inondé et dévasté les Gonaïves. Prévale, chef d’état ne s’est présenté sur les lieux qu’après deux mois.

Comment expliquer un tel comportement ?

PRA : On peut toujours expliquer ce comportement par le tempérament de président Préval lui-même, qui est, comme on dit en créole, « un menfoubin ». Mais cependant, il pourrait y avoir trois raisons, si on veut disculper monsieur Préval. La première ce serait qu’il ne se portait pas bien. On sait qu’il a des problèmes de santé. La deuxième raison, sachant son niveau d’impopularité aux Gonaïves, il n’avait pas voulu faire face à cette situation très difficile, sachant le tempérament belliqueux des Gonaïviens. La troisième raison, il a voulu attendre le moment de pouvoir annoncer quelque chose d’important et de très utile à la population. Toujours est-il, quelque soit le cas de figure, monsieur Préval est un chef d’état. Il y a eu un désastre. Il en est même coupable, sur certain rapport. Il aurait dû se présenter le lendemain ou le surlendemain du drame. Car aujourd’hui, selon les rapports que j’ai reçu, la ville des Gonaïves est détruite à plus de 80%. Et jusqu’à présent les mesures qui sont annoncées tant par le gouvernement que par la communauté internationale, ce sont des mesures plutôt cosmétiques, pour être médiatisées, pour donner au reste du monde l’impression qu’ils sont en train de faire quelque chose, alors que la réalité est tout à fait différente.

RB : Les Etats-Unis, le Canada et la France, sont venus en aide. Mais, ils ont circonvenu le gouvernement pour délivrer l’aide directement. Ils ont choisi l’approche caritative. Et le type d’aide qu’ils ont apporté, n’a aucun plus valu résiduel.

Qu’est-ce qui porte ces principaux donneurs d’aide à se comporter de la sorte envers ce gouvernement ?

PRA : Les gouvernements étrangers prennent toujours comme prétexte l’état de corruption du gouvernement, pour agir de la sorte. Ils avancent aussi comme argument que l’administration haïtienne, mal organisée, souffre d’une incapacité d’absorption de l’aide internationale. Cependant, nous pouvons estimer, que tous ces pays cherchent à renforcer leur position politique en Haïti. C’est pourquoi que l’aide bilatérale distribuée à travers des ONG qui sont comme des officines de leurs gouvernements en Haïti. Nous estimons que le gouvernement doit réagir pour mettre de l’ordre. Parce qu’il y a un vrai désordre dans la gestion de l’aide par les ONG. Il faut que le ministère de la planification assume ses responsabilités. Et qu’il y a quelque part une espace de concertation, sans que ce soit une forme de directivité qu’on impose aux ONG. Mais qu’on puisse leur dire, voilà les objectifs du gouvernement, ou du secteur public. On attend tel résultat de telle ONG. Si après un certain temps, on aura estimé que ces ONG n’auront pas fourni l’aide escomptée, n’auront pas atteint le résultat escompté. Il faudrait qu’on prenne des dispositions pour que ces ONG cessent de fonctionner, faute de résultat.

RB : Est-ce que ces ONG relèvent du gouvernement ? Ne sont-elles pas non gouvernemental ?

PRA : Même si elles ne dépendent pas du gouvernement. Le gouvernement doit avoir un doit de regard sur leurs fonctionnements. C’est le gouvernement qui autorise ces ONG à fonctionner. Faisant référence à un espace de concertation, nous n’allons pas exiger qu’il y ait une planification directive de l’Etat. Il faut harmoniser les interventions. Parfois on trouve trop de duplication dans le domaine de la santé. On trouve des fois, trois, quatre et même cinq ONG à intervenir dans le même secteur. Alors que s’il y avait un organisme de concertation, on aurait pu facilement réorienter les interventions au bénéfice de la population. On a fait cette expérience après le cyclone Jeanne. Il y avait beaucoup d’ONG à faire les mêmes interventions dans les mêmes zones et le résultat était plutôt maigre. Je crois qu’aujourd’hui par la concertation, par une politique plus ou moins sérieuse, ou le gouvernement ou le secteur public local fixe des objectifs et motive les ONG à réaliser ces objectifs fixés au préalable.

RB : Je veux bien croire que l’on peut suggérer à ces ONG de desservir telles ou telles zones qui ont besoin de leurs interventions. Il faut aussi avoir à l’esprit, qu’en mettant fin à la fonction d’une ONG on perd en même temps l’aide qu’elle apporte.

PRA : C’est risque à prendre. Pour affirmer une certaine autorité en Haïti. Les ONG fonctionnent en Haïti comme un état dans l’Etat. On se demande, si ce ne sont pas les dirigeants de ces ONG qui sont des donneurs d’ordre en Haïti. Je prends l’exemple de CATA aux Gonaïves. Personne ne sait ce que fait CATA. Même les réunions de concertation auxquelles elle participe, elle trouve toujours les moyens de contourner les objectifs qui ont été fixés. Dans le cas du rétablissement de l’autorité de l’Etat, il faut qu’il y ait des fonctionnaires compétents honnêtes qui puissent viser le bien-être de la collectivité. Si on continue à laisser les ONG faire ce que bon leur semblent, on pourrait se trouver dans cette situation, on fait beaucoup d’investissements et qu’ils n’apportent aucun résultat. Je crois que nous sommes à ce carrefour, où il faut corriger ce qu’il faut corriger. Je ne suis pas partisan du moins état. Je ne crois pas qu’il faut trop d’état non plus. Il faut que l’Etat soit responsable, soit vigilant, et qu’il vise, ce que j’aime bien exprimer, comme étant le bonheur national du peuple haïtien.

RB : Mais, n’acceptez-vous pas le fait que notre Etat soit en faillite ?

PRA : Il est vrai que l’Etat est en faillite. Mais il est du devoir de la société, surtout de la société civile de tirer l’Etat de cette banqueroute. On a vu ce qui ce passe aux Etats-Unis et dans les autres pays, comment la société réagit. Je fais référence à ce qui doit être la vigie de la société civile, l’intelligentsia. Il faut qu’un pays dispose d’une intelligentsia nationale. Je crois que c’est l’absence de cette intelligentsia qui pose autant de problème. Il n’y a pas de prévision. Il n’y a pas de vision. Il n’y a pas de réflexion. Tout le monde se complait dans la paresse intellectuelle. Il y a une crise. Il n’y a aucune proposition. C’est une situation que l’on doit corriger. Pour permettre à Haïti de devenir une société normale.

RB : Est-ce que ce n’est pas dû à l’omnipotence traditionnelle du pouvoir ?

PRA : Je le crois. L’orientation autocratique du gouvernement de Préval, c’est la cause fondamentale. Il nous faut comprendre qu’Haïti aujourd’hui n’a qu’une seule denrée, la démocratisation, la Démocratie. C’est-à-dire un ensemble de valeurs destinées à tous les Haïtiens indistinctement. Nous ne devons pas oublier que notre pays a pris naissance sur les fondements du régime républicain. C’est-à-dire, la liberté, l’égalité et la fraternité. Assez souvent à différent époque de notre histoire, certains groupes ont toujours tendance à se réclamer de la liberté, oubliant les deux autres qui sont des droits et des devoirs. C’est-à-dire, l’égalité est un devoir et un droit. La fraternité est aussi un droit et un devoir. Aujourd’hui, il n’y a plus de solidarité sociale en Haïti. Il n’y a plus de sensibilité sociale. Ces deux dernières valeurs ont disparu au profit de la première qui est revendiquée par tout le monde, sans qu’on en fasse un exercice responsable.

RB : Il y a plus d’un an, qu’une crise multiforme est en train de ruiner le pays. On a eu une première manifestation du ras-le-bol, les émeutes de la faim en avril 2008, dont on questionne encore l’authenticité. On vient de subir coup sur coup en août et en septembre le passage de 4 ouragans, qui ont dévasté le pays et les Gonaïves en particulier. N’était-ce le geste de Chavez à notre endroit, le gouvernement n’aurait pas pu intervenir. Le comportement irresponsable du chef de l’état, face à ces multiples problèmes, est pour le moins frustrant et révoltant.

A quel niveau se trouve donc le seuil de tolérance des Haïtiens ?

PRA : Haïti est au bord de la plus grave implosion de son histoire. On peut dire que c’est la clémence de Dieu qui retient encore le pays. Et nous pouvons nous félicité qu’il y a un président latino-américain animé d’un tel sentiment envers Haïti, monsieur Hugo Chavez qui nous permet de nous en sortir dans ces moments difficiles. Personnellement je peux témoigner de la sensibilité, de la compassion de monsieur Chavez à l’endroit du peuple haïtien. Chef d’une délégation d’hommes d’affaires, en 1999, il m’a fait dire par son ambassadeur Hector Grefing, que vu les rapports entre Simon Bolivar et Pétion, il ne saurait oublier Haïti. Et à ce moment là il était disposé à donner tous les moyens pour permettre à la ville des Gonaïves d’avoir avant 2004 toutes les rues asphaltées. Nous avions pu faciliter le jumelage entre la ville des Gonaïves et la ville Chacarici, l’une des villes les plus riches du Venezuela. Malheureusement par manque de vision, par manque de compétence, et surtout par manque de sens de l’Etat, Gonaïves n’a pas pu en bénéficier. A ce moment là on avait senti qu’il y avait un sentiment de jalousie du gouvernement, parce qu’il y a quelqu’un qui n’est pas du gouvernement et qui ne partage pas l’idéologie du gouvernement, qui avait initié ce dossier. Par la suite le gouvernement allait commettre une erreur protocolaire grave en délégant un de ses membres au Venezuela pour essayer de rencontrer le ministre des affaires étrangères. Depuis lors monsieur Chavez nourrissait l’idée de se rendre en Haïti. Monsieur Hector Grefing qui était le responsable au ministère des affaires étrangères pour la Caraïbe et pour l’Amérique Latine a eu à donner une entrevue à Radio Métropole, pour expliquer les sentiments du peuple vénézuélien à l’endroit du peuple haïtien.

Le comportement du gouvernement en général est révoltant. Mais aussi, il faut qu’on comprenne que la tolérance du peuple haïtien a une limite. Si aujourd’hui, on n’est pas en face déjà d’une situation plus explosive, c’est parce que il y a une crise de confiance. Le peuple haïtien recherche un leadership national. Je croix que quand il l’aura trouvé, les choses iront dans un sens correctif de l’histoire.

RB : Dans un premier temps, avec un nouveau premier ministre que l’on estimait une femme de tête, on constate, que c’est au palais national, mais pas à la primature, que la distribution des premiers projets et contrats a eu lieu. Et c’est au CNE qu’on a remis ces projets, mais pas au ministère des travaux publics. Et les contrats ont été distribués, comme d’habitude, aux petits copains.

Pensez-vous que le timing de la publication du rapport de Transparency International, soit une simple coïncidence ? Etes-vous d’accord avec Préval que ce rapport ne reflète pas la réalité ?

PRA : Je pense que ce rapport reflète plus ou moins la réalité. Je ne partage pas sur ce rapport l’opinion de monsieur Préval. Je crois qu’il y a une signification politique importante à dégager dans cet acte. Il faut comprendre aujourd’hui qu’à la tête du CNE, est l’un des principaux financiers de la campagne électorale de monsieur Préval. Donc, est-il en train à sa façon de payer une dette électorale ? Je n’en sais rien. D’un autre coté, le symbolisme le plus important à dégager, est que monsieur Préval démontre, fait comprendre, prouve, qu’il a de moins en moins besoin d’un premier ministre. Et que l’option qu’il voudrait choisir, est de gouverner sans un premier ministre. On se rappelle la cascade des désignations négatives qui ont eu lieu après le renversement du gouvernement de Jacques Edouard Alexis. On doit interpréter certaine déclaration de monsieur Préval concernant le choix de madame Michèle Pierre Louis. Donc, il y a là un signe clair, politique qu’il faut dégager. A savoir que monsieur Préval est en train de payer ses dettes électorales. Peut être le fera-t-il dans d’autre domaine en faveur d’autres financiers sur le compte de la TELECO, de l’APN, ou de l’aéroport. On doit attendre pour voir.

Il est clair que le choix de monsieur Préval serait un régime présidentiel sans premier ministre. Moi je suis pour un régime présidentiel sans premier ministre. Pour mois ça coûte trop cher. Mais avec des exigences qu’il y ait un parlement vraiment fort, composé d’hommes et de femmes d’état valables. Non pas ce parlement que nous voyons là, prêt à faire n’importe quoi, pourvu que leurs intérêts personnels soient bien garantis.

RB : Et dans un deuxième temps, ce sont les 197 millions de dollars US de Petrocaribe, soit 8 milliards de gourdes qui sont venus sauver la face. Le ministère de l’agriculture a eu la part du lion, soit 2 milliards 270 millions de gourdes. 710 millions de gourdes sont allouées pour les 142 communes. Les parlementaires veulent gérer une portion de cette allocation dans leur juridiction. L’Exécutif, qui leur avait fait cette promesse, est revenu sur sa promesse.

Quelle est l’opinion générale, au sujet de ces allocations de fonds ?

PRA : Si l’Exécutif est revenu sur ses promesses, c’est parce que l’attribution de ses fonds directement aux parlementaires, avait provoqué beaucoup de scandale. Je suis presque sûr que, ce que le gouvernement a retiré de la main gauche, il va le remettre aux parlementaires de la main droite. Il y a eu un arrangement entre le parlement et l’Exécutif pour faciliter la ratification du gouvernement de madame Pierre Louis, ce qui est clair. Mais encore à travers la répartition de cette enveloppe budgétaire, doit-on se rendre compte que les vraies priorités sont ignorées par le gouvernement. L’environnement doit être la priorité numéro un. Car l’écosystème qu’il y a en Haïti est tout à fait vicié. Il n’y a pas seulement que l’écologie à améliorer. Il y a aussi l’environnement politique qu’il faut amélioré. Je crois que le gouvernement doit mettre plutôt des mécanismes, permettant aux communes de se transformer en de véritables pôles de développement local, jouissant d’une certaine autonomie, disposant de certains fonds, de certaines compétences, pour pouvoir créer la richesse et le bien-être au profit de la collectivité. Donner de l’argent aux parlementaires, c’est que monsieur Préval veut tirer un cheque en blanc sur son prochain projet de réforme constitutionnel.

RB : Pas moins de 3 millions 3 cents milles personnes sont estimées être en insécurité alimentaire modérée ou extrême après les derniers ouragans. Le taux d’inflation était déjà à plus de 18.8%. Après les intempéries le taux a augmenté énormément.

Quelles sont les mesures prises par le gouvernement pour subvenir à leurs besoins ?

PRA : Les mesures prises par le gouvernement pour subvenir aux besoins de ces personnes qui souffrent, ne sont pas adéquates. Il y a la loi de l’offre et de la demande. Le gouvernement doit faire en sorte que l’offre alimentaire devienne de plus en plus croissante en Haïti. Pour cela il faut repenser l’aménagement du territoire et qu’il y ait des zones qui soient strictement affectées à l’agriculture. Si vous allez aux Gonaïves, vous verrez, que toute la plaine des Gonaïves et entrain maintenant de subir une urbanisation sauvage. Et si vous posez la question aux paysans, ils vous diront qu’aujourd’hui nous sommes abandonnés. Nous sommes en train de planter du béton. Ce qui revient à dire que nous sommes en train de vendre du terrain pour survivre. Ce qu’il y a lieu de faire. Le gouvernement doit penser à réorganiser l’économie haïtienne. Pour cela il faut mettre l’entrepreneurship à la porter de tout le monde. Mettre des centres d’encadrement à la disposition des paysans des entrepreneurs agricoles, un système de crédit. Ce qu’il n’y a pas. Avec le taux d’intérêt usuraire, on ne peut pas créer la richesse en Haïti. Pour contrôler l’inflation il ne suffit pas seulement d’émettre des bons de la BRH, sur lesquels spéculent les banques en général. Il faut mener une étude sur les banques, pour voir comment les banques peuvent jouer un rôle important dans la dynamisation de l’économie réelle. Aujourd’hui que font les banques, la spéculation sur le dollar, des bons de la BRH et les transfères. L’inventivité bancaire, on ne la retrouve pas. Il y a des produits financiers qu’on ne retrouve pas. Je crois que le gouvernement a intérêt à constituer une commission pour évaluer l’impacte de la crise financière mondiale sur l’économie haïtienne. Je suis presque sûr qu’il y a des banques haïtiennes qui on perdu de l’argent dans cette crise. Diriger l’état aujourd’hui suppose qu’il y a une action permanente à mener, encourager et développer par l’état, c’est la réflexion autour des problèmes sociaux et économiques de ce pays.

RB : Ne pensez-vous pas que pendant un certain temps plus ou moins long, que le gouvernement aurait pu détaxer les commodités importées, renégocier le volume du PL480 pour le blé et son mode d’emploi pour pouvoir subventionner et réduire substantiellement le prix de la farine, pour combattre la faim.

PRA : Ce serait une excellente mesure si le gouvernement pouvait avoir le courage moral de l’adopter. Je crois que le gouvernement a intérêt à faire jouer la compétitivité, à ne pas laisser simplement un monopole déguisé entre les mains de cela qui on pris la succession de Minoterie d’Haïti. C’est ça le danger de la privatisation en Haïti. Il n’y a pas vraiment une privatisation. Il y a simplement un transfère du monopole d’état à un groupe privé proche du pouvoir. Il n’y a pas vraiment trop d’acteurs qui sont impliqués dans le bénéfice de la privatisation. On a de privatisation réel dans un pays que dans la mesure où la majorité de la population bénéficie. Soit comme investisseur, soit comme opérateur économique, soit comme consommateur. On est loin de ce cas en Haïti. Le groupe qui est là, Moulin d’Haïti, c’est un groupe qui est proche du pouvoir, qui bénéficie de certains privilèges. Le gouvernement doit doter l’Etat haïtien d’une intelligence économique pour savoir que faire et à quel moment. Nous avons très bien que le PL480 tel qu’il est conditionné par les Américains est une forme de subvention aux agriculteurs américains. Donc c’est un dossier qu’il faudrait bien maîtriser. Il y a le jeu diplomatique qu’il faut utiliser pour faire jouer la concurrence entre les différents pays. Si on laisse les Américains dans une situation de domination c’est tout à fait normal qu’ils veuillent toujours imposer la loi. Mais s’il y a d’autres pays qui peuvent offrir d’avantage. Et que monsieur Préval au lieu d’avoir une diplomatie idéologique, pense à avoir une diplomatie pragmatique. A ce moment là, je crois que le pays pourra en bénéficier. Je crois que la question que vous avez posée comme forme de suggestion est tout à fait valable pour permettre à l’économie haïtienne de respirer pendant cette époque là.

RB : Le Miami Herald a organisé vendredi dernier une conférence des Amériques à laquelle Préval avait été invité. Vous étiez à cette conférence. Il parait que Préval n’a pas pu, ou n’a pas su articuler ce qu’il veut faire devant l’ampleur des catastrophes et énoncer les besoins du pays.

Pensez-vous que Préval soit bien imbu de ses responsabilités ?

PRA : Je crois que monsieur Préval veut ignorer ces responsabilités. Je dois vous dire aussi qu’il m’a enlevé la parole. Il m’a empêché d’intervenir. Il y avait une liste de personnes à poser des questions, quand le chairman de la conférence a annoncé la dernière question et que c’était moi, monsieur Préval a mis fin à la conférence. C’est son droit le plus entier. Et il n’avait pas tort. Il savait bien que je n’aurais pas hésité à m’exprimer contrairement à ses prises de position.

Donc il y a eu un problème de communication, le gouvernement n’a pas su ce qu’il devait délivrer ce jour là. C’est importent pour un chef d’état de savoir, que dire, comment le dire, et où le dire. Monsieur Préval a intérêt à faire appel à ses amis qui sont des spécialistes en communication. Est-ce qu’il est prêt à les écouter ? Il doit savoir aussi qu’il est notre chef de l’état. Nous avons besoin de nous sentir fiers du chef de l’état lorsqu’il lance un message. Nous ne demandons pas à monsieur Préval d’avoir une parfaite diction. Nous demandons surtout à monsieur Préval de lancer un message cohérent. Monsieur Préval devrait pouvoir dire voici les interventions que nous allons faire en tant qu’Haïtiens pour faire face à la situation. Monsieur Préval devrait pouvoir dire aussi comment il allait restaurer la confiance. Parce qu’il y a un problème de crédibilité, tant pour monsieur Préval, que pour Haïti, un problème de confiance entre tous les Haïtiens et Haïtiennes, de se sentir à l’aise pour s’impliquer dans la résolution des problèmes socioéconomiques du pays. Or jouer sur la division, jouer sur des arrières pensées, jouer sur une chance qu’on croit unique de pouvoir transférer le pouvoir à qui l’on veut. Je crois que c’est plutôt exposer le pays, de pousser les Haïtiens à courir un risque beaucoup plus grave que celui de la dernière catastrophe. Je crois que monsieur Préval a intérêt à se ressaisir. Il a pour responsabilité de faire en sorte que nous ayons un nouvel état, une nouvelle nation et une nouvelle société.

RB : Ayant pris le pouvoir sans mot dire. N’ayant pas proposé un programme de gouvernement. N’ayant pas eu de plateforme politique.

Préval a-t-il une vision ?

PRA : Oui il a une vision. Mais c’est une vision autocratique, personnelle. Mais quand bien même, il aurait pris le pouvoir sans mot dire, il a un programme de gouvernement qui est obligatoire. Ce programme doit être articulé autour des besoins cruciaux du peuple haïtien aujourd’hui, problème d’environnement, problème de la misère, problème de l’éducation, problème de la santé, problème d’aménagement du territoire, problème de sécurité. En un mot, monsieur Préval est lié par la conjoncture actuelle du pays. Le pays demande qu’on ait des gouvernants de plus en plus responsable, de plus en plus soucieux et aussi de plus en plus intégrés à l’ensemble des communautés haïtiennes internes et externes.

RB : Il n’est pas évident que Préval ait de fait cette liaison dont vous parlez et le programme que vous évoquez ?

PRA : Mais il est obligé. Il est obligé de l’avoir.

RB : Il ne l’a pas ! C’est ça le problème !

PRA : Maintenant, il y a un autre problème. Nous autres aussi, nous devons réagir pour qu’il puisse l’avoir. Nous constatons une forme d’expression de lâcheté morale qu’on n’a jamais connu pendant toute l’histoire de notre pays. Les partis politiques qu’est-ce qu’ils représentent aujourd’hui, en dehors du parti du parti RDNP de Leslie Manigat qui parfois se montre un peu critique vis-à-vis du gouvernement de Préval ? Les partis politiques mêmes s’ils font partie de gouvernement, ils doivent avoir une attitude critique. Moi je faisais partie du gouvernement de Namphi, mais j’avais une attitude critique vis-à-vis de gouvernement. Je n’ai pas hésité. Monsieur Manigat peut en témoigner. Je n’ai pas hésité à rencontrer monsieur Manigat pour lui dire que vous vous laissez mener sur les ondes par l’extrême gauche. C’était très dangereux pour le pays. Je crois qu’il y a une responsabilité morale à laquelle aucun homme, aucune femme ne peuvent échapper, celle de dire ce qu’il y a lieu de faire pour prévenir une catastrophe, la catastrophe imminente, qu’est le risque qu’Haïti disparaisse, parce que c’est arrivé déjà dans l’histoire qu’un pays disparaisse. La population peut être dispersée un peu partout. Mais ce qui est grave, si nous n’agissons pas avec courage, avec solidarité, avec détermination, avec une vision partagée, pour reconstruire ce pays, le moderniser, en faire une société conviviale, démocratisée, sécurisée, nous allons le perdre.

RB : Il y a une chose qui est claire. Il y a un pouvoir. C’est ce pouvoir qui a cette responsabilité. C’est lui qui gère la cohésion sociale. Personne d’autre n’assume cette responsabilité que le gouvernement. Le problème est ceci. On ne peut pas placer sur le dos des citoyens le devoir de gouverner, ils sont gouvernés. Ce qui est évident. Il n’a pas présenté un programme de gouvernement. Personne ne peut le tenir responsable d’aucune promesse. Il est évident aussi, que sur le tas, il n’a pas su développer un programme non plus.

PRA : Je comprends très bien. Mais quant la cohésion sociale est menacée par le gouvernement, les citoyens ont pour devoir de se redresser pour obliger le gouvernement à une certaine rectification. Je crois que c’est le devoir citoyen qui s’impose maintenant.

RB : Ça c’est la notion de la Démocratie jeffersonienne. Quant ça arrive, le devoir du citoyen est de se révolter contre ceux qui sont au pouvoir.

PRA : Maintenant, je crois que monsieur Prévale est en train d’abuser de l’état de grâce dont il jouit depuis son 2e mandat. Je ne m’étonnerai pas qu’un matin qu’Haïti soit embrasée par des commotions sociales, à cause de ces négligences que nous venons de mettre en évidence. Le gouvernement et la communauté internationale ont intérêt à prévenir ce qui serait peut être un très grave désastre. Moi je sens que la terre va trembler en Haïti. Je sens que des entrailles vont être étripées. Je sens que le sang va couler. J’entrevois que des rivières de sang peuvent s’entrecroiser un peu partout à travers le pays. Je crois qu’il y a une façon de prévenir tout ça. C’est que le président Préval en étant conscient, ou en étant conscientisé, fasse le pas et appelle touts les Haïtiens à une tache noble, de créer un nouvel état, une nouvelle nation, une nouvelle société. Si non nous ne savons pas dans combien de temps on aura une petite Somalie dans la Caraïbe. Je crois que la communauté internationale, dont les américains en particulier ont intérêt à éviter une situation qui va affecter leur prestige. Parce que ça fait déjà quatre ans qu’ils partagent la responsabilité du pays avec monsieur Préval et le gouvernement Alexandre/Latortue.

RB : A mon humble avis, le discours « Graisse cochon an cuite cochon an », c’est un appel au peuple. Mais est-ce que c’est un appel crédible ? Car ce genre de discours est traditionnellement le chant du cygne de nos dirigeants. En est-il conscient ?

PRA : Je ne pense pas que ce soit réaliste. Voulant faire quelque chose, il faut avoir les moyens. Je ne pense pas que l’Haïtien réunisse les conditions pour avoir un gouvernement totalement autonome. Je crois qu’on devait avoir un gouvernement intelligent, pragmatique, qui sait comment faire les choses. Je crois que dans l’ensemble l’action collective du gouvernement pèche par incohérence, par manque de planification. Monsieur Préval doit comprendre qu’il y a certaines petites manœuvres qui ne vont pas marcher, d’autant qu’Haïti n’a pas la maîtrise de son destin. Haïti ne dispose même pas d’un bon service d’intelligence et de renseignement. Ce qu’elle a est le plus souvent fourni par les Dominicains et la communauté internationale, en premier lieu les Américains et les Français.

RB : Préval est-il capable de faire un exercice d’introspection, pour se rendre compte de sa culpabilité, dû à sa négligence, dans la mort des Gonaïviens, pour n’avoir pas donné l’ordre de poursuivre les travaux de drainage ?

PRA : Préval ne fera un exercice d’introspection, que si vraiment il en est obligé par une action juridique des victimes. Si les familles des victimes se mettent ensemble et intentent une action en justice contre monsieur Préval. C’est à ce moment là qu’il aura compris l’énormité de sa responsabilité. Il serait alors obligé à faire une introspection. Dans le cas contraire je ne le vois pas.

RB : Préval a exprimé à Miami et à Port-au-Prince son incapacité de subvenir aux besoins du pays et ses craintes de voir Haïti se transformer en une base opérationnelle de groupes terroristes parallèlement à son rôle de "couloir de transit" du narcotrafic, si la communauté internationale ne met pas la main à la pâte, pour subvenir aux besoins d’Haïti.

Est-ce du chantage, ou de la menace ?

PRA : Je crois que monsieur Préval veut profiter plutôt de l’interrègne qui va avoir lieu, après les élections américaines, pour lancer un message un petit peu intimidant. Il doit reconnaître aussi que s’il a pu être accepté d’être reconduit au pouvoir, c’est parce que précisément on ne l’avait pas crédité d’une trop grande implication dans le narcotrafic. Si monsieur Préval aurait prêté le flanc à la relance de ces activités, je crois que ce serait plutôt un suicide.

Il ne faut pas voir la question sur un seul angle. Il faut aussi questionner la responsabilité, la complicité de l’aile américaine dans l’aggravation de cette situation en Haïti.

RB : Quelle complicité que l’Américain peut-il avoir en Haïti, alors que la Minustah est dirigée par le Brésil ?

PRA : Il ne faut pas sous-estimer l’influence américaine. Ce que je veux dire par là. S’il y a un produit qui se trouve sur le marché, c’est parce qu’il y a des demandeurs. Où se trouvent ces demandeurs ? Pourquoi sont-ils protégés. Pourquoi peuvent-ils avoir accès librement à ce marché illégal ? Je veux parler des consommateurs américains.

RB : Et le fait qu’il ait dit qu’Haïti peut se transformer en une base opérationnelle de terroristes. Ceci est plutôt une menace.

PRA : Je crois que monsieur Préval a dû faire une demande qui n’est pas encore satisfaite par le gouvernement américain, et qu’il utilise cette façon pour se déresponsabiliser avant la lettre. Il n’y a pas que lui à avoir utilisé de pareil procédé. François Duvalier en avait fait à l’égard des Américains, sous le couvert de lutte anti-communiste. Jean Claude Duvalier en a fait aussi pour cette affaire de boat people, de même qu’Aristide. Mais contrairement aux autres gouvernements Préval se trouve dans une situation extrêmement fragile. Un tel gouvernement ne reposant pas sur des assises trop solides, s’attaquer ou du moins nuire aussi naïvement à des intérêts américains équivaudrait à un suicide, à mon sens.

RB : L’obsession de vouloir se succéder, ou au minimum de désigner son successeur, affecte le choix des priorités chez Préval. Il ignore complètement l’ensemble des problèmes que confronte le pays. Comptant sur le seuil de tolérance élevé des masses haïtiennes et la protection de la Minustah, il se concentre uniquement sur le remplacement ou l’amendement de la Constitution et la confiscation des élections.

Pensez-vous que son obsession se réalisera ?

PRA : Je crois que les citoyens conscients doivent se mobiliser pour éviter que monsieur Préval ne commette à l’endroit du pays une telle imposture. C’est la tentation de monsieur Préval. Mais c’est très difficile pour lui. Mais ce n’est pas impossible. D’autant que jusqu’à présent il a bouclé les premières étapes de son agenda. Il a pu mettre un CEP à sa guise. Il est en train de mettre des mécanismes électoraux. Il a pu avoir à sa solde des partis politiques. Il est en train de décrédibiliser le parlement. Il reste aux citoyens décents du pays d’empêcher une catastrophe pareille qui pèsera très lourd sur l’avenir du pays. Donc si monsieur Préval veut prétendre aussi à un minimum de bien-être consécutif à son mandat, il doit renoncer à toute tentative de plonger le pays dans une crise qui sera grave, d’abord pour lui-même.

RB : Pensez-vous qu’avec la protection de la Minustah, additionnée à tous ce que vous venez de dire, neutralisation des partis politiques, décrédibiliser les parlementaires, la confiscation du CEP, c’est claire qu’il se met en position pour pouvoir accomplir son obsession ?

PRA : Mais il y a quelque chose qui n’est pas vraiment contrôlable.

Et personne n’en a la maîtrise. C’est l’opinion publique nationale. Quant je parle ainsi, je veux dire les jeunes qui veulent avoir un autre Etat. Qui veulent avoir un autre style de vie. Qui veulent avoir un autre pays. Qui veulent avoir de nouveaux rapports sociaux, plus fraternels, plus solidaires. Donc je crois qu’à un certain moment, on va commencer à sentir les pressions dirigées vers la Minustah et vers la communauté internationale, pour que les choses soient normalisées. Nous ne devons pas oublier que Haïti fait parti de la communauté internationale. Tout ce que fait la communauté internationale en Haïti doit répondre à un devoir. Il y a aussi des obligations envers Haïti. C’est à nous de nous mobiliser pour que nous exigions que les valeurs démocratiques soient respectées au profit de chaque Haïtien. Et que la dignité humaine de chaque Haïtien soit respectée indistinctement tant par le gouvernement que les membres de la communauté internationale. C’est cette pression que nous autres membres de la société haïtienne qui ont eu l’opportunité de s’éduquer de nous regrouper de former un front uni pour la sauf garde des valeurs démocratiques en Haïti. Si nous ne le faisons pas, peut être que ce malheur arrivera. Mais si nous nous mettons ensemble avec détermination, pour contrer toute forme d’imposture que monsieur Préval aura voulu commettre avec ou pas la complicité d’un secteur de la communauté internationale, cela ne réussira pas.

RB : Vous pensez qu’il revient aux Haïtiens de s’opposer à la réalisation de son obsession ?

PRA : Absolument, La minorité pensante doit organiser une veille permanente sur l’évolution de la situation du pays. S’astreindre à une obligation de dénoncer tout ce qui contrevient à l’ordre moral et surtout au prescrit de la charte des Nations Unies. Il n’est pas prescrit dans cette charte qu’un gouvernement viole les droits d’un peuple. La charte démocratique de l’OEA ne le permet pas.

RB : Certes, on entend çà et là des pleurnichements contre la distribution népotique de l’aide. Mais on ne voit pas poindre une indignation contre l’état exécrable dans lequel l’Haïtien est en train de patauger.

A quoi attribuez-vous cette passivité ?

PRA : Il n’y a pas pour moi une forme de passivité, ne serait-ce qu’au regard de la situation aux Gonaïves. Il y a plutôt une main mise de certains secteurs sur les tuyaux de communication. C’est là le plus grand danger. Les groupes influents et parfois mafieux en Haïti, tendent à monopoliser la presse. Il y a beaucoup de protestations aux Gonaïves. Il y a même eu des tentatives de manifestation aux Gonaïves. Il n’y a pas eu suffisamment d’écho. Quant je parle d’observatoire. Cet observatoire doit posséder un réseau de communication pour que les informations puissent circuler. On a eu à dénoncer à travers l’Internet le comportement raciste de certains membres du contingent argentin aux Gonaïves. On a dénoncé le comportement de certains ONG. Mais aujourd’hui il nous faut pouvoir faire quelque chose. Il nous faut employer un terme beaucoup plus fort, cette intelligence nationale virtuelle que nous devons avoir. Si non les étrangers vont vouloir faire n’importe quoi. Il faut que cette intelligence puisse questionner le comportement de certaines institutions. Aujourd’hui il est impératif de questionner le comportement de la Presse en Haïti. C’est très important. Nous marchons vers la pensée unique en Haïti, un grave danger. De plus en plus les gens qui n’ont pas de moyen n’auront pas accès aux média. Les journalistes sont mal organisés, sous-payés. Il y a beaucoup de problèmes. Il nous faut trouver un moyen pour que l’information utile, puisse être communiquée et que les intouchables se rendent compte que malgré leur puissance, malgré leur argent, malgré leurs armes, malgré leurs réseaux d’influence, ils n’arrivent pas à avoir raison de la conscience humanisante de certains hommes et de certaines femmes qui croient que tout être humain a une dignité à respecter.

RB : Est-ce que la presse en Haïti, remplit son rôle de 4e pouvoir ?

PRA : La presse haïtienne fait beaucoup d’effort. Mais il y a des menaces. On doit protéger la presse contre ces menaces. Je connais des journalistes qui sont excellents, incorruptibles, professionnels honnêtes. Mais si nous laissons le cercle des menaces se refermer sur eux, ils vont être strangulés. Nous avons intérêt pour préserver la liberté de la presse, c’est la seule garantie qui reste à chacun des Haïtiens d’organiser les débats, et aussi d’organiser un système de protection pour les journalistes. Et celui qui est propriétaire de station de radio, de journal et de télévision, est obligé de faire respecter l’étique professionnelle de l’organe dont il est le propriétaire.

RB : L’Haïtien finira-t-il par se mettre debout pour clamer son humanité et réclamer ses droits ?

PRA : Je crois que ce soit tout à fait juste, utile et impératif que l’Haïtien le fasse. Mais il y a un risque que nous ne pouvons pas courir aujourd’hui. C’est le risque d’emporter encore un gouvernement par les manifestations populaires. Je crois qu’il nous faut cette mobilisation pour demander au gouvernement plus de rectitude. Nous devons le faire pour demander à la communauté internationale, plus de compréhension des besoins réels du peuple. Nous devons le faire pour sensibiliser les élites haïtiennes au sort du peuple haïtien. Nous devons le faire pour susciter les sentiments de solidarité sociale et fraternelle durable chez tous les Haïtiens. Nous devons le faire pour avoir la conscience qu’il y a un devoir, le seul aujourd’hui pour chaque Haïtien, homme ou femme, des classes populaires, comme des classes moyennes et de la bourgeoisie tant qu’elle existe en Haïti. Ce devoir c’est celui de reconstruire une nouvelle nation, un nouvel Etat, une nouvelle société. Nous avons besoin de la confiance entre nous pour le faire. Nous avons besoin d’une société qui soit protégée par ses propres forces armées qui reconnaissent la prééminence du pouvoir civil. Nous devons le faire pour que le changement passe par l’université. Pour que ce ne soit pas des apprentis sorciers de la politique qui au bout de leurs armes imposent un changement à la société. Nous devons le faire pour que nous puissions créer des pôles de développement autonomes dans les villes de province. Nous devons le faire pour récupérer le sens de l’autonomie. Pour que les Haïtiens cessent d’être dépendants. Pour prétendre aussi à l’exercice de la souveraineté en tant que peuple. En cessant de faire les choses mal. En cessant de voler. En cessant de violer les droits. En cessant de commettre des crimes, de commettre la corruption. Nous devons le faire pour prouver au reste du monde que nous voulons être des hommes responsables qui rejoignent la communauté internationale dans ces idéaux, pour que nous ayons une société vivable, fraternelle durable.

RB : Pensez-vous pouvoir transformer ce gouvernement populiste que nous avons au pouvoir, qui de fait, est un retour au statu quo ante, après le renversement du même régime. Pensez-vous pouvoir convertir ce gouvernement, en un gouvernement démocratique ?

PRA : Je crois c’est ce qu’il faut faire.

RB : Ha non ! Ha non ! Comment peut on le fait.

PRA : On peut le faire.

RB : Expliquez moi. Je veux vous entendre.

PRA : On peut le faire. On n’obtiendra pas de résultat. Il faut exercer cette pression.

RB : Il y a deux choses. Exercer la pression, c’est une chose. Mais être capable de le faire c’est autre chose. Il faut bien comprendre, que la nature même de ce gouvernement, c’est d’être populiste. Or le populisme est le cannibalisme de la Démocratie.

PRA : J’en conviens. Pourquoi il en est ainsi ? C’est parce qu’il y a un démission des élites.

RB : La démission des élites vient après 50 ans de populisme de droite et de gauche.

PRA : D’accord, il y a une chose qui est importante pour moi, on a un avantage, contrairement au gouvernement de Chavez qui est populiste. Le gouvernement de Prévale n’est pas fort.

RB : Oui, mais c’est un gouvernement protégé par la Minustah qui est l’unique projet international du Brésil. Et ce projet c’est pour garantir au Brésil son siége au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Donc il y a une raison valable pour le Brésil de maintenir au pouvoir ce qui est là.

PRA : En intégrant ça dans le contexte de la géopolitique régionale, nous pouvons aussi réagir. Le seul problème qu’il y a, est que nous sommes trop dispersés. Les Brésiliens sont intelligents. Ils arrivent et voient une société désarticulée, désorganisé, des élites déresponsabilisées. Il n’y a même pas une classe intellectuelle. Vous n’avez pas des gens qui réfléchissent. C’est tout à fait normal qu’ils agissent comme ça. Mais si nous autres, nous prenons conscience, et nous devons organiser ce que j’ai déjà dit, cette intelligence forte avec une très grande capacité d’expression et de ramification. Et qu’il y a des gens aux Etats-Unis, au Canada, en France qui sont prêt à dénoncer le comportement Brésilien.

RB : Dénoncer les Brésiliens, pourquoi ?

PRA : Nous parlons maintenant du Brésil qui joue sur cet appui au gouvernement haïtien pour faire certaine chose. Ce que je veux expliquer par là, si nous sommes en train de contrecarrer.

RB : Allez-vous contrecarrer la Minustah ou le gouvernement ? Car La Minustah théoriquement accompagne le gouvernement dans ces décisions.

PRA : Nous devons cibler le gouvernement. Mais je dois vous dire aussi qu’il y a des cas. J’en connais un. Mais pour des raisons stratégiques, en tant qu’homme d’état je ne peux pas révéler pour le moment. Je connais un cas où la Minustah était hésitante par rapport à l’attitude du gouvernement. Et que certaines pressions ont été exercées. La Minustah a pu arriver à obtenir du gouvernement ce qu’il fallait faire. Et cela a apporté des fruits et des résultats importants sous l’administration de monsieur Mulet.

RB : Ha ! Voilà, je m’attendais à cette remarque. Parce que monsieur Mulet a été d’abord un député dans son pays. Il comprend la politique. Et quand il est venu, il a été choisi par Laurence Rosen qui la amener pour pouvoir remplacer Juan Gabriel Valdès, qui lui, avait causé un tort irréparable au pays. Mais quand Mulet a laissé, chez son remplaçant on ne retrouve pas cette volonté politique.

PRA : Ce que je veux vous faire remarquer, s’il n’y avait pas cette pression.

RB : Je dois vous dire une chose que j’ai eu un dialogue avec Monsieur Mulet. Au départ il était contre les quartiers de non droit. Il était contre la négociation et le dialogue avec les bandits. Il a fini par forcer le gouvernement à les abandonner, pour qu’il puisse les déloger. Avec ce qu’on a là, ce n’est pas le même homme.

PRA : Certainement, ce que je voudrais faire remarquer, qu’en politique, il y a un jeu d’intérêt. Donc, si nous arrivons à nous organiser. A mettre sous pied ce qu’il faut. A avoir la détermination et l’efficacité qu’il faut, il y aura deux choses, un prix à payer, si on ne nous rejoint pas. Et un risque à courir aussi. Donc, je ne crois pas que nous pouvons nous croiser les bras et attendre que, ou la Minustah, ou les Brésiliens, ou les Américains, ou les Français, réagissent en notre faveur. C’est à nous de déterminer ce dont nous avons besoin et de l’exprimer très clairement. Non pas comme des bateleurs qui disent n’importe quoi, mais qui reposent sur quelque chose de solide. C’est-à-dire on a une organisation forte, influente, compétente, qui a des ramifications, avec qui on devra compter. Si nous ne le faisons pas. Je crois que c’est à cette tache que nous devons nous consacrer. Nous autres qui voulons, que le pays soit différent. Si nous ne faisons pas, personne ne le fera à notre place.

RB : Vous avez dit au départ qu’il ne faut pas essayer de créer un chambardement, pour emporter ce qui est là.

PRA : Je maintiens que ce serait un risque très élevé qu’un mouvement populaire emporte ce gouvernement. Cependant, si le gouvernement lui-même accule, comme il est en train de le faire. Ce gouvernement est en train de nous pousser vers cette alternative. Qu’il n’y a qu’une seule chose à faire c’est la révolte populaire, pour l’obliger à s’en aller.

RB : On a eu l’effet pendulaire, après le renversement de Duvalier à cause de la rupture effectuée par lavalas avec le régime duvalierien. On est passé du régime populiste de droite, au régime populiste de gauche. On n’a pas eu cette rupture après le renversement du régime lavalas. On est jusqu’à présent sous l’emprise du régime lavalassien. Il faut qu’il y ait une rupture avec le régime lavalas, pour pouvoir ramener le pays sur les rails. Le gouvernement Alexandre/Latortue n’a pas voulu être accusé de chasse aux sorcières.

PRA : Nous devons interroger l’histoire.

RB : On peut interroger ce qu’on veut. Mais un fait est clair, que le 1er premier ministre et le 2e président d’un régime renversé, est retourné au pouvoir au lendemain de son renversement.

PRA : C’est pourquoi je dis qu’il faut interroger l’histoire. Les hommes qui ont eu le malheur de surgir à la tête de l’Etat en 2004 au départ d’Aristide, étaient des hommes sans conviction. La majorité d’entre eux étaient motivés par des intérêts personnels. Et en outre il n’y avait pas vraiment de plan cohérent. Je le dis pour avoir été en première ligne. J’ai été plutôt victime du changement au lieu d’en bénéficier en 2004. Je n’étais pas dupe. Depuis décembre 2003, les hommes qui voulaient le départ d’Aristide, n’étaient pas vraiment sincères. Ils étaient plutôt prêt déjà à négocier, en échange pour des privilèges ou des faveurs à quelque niveau que ce soit. Cette opinion je l’assume. C’est l’une des raisons pour lesquelles, que dans la proposition de sortie de crise, il y avait quelque chose qui n’a pas été respectée. C’est parce que je faisais trop d’insistance pour dénoncer, surtout, l’indécence de ces acteurs là, qui ont voulu tout avoir. J’ai exigé que le conseil des sages soit élargi. On a eu des négociations et des tractations sans moi pour que cela soit comme ça. Il y a toute une tranche d’histoire et des tas de choses à révéler. Gérard Latortue était plutôt candidat à une image de marque au près des Nations Unies. Gérard se souciait très peu du pays. Boniface n’était pas préparé politiquement. Le groupe 184 était, ce qu’il a toujours été, une mosaïque d’intérêts sans ciment, sans aucun lien. Les partis politiques avaient des propriétaires, pas même des chefs de parti, qui étaient plus intéressés à leurs affaires de cour. Donc ils ne restaient que les étudiants, dont certains se sont laissés détourner, pour des raisons pratiques. Voilà le triste tableau de la situation. En un mot, il n’y avait aucun civisme, aucun patriotisme, aucun intérêt général. Tout le monde oubliait qu’il y avait une personnalité morale à défendre, Haïti. Il ne pouvait pas y avoir de rupture.

RB : C’est la rupture qui reste à faire. Il faut savoir en s’organisant, que faire.

PRA : La première chose qu’il faut faire. Il faut qu’il y ait des propositions valables, durables, totalement différentes. On est en train de faire ça. Nous voulons opposer ce nouvel Etat à cet Etat chaotique de lavalas. Nous voulons proposer une notion de nouvelle nation à la notion déchirée de lavalas. Nous voulons avoir une nouvelle société, opposée à la société déresponsabilisée et criminalisée de lavalas. Voilà ce que nous sommes en train de construire. Pour cela il faut tout un groupe. Il faut se mobiliser, pour le créer. Il ne faut pas se laisser décourager, se laisser démobiliser. Il faut arriver chaque jour à augmenter la confiance entre nous. La crise haïtienne est essentiellement morale. J’estime, qu’il y a une chose d’important entre nous, qui est la confiance. Il nous faut nous entendre. Il nous faut comprendre qu’est-ce qui nous divise. Comment aller de l’avant. Il faut arriver à faire exactement cette rupture avec la société lavalas. Cette rupture ne peut se faire que par un groupe d’hommes qui refusent de voler, de tuer, d’assassiner, de détruire l’Etat, de détruire les institutions. Une nouvelle génération qui veut même humaniser, les anciens criminels et les anciens bourreaux. Qui veut les reconvertir. Qui veut les astreindre à des taches plus humanisantes. Je crois que c’est ce qu’il faut faire.

RB : Vous pensez pouvoir reconvertir les anciens bourreaux.

PRA : Par optimisme, je crois que l’on peut transformer les criminels.

RB : C’est la rédemption que vous voulez offrir.

PRA : Non, pas la rédemption. Il y a une façon de faire ça. Il n’y a pas de rédemption sans pénitence. Il reste à savoir comment doit se faire la période de pénitence.

RB : S’il y a une pénitence, elle doit être proportionnelle ou égal au crime commis. Si vous considérez dans le domaine religieux chrétien, la pénitence par rapport au crime, ce n’est pas ça. Elle est beaucoup moins substantielle que le crime.

PRA : Je crois qu’il y a des moments de pénitence qui sont aussi douloureux que les moments où la victime se retrouve face au bourreau. Tout dépend de la façon comment on organise la repentance. Il y a déjà des cas à travers le monde. On n’a pas à réinventer la roue. Il y a des cas, on a pu obtenir des aveux.

RB : L’aveux pour mois, ce qui a eu lieu en Afrique du Sud, c’est simplement la confession publique des actes qu’ils ont posés. Mandela a accepté que la confession publique des actes exécrables, suffirait, comme punition.

PRA : Il y a des cas où tout revient à la normal après un certain temps de sanction. Il y a plusieurs formules.

RB : Perdre son temps, à vouloir racheter les bourreaux, alors qu’on devrait prendre soin des victimes.

PRA : Par éducation je ne crois pas en l’action vindicative.

RB : Je n’ai pas dit, jusqu’à présent, qu’il faille prendre une action vindicative contre le bourreau. Mais je ne crois à la rédemption du bourreau.

PRA : Je crois fermement à la correction. Je crois qu’on peut corriger.

RB : Au lendemain des émeutes de la faim, on se plaisait à dire que la marmite est en train de bouillir. Le passage des quatre ouragans, a-t-il éteint le feu ou réduit sa température ?

PRA : Il n’a ni baissé la température ni éteint. Je crois que ça va avoir l’effet de précipiter plutôt les événements.

RB : La précipitation de quel événement ?

PRA : Il nous faut nous attendre à l’expression d’une grande colère populaire. Je la sens. A moins qu’il ait une intervention divine. Je crois que nous marchons vers ça. Son expression pourrait se faire sans discernement. C’est-à-dire que n’importe qui peut en être victime.

RB : La façon dont je le vois, c’est qu’il y a la possibilité d’une irruption. Cette possibilité peut ne pas avoir à sa tête un leadership capable de contrôler, de mesurer ou dedoser l’action. Son leadership sera plutôt à un niveau plus bas, têtes de pont ou chefs de quartier, là où le leadership se mesure à l’aune de la violence. C’est là le danger d’une telle irruption.

PRA : Tel que les choses se profilent, on aura des mouvements spontanés, aveugles et terribles.

RB : Face à l’aveu réitéré d’incapacité de Préval, la situation qui s’empire, une rentrée des classes problématique, ne voyant venir aucun aide qui soit remise au gouvernement, quelles sont vos pronostiques ?

PRA : Mon pronostique est très sombre. Une aggravation de la criminalité, un Himalaya de cadavres. Et probablement une occupation beaucoup plus directe.

RB : C’est un pronostique très sombre. Je vous remercie pour votre participation à notre émission. J’espère pouvoir vous inviter une prochaine fois.

PRA : Ce serait toujours avec plaisir. Devant l’impuissance humaine, on a toujours tendance à implorer le ciel. Puisse le ciel éviter à Haïti la catastrophe et le désastre qui s’annonce.








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