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Election de Barack Obama

samedi 8 novembre 2008 par Robert Benodin

Thèmes de l’Emission de la semaine - Orlando le 7 novembre, 2008

Actualités Politiques : Grandes Lignes

Ce mardi 4 novembre 2008, nous avons assisté à un évènement, l’élection de Barack Obama à la présidence de l’hyperpuissance mondiale, les Etats Unis. Je vivais déjà à Chicago en 1965, quand Lyndon Baines Johnson a forcé la promulgation de la loi accordant le droit de vote aux noirs américains. J’ai vécu la mise en application de la mesure obligeant l’intégration du système scolaire, par le « Bussing ». Le plus étonnant, c’est que Lyndon Baines Johnson un démocrate texan, un chef d’état du « Deep south », a entrepris de poursuivre l’œuvre d’émancipation des noirs et d’intégration nationale qu’un chef d’état appartenant à l’élite libérale du Nord-est avait commencé avant son assassinat, John Fitzgerald Kennedy. Nous avons vécu toutes les péripéties humiliantes de cette lutte pour l’égalité de chance et le pain de l’instruction. Nous avons vu tomber un à un des héros acceptant stoïquement le sacrifice de leur vie dans la lutte du « Civil Right Movement ». L’avènement de Barack Obama à la présidence est une apothéose, un saut qualitatif inespéré, après seulement quarante années de lutte d’émancipation et d’intégration. Il ne faut pas naïvement se tromper. L’avènement de Barack Obama au pouvoir, ce n’est ni le point final, ni la disparition instantanée de tous les problèmes raciaux. C’est une étape très avancée de l’harmonisation raciale. Certes, le racisme a énormément diminué aux Etats-Unis. Mais, il y a encore du chemin à parcourir. Dans cette conjoncture cauchemardesque de la problématique financière et économique des Etats-Unis et du monde, Obama est obligé de passer ce teste acide « with flying colors », pour repositionner son pays dans la reconfiguration multipolaire mondiale. Le succès d’Obama à la présidence sera sans aucun doute un élément d’accélération du processus d’harmonisation raciale et de la consécration irréfutable de la notion de l’égalité des races à travers le monde.

Les médias ont eu des entrevues avec plusieurs célébrités noires. Parmi ces entrevues celle du CBS a été des plus percutantes. Le cri de la fameuse poétesse américaine octogénaire, Maya Angelou « We have done it ! My Lord – I am an American now ! » Ce cri met en exergue l’importance non seulement politique, mais surtout la dimension humaine de cet évènement. C’est l’expression spontanée, sincère et véridique d’un nouveau sens d’acceptation et d’appartenance absolue, totale et complète à sa nation. C’est un cri du cœur ! Ce que nous avons vécu cette semaine donne un nouveau sens à cette expression « Only in America ! » On devra attendre longtemps encore pour voir un tel évènement dans l’un des pays des G8.

Mis à part la capacité de percevoir et de saisir l’opportunité, la vision, l’audace, la détermination, l’assiduité, la discipline, l’intelligence, le talent d’organisateur, le tempérament calme et serein d’Obama, à mon humble avis deux faits ont contribué de manière fondamentale à rendre possible cet évènement extraordinaire auquel nous avons assisté mardi dernier.

- Le premier, l’imposition et le maintien de l’intégration de l’emploi et du système scolaire, ont permis simultanément à des générations d’adultes et d’enfants noirs et blancs, à se coudoyer, à se tolérer, à se connaître, à se respecter, à s’accepter mutuellement, à développer des liens d’amitié. Ceci a contribué, avec le temps, à atténuer considérablement la culture du préjugé de couleur et la ségrégation. Mais surtout à s’accommoder à l’ascension lente mais constante des noirs compétents dans les sphère du pouvoir politique et des postes de leadership dans le secteur privé. Le cas de Brown vs le Département de l’éducation ne date que de 50 ans seulement. Ceux qui en 1965 étaient âgés de 10 ans ou moins et qui étaient des écoliers, sont aujourd’hui dans leur cinquantaine. Cette génération et celles qui l’ont suivi, ont appris en grandissant à accepter et à respecter le noir, au point d’accepter son leadership aujourd’hui.

- Le second, c’est une culture qui est profondément ancrée dans la psyché de la société américaine, l’acceptation inconditionnelle du système méritoire, la reconnaissance du talent, de la capacité et des valeurs de l’individu et le respect inconditionnel du droit inaliénable de l’individu à l’égalité de chance. Voilà ce qui a permis à l’étudiant Barack Obama d’être admis à l’université, d’entrer en compétition et finalement d’assumer la présidence du Havard Law Review. Pour cette position de haut prestige, la compétition est extrêmement féroce. Pour l’obtenir, en compétition avec des blancs, c’est la confirmation irréfutable de ses mérites. Soyez en certain qu’on ne fera pas ce cadeau à quiconque et surtout pas à un noir, dans une université aussi prestigieuse.

La coïncidence de ces deux faits, l’accès à l’éducation pour parfaire ses talents et l’observance non-discriminatoire des règles du système méritoire, ont amené le sénateur John Kerry a lui offrir, le rôle de Keynote Speaker à la convention du parti Démocrate en 2004. Ce geste l’a introduit sur la scène politique au niveau national. Son talent oratoire a ébloui la nation. Sa vision d’unification a touché collectivement l’âme nationale.

Certains présentent comme argument que l’éclatement de la bulle financière provocant une crise mondiale, soit l’unique cause de son catapultage au pouvoir. Certes, la bulle financière a éclaté en septembre. Mais les symptômes de la crise économique étaient déjà manifestes bien avant le début des primaires. De fait, l’économie, la guerre d’Irak, l’assurance de santé et le problème des émigrants illégaux, ont été les points névralgiques de cette campagne. Cependant, les autres points se sont atténués au fur et à mesure pour céder la priorité à la situation économique qui s’aggravait et qui augmentait rapidement en importance, avant la fin des primaires. De fait Hillary Clinton et Barack Obama se sont affrontés férocement sur la situation économique, jusqu’à la dernière minute. Comment a-t-il pu devenir le candidat du parti Démocrate en lieu et place d’Hillary Clinton, alors que Bill Clinton a été de fait le chef incontesté du Parti de 1992 jusqu’à la date du choix de Barack Obama comme candidat du parti ? Après la dynastie de Bush qui était en train de faillir misérablement sur touts les fronts, voulait-on de celle de Clinton ? Le niveau du pourcentage des aspects négatifs pour Hillary était énorme. Malgré tout, certains veulent imputer l’échec d’Hillary au sexisme. Elle a accumulé un vote populaire extraordinaire, de plus de 18 millions de voix aux primaires. Le rejet de Sara Palin est pour son incompétence manifeste, mais pas parce qu’elle est une femme. Le sexisme n’a pas vraiment joué un rôle prépondérant à ces élections. La discipline, la justesse de la planification, et de la gestion impeccable de la campagne d’Obama, ont été des éléments importants de son succès. Mais, l’argent étant le nerf de la guerre et de la politique, ce qui a joué le rôle prépondérant, c’est l’innovation dans le système de financement et la décision de ne pas accepter le financement fédéral pour sa campagne. Grâce à ce financement, il a pu inscrire de nouveaux démocrates ; il a pu faire campagne dans des états qui étaient considérés comme étant les chasses gardées, les fiefs exclusifs des Républicains depuis des décades.

Bien qu’on n’ait pas pu détecter le « Bradley effect » au cours des primaires, il était devenu malgré tout le cauchemar d’Obama et l’espoir de McCain, surtout quand le pourcentage des indécis était égal ou supérieur à la différence des pourcentages entre les deux candidats. Les analystes sont tous d’accord aujourd’hui, qu’en fait, on a eu l’inverse du « Bradley effect ». Cependant on n’est pas encore arrivé à être d’accord sur la ou les raisons de cette inversion. On est plutôt en train d’énumérer post mortem, tout une liste de raisons. Tel que l’effet Sara Palin qui a pu engager énergiquement la base populiste républicaine, mais pas l’intelligentsia, ni les centristes républicains. Le risque qu’avec l’age de McCain Sara Palin pourrait devenir sa remplaçante. L’absence d’argument, de stratégie et l’utilisation continue de tactiques diffamatoires par le camp de McCain, le portait à réagir uniquement qu’aux dires d’Obama. Réagissant à l’éclatement de la bulle financière, le symbolisme gestuel de la suspension de sa campagne pour se rendre en trombe à Washington, a été ridiculisé. Il a endossé sans mot dire, l’intervention controversée de 700 milliards de dollars du gouvernement distribués à des institutions dont les dirigeants ont exploité à fond la dérégulation à leurs profits. Cette intervention du gouvernement est absolument contraire à la notion conservatrice de l’Etat gendarme. Peu après il s’est mis ridiculement à accuser Obama d’être un socialiste, alors qu’il venait de supporter une intervention gouvernemental et pas des moindres. De maverick qu’il prétendait être, il n’est devenu qu’un démagogue.

La victoire d’Obama au niveau du collège électoral est écrasante : 364 contre 163. C’est la preuve non-seulement de l’efficacité de sa stratégie électorale qui lui offrait de multiples options pour garantir sa victoire, mais surtout de la gestion impeccable de la matérialisation de cette stratégie. Au niveau du vote populaire on a eu : 65,135,739 contre 57,188,732, presque 8 millions de voix de différence, soit 53% contre 46%. Pour le Sénat les Démocrates ont 56 sénateurs inclus 2 indépendants qui traditionnellement votent avec eux, contre 40 Républicains. Il y a la recompte des voix pour 3 états. Et un quatrième, Georgia, qui ira au second tour. Le sénateur de l’Alaska qui vient d’être inculpé de corruption, est aussi dans le processus de la recompte des voix. S’il gagne, selon les rumeurs, il sera chassé du sénat. Une autre élection aura lieu en 90 jours pour le remplacer. Il faut s’attendre à la possibilité que Sara Palin devienne candidate au Sénat. Pour le House les Démocrates ont 259 Representatives et les Républicains 176. Pour les gouverneurs les Démocrates ont remporté Washington, North Carolina, et Montana, et les Républicains, Vermont et Utah. Les Démocrates ont obtenu une grande victoire.

Les Haïtiens reviennent continuellement à la charge avec la question : « Que gagne Haïti avec l’avènement d’Obama au pouvoir ? Il nous faut admettre au départ, même quand des gouvernements tel que celui des Etats-Unis peuvent fonction au niveau du « Multitasking ». En d’autres termes, s’occuper et se préoccuper de plusieurs choses à la fois. On ne sera pas le seul à solliciter leur attention. Il y aura une compétition féroce pour capter l’attention de ce nouveau gouvernement, dans l’espoir d’un changement de vision du monde. L’état de délabrement et de pauvreté d’Haïti ne suffira pas pour faire d’elle une priorité. Au contraire c’est peut être le meilleurs prétexte pour la jeter au rancart, particulièrement avec la classification d’être parmi les quatre pays les plus corrompus du monde et le plus pauvre de l’hémisphère. On est devenu de fait la brebis galeuse de la région. Il faut surmonter tous ces handicapes. L’image de marque de l’actuel gouvernement ne tend nullement à encourager les donneurs d’aides à se tourner vers nous, pour nous aider avec l’argent de leurs contribuables. Malgré l’ampleur du désastre, les interventions post-cycloniques et la façon dont l’aide a été distribuée, sont des preuves irréfutables d’une absence de confiance manifeste envers ce gouvernement.

Il faut d’abord se présenter comme un interlocuteur valable qui sait clairement ce qu’il veut. Qui formule sa demande de manière méthodique et rationnelle. Qui présente un plan d’exécution avec ses priorités d’importance et de séquence. Etalant les étapes d’exécution sur au moins une période de cinq ans. Depuis plus de 2 ans et demi que ce gouvernement est en place, a-t-il entrepris de faire de telle démarche ? La Diaspora ayant selon le rapport de la Banque Mondiale 83% des professionnels, des administrateurs et des technocrates haïtiens, elle peut être d’un apport considérable et indispensable dans cet effort. L’actuel gouvernement haïtien jusqu’à présent a-t-il fait preuve dans les faits de cette volonté, de ce désir de solliciter ou d’accueillir cet apport ? Renfermé sur sa xénophobie, n’est-il pas beaucoup plus soucieux de l’omnipotence de son pouvoir, du remplacement de la Constitution pour se garantir un pouvoir à vie ? Ses déclarations à New York, à Miami et au Québec, faisant tantôt du chantage, tantôt des menaces et portant des accusations, sont loin de pouvoir interpeller quiconque pour lui venir en aide. Voilà où nous en sommes ! Il faudra chercher quelque part d’autre. Il faudra s’organiser d’une autre façon. Si les Haïtiens veulent saisir l’opportunité qu’offre ce nouveau pouvoir, il faudra trouver un nouveau leadership pour entamer ce nouveau dialogue.








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