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Éditorial Récidives ! - par : lenouvelliste.com

jeudi 29 mars 2012 par Administrator

Woy ! Les voilà ! Nos petites histoires rééditées. Encore. Et encore. De puissants acteurs chevauchant à contre-sens notre grande histoire, comme s’ils ignoraient tout de cette histoire. Griserie.

Woy ! Les voilà ! Nos petites histoires rééditées. Encore. Et encore. De puissants acteurs chevauchant à contre-sens notre grande histoire, comme s’ils ignoraient tout de cette histoire. Griserie. Le pouvoir comme lieu de réalisation d’obscures ambitions. La noblesse des intentions se dissout dans le prosaïsme des prétentions. Ils sont dans l’exécutif. Ce sont, parmi les plus influents, des agents propagateurs de crises. Ils sont au Parlement.

Ce sont, pour la plupart, des promoteurs de troubles. Ils sont des étrangers aux bras longs et des « amis » autoproclamés d’Haïti. Ce sont, par leurs courtes vues, de gentils déstabilisateurs des institutions républicaines haïtiennes. Ils sont dans le privé. Ce sont, pour beaucoup, des sprinters des occasions toutes faites auxquels il manque le souffle long du marathonien de la longue distance. Ils se réclament de la rue. Ce sont, pour l’essentiel, d’invétérés fauteurs de désordre sous pilotage insensé.

Ces entités haïtiennes et internationales parlent et décident pour nous. Leur action conjuguée, consciente et inconsciente, a fait d’Haïti une entité chaotique non gouvernée et perçue comme ingouvernable. Cette prétendue ingouvernabilité devient un fonds de commerce. Elle engraisse les affairistes de l’humanitaire. Par elle, Haïti est vue et interprétée selon des catégories antinomiques et arbitraires. Entre le haut et le bas, des tranchées infranchissables. Comme s’il n’y avait rien entre les deux. Et que les Haïtiens étaient et resteraient en état de confrontation permanente.

Une telle vision autorise, évidemment, les ingérences étrangères, des plus primitives, dans les affaires d’une République toute dépenaillée et mise en échec. Elle permet l’affaiblissement, voire l’annihilation des forces de sécurité haïtiennes. Au point que l’infrastructure militaire de la tutelle internationale tend à s’indigéniser dans l’organisme socioculturel haïtien. Haïti n’a pas besoin de sa propre armée. On l’en a dotée d’une d’essence multinationale. Sa police restera inexpérimentée, sous-staffée et sous-équipée. Car, quelque part, il a été décidé que cette police demeure une force mineure, même après dix-sept ans d’existence.

Les crises que connaît, aujourd’hui, le pays ont des racines profondes et nombreuses. Elles s’ancrent dans une panne de leadership politique qui met en lumière l’effondrement de l’État haïtien. Des coteries se succèdent au Palais national, mais on sent que la conscience d’un destin partagé leur fait défaut à toutes. Si Haïti peine à se projeter dans l’avenir et à se stabiliser durablement, c’est en raison de la poursuite solitaire d’intérêts particuliers par des acteurs opiniâtres. Les tendances chicanières des uns et des autres embrouillent les perspectives de sortie du tunnel dans l’apaisement. L’année promettait tellement ! Déjà, des regrets. En plein dans la tourmente, Haïti risque de ne pas voir se concrétiser les belles prévisions économiques.

L’inexpérience du président Martelly, l’immaturité de son entourage, couplées à l’immodération et l’impatience de ses adversaires, contribuent à raffermir, dans leurs convictions, ceux qui doutent de notre capacité à nous gouverner dans la responsabilité. Le désordre dans lequel le pouvoir a tenté de restituer l’armée en dit long de l’impréparation de nos gouvernants et de leur évaluation défaillante des rapports de force politique. En contexte de tutelle militaire internationale, il n’est d’armée que celle autorisée, voulue et cooptée par les puissances tutrices. L’armée de Martelly, quelle que soit sa justification, restera son rêve avorté de militaire manqué. Et surtout son cauchemar.

Le président de la République devrait éviter de faire de son propre cauchemar le drame de tout le pays. Il a été imprudent de demander au directeur de la Police nationale d’Haïti, Mario Andrésol, d’aller déloger ces faux et ces vrais militaires démobilisés que le président Martelly avait lui-même invités sous les drapeaux d’une Haïti remilitarisée et appelée à se délester de la lourde et dérangeante présence de la Minustah. Monsieur Andrésol a bien fait d’avoir envoyé promener le ministre de la Justice porteur de cette requête présidentielle plutôt dangereuse. La Minustah elle-même, sous le leadership du visionnaire et très réservé Mariano Fernandez, reste jusque-là dans le politiquement correct en se contentant d’observer, dans la vigilance, l’évolution de ce dossier explosif. Si le président Martelly s’est emmêlé dans cet imbroglio par maladresse, c’est avec doigté, tact, patience et autorité qu’il s’en sortira. Et le pays avec lui.

La réédition de nos petites histoires sordides coïncide avec le vingt-cinquième anniversaire de notre Charte fondamentale. S’il y a un enseignement à en tirer, c’est que les Haïtiens n’ont pas encore fait la démonstration qu’ils veulent rompre avec l’ère des baïonnettes par le droit et dans le droit. Les appels incessants à la rue et à la force pour trancher durant des crises institutionnelles ne témoignent pas d’une foi réelle dans les institutions démocratiques et dans les procédures légales et constitutionnelles de résolution des conflits. La persistance des crises, leur apparente inextricabilité, l’ingouvernabilité, cette mère de toutes les dérives qui nous viennent d’ici et d’ailleurs, s’enracinent, au fond, dans nos récidives dans l’arbitraire. Et dans l’aveuglement partisan.

Daly Valet








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