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Editorial Le Matin : En do majeur - Malaise ! - par : Daly Valet

samedi 22 octobre 2011 par Administrator

Suivez mon regard. Il y avait la milice macoute des Duvalier. Elle était institutionnalisée. La paysannerie et le sous-prolétariat urbain en armes. Des enragés hors-la-loi en uniforme. Dictature sanguinaire. Il y avait les chimères d’Aristide. Ils opéraient en dehors de tout cadre formel. Pas d’uniforme. Guenilles. Haillons. La canaille populacière armée jusqu’aux dents. Des « à tout faire ». Des endiablés du pouvoir lavalas, la bride sur le cou.

L’ignorance au service de l’ignoble. Des exclus historiques et vulnérables du « système » rendus criminels par un régime détraqué. Anarchie autoritaire. Duvalier, Aristide, même combat. La violence criminelle, la force organisée et informelle au service d’une vision patrimonialiste, personnelle et autocratique du pouvoir.

René Préval était d’un autre type. Il était débonnaire. Laxiste. Populiste. Nihiliste. Il usait de tous les expédients pour durer et demeurer au pouvoir comme un joueur de poker déloyal s’amuse à biaiser les cartes pour dérouter ses adversaires. L’objectif, ici, est de gagner. Gagner à tout prix. À tous les coups. Rien que pour faire perdre les autres. Ludisme. Cynisme. Autoritarisme ? Les ingrédients sont là, épars. Notamment, dans les rapports de M. Préval avec les institutions et la Constitution. Mais le régime, en soi, n’était pas d’essence dictatoriale. Les réseaux de chefs de gangs hérités de l’ère aristidienne ont été cooptés et incorporés dans la gestion formelle du pouvoir. Mais ils n’opéraient plus en seigneurs de guerre, maitres des vies et des biens. Relative stabilité des rues. Les libertés publiques garanties. À part les magouilles électorales officielles qui tiennent lieu de déni inacceptable du droit des citoyens d’élire librement leurs dirigeants, et le chaos institutionnel savamment entretenu pour s’imposer en homme fort, René Préval fut loin d’être un prototype du dictateur classique haïtien. Dans cette Haïti, où les démocrates éclairés ont subi nos gouvernants, tantôt en peste, tantôt en choléra, et au regard des excès de ses prédécesseurs et des extravagances de ses successeurs, d’aucuns pourront même en venir à voir dans le règne de Préval une simple cholérine dérangeante, insoutenable mais plutôt bénigne.

Il y a lieu de s’inquiéter avec Michel Martelly. On sait qu’il est d’une droite cocardière, dont le bilan, en termes de respect des droits humains et des préceptes démocratiques, est peu reluisant. Il y a du populisme aristidien en lui. L’informel. Au nom du peuple, on s’autorise des écarts antidémocratiques. On se croit à la fois le peuple et le pays. Toute dissidence avec le président de la République sur les politiques publiques devient dès lors de l’anti-peuple à bannir. De l’anti-pays, à proscrire. Intimidations. L’injonction : se taire et subir l’avalanche. Du duvaliérisme aussi. Mystique de la nation. De la fierté nationale même dans des contextes de compromission avec l’international. Le chef de l’État comme l’unique voix de la nation. Le bon papa protecteur et décideur. Scolarisation universelle « gratuite » à la Martelly. Belle initiative. Déficit de consultation. Blocages. Frustrations. Râles. Réconciliation à la Martelly. Plaintes. Gémissements. Applaudissements. Réserves. Cillements d’yeux. Hochements de tête. Des réactions contradictoires. C’est dire que le consensus manque sur la méthode Martelly. Réconciliation ? Oui. Mais une autre bonne idée qui semble sur le point de s’imposer d’en haut. Du tonnerre. Parades. Comme si les victimes de ce club de dictateurs n’avaient plus de mémoire et que le pays avait abdiqué ses droits à la vérité sur ces années noires. L’histoire et la justice ne sauraient faire l’impasse sur ces nuits des longs couteaux. Une nouvelle armée en perspective. Encore à la Martelly. Tout se décide d’en haut. Comme si la militarisation du pays ne pouvait se faire que pour satisfaire l’ego militariste du Président, et celui putschiste et autoritariste de la droite haïtienne.

La peur est là d’une résurgence d’une force armée au service d’un homme. Elle est légitime, cette peur, pour incontournable que puisse être l’urgence constitutionnelle de reconstituer une force de défense nationale en substitution à l’infrastructure militaire de la tutelle internationale. L’angoisse est aussi là, palpable et compréhensible, chez beaucoup de traumatisés et de vigiles républicains, face au retour possible d’une milice, hier formelle et bleue, aujourd’hui ou demain rose et quasi informelle.

Nous vivions dans une République indigente sous Préval. Elle était vicieuse. Elle n’emmerdait pas, cependant, nos libertés. La République se fait extravagante et clinquante avec Martelly. Elle se veut généreuse envers le « petit peuple ». N’empêche ! Elle inquiète. Elle est même provocante. De la provocation souvent gratuite. Comme cette ère du « cynisme » présidentiel annoncée par M. Martelly en personne. Elle se permet, aussi, d’être envahissante au point de brouiller, délibérément, la sphère des prérogatives présidentielles et gouvernementales. Entre Michel Martelly et Garry Conille, le Premier ministre que nous décrit la Constitution est introuvable. Deux vrais divorcés en fausse lune de miel publique. Affaire à suivre. Entre-temps, nous demandons que le plan de scolarisation pour tous, la question de la réconciliation nationale et le dossier de reconstitution de l’armée deviennent de vrais enjeux nationaux. Des enjeux libérés de l’emprise discrétionnaire du chef de l’État. Et mis en débat. La nation a son mot à dire sur son devenir.

Daly Valet








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