CAPSULES-HAITIMONDE.COM - Les Dernières Nouvelles d’Haiti - Tout sur l’actualité haitienne - Le réseau de référence Haitimonde.com

Duke University présente sa copie de la déclaration de l’indépendance d’Haïti

jeudi 23 janvier 2014 par Administrator

21 janvier 2014. Il est presque 19 heures. Des flocons de neige tapissent les voitures garées à l’extérieur du centre John Hope Franklin de Duke University, en Caroline du Nord. A l’intérieur, l’ambiance emmène vers d’autres latitudes. C’est tropical. Les tambours de Boukman Eksperyans résonnent. Sur un écran plat, des images d’un documentaire défilent. Des femmes, possédées par des loas, tournoient. Le tempo est cassé. Cesaria Evoria est dans l’air. Douceur, mélancolie. La voix de la diva aux pieds nus habite les murs sur lesquels sont accrochés des « drapeaux vaudous ». Une exposition et une présentation d’une copie manuscrite originale de la déclaration originale chevauchent ensemble.

Dans l’allée, entre les « vèvè » tricotés avec des paillettes multicolores, il y a une table. Enfin, quelque chose avec quatre pieds. Autour, des dizaines d’universitaires, des Haïtiens, sont suspendus aux lèvres de Will Hansen, un grand jeune homme roux, assistant du conservateur de la bibliothèque de Duke University. Un crayon pose entre l’oreille et la tempe gauche, il raconte le parcours de cette copie trouvée dans les papiers d’un fils de colon, Jean Baptiste Pierre Aimé Colheux de Longpré, né en 1776 à Léogâne, qui a dû fuir Haïti après 1804, avant de s’installer à la Nouvelle-Orléans. Passionnant. Des yeux écarquillés de curiosité regardent Will Hansen tirer la nappe.

Derrière la vitre, la découverte, la trouvaille. Quatre feuilles de papier, vieilles de plus de 200 ans. « De l’écoute soigneusement copiée », selon Deborah Jenson, spécialiste du XIXe siècle, passionnée de l’histoire d’Haïti et de Dessalines, auteur de « Beyond the slave narrative, politics, sex and manuscrits in the haitian revolution ». Parmi les rares copies manuscrites qui existent, celle-là, ajoute Deborah Jenson, « mal écrite », « différente des autres », « authentique », témoigne de la force de la transmission orale. Quand Jacques Pierre, professeur de créole à Duke University, lit en créole la déclaration, ce texte, l’acte d’autorité nationale pour assurer à jamais l’empire de la liberté en Haïti, on n’écoute que sa voix. Celles, à travers lui, de Jean- Jacques Dessalines, des pères fondateurs de la République d’Haïti. L’intention de doter le pays d’un « gouvernement stable », de faire d’Haïti une terre de liberté pour les asservis, un voisin tranquille, sans intention d’exporter sa révolution dans les îles avoisinantes jalonnent la déclaration de l’indépendance. Le serment d’effacer les traces lugubres des tyrans français dans les contrées d’Haïti revient. Déjà, la mesure de l’action pour protéger le pays de la France est donnée. Elizée Duquéné, un Haïtien, présent, exprime son affection pour Jean-Jacques Dessalines. Il salue sa force, sa sagesse. « J’ai aimé la partie où il est décidé de laisser les pays voisins tranquilles », affirme-t-il, tout ému.

Sabine Cadeau, spécialiste en histoire de l’Amérique latine, qui prépare un doctorat à l’université de Chicago, est traversée par la même émotion. Outre la possibilité qu’offre cette copie manuscrite originale de la déclaration de l’indépendance de « mieux comprendre l’importance de l’indépendance d’Haïti », cette jeune femme d’origines haïtiennes est interpellée par ce que les « Haïtiens ont fait de l’indépendance », du projet d’émancipation qu’elle comporte. « La déclaration dit que nous ne devrions jamais redevenir esclaves. Aujourd’hui, il y a des Haïtiens qui sont en esclavage. De ce point de vue, il y a des indépendances à conquérir », confie Sabine Cadeau, en marge d’une conversation avec Jonathan M. Katz, ex-correspondant de Associated Press en Haïti dont la compagne, Claire Payton, travaille sur Haiti comme historiene.

Si comme Jonathan M. Katz, Harold Raymond, Michelet Ricardo Richardson croient que cette « découverte intéressante peut aider à mieux comprendre l’histoire d’Haïti, ces deux Haïtiens ont un pincement au coeur. Reconnaissants envers Duke University d’avoir eu le mérite de trouver et de préserver ce document, ils soulignent que « cette cérémonie devrait se tenir en Haïti ». Le pays, selon Michelet Ricardo Richardson, a failli dans la préservation de sa mémoire. « C’est dommage », estime le professeur Laurent Dubois, spécialiste de l’histoire d’Haïti, coresponsable de Haiti Lab, auteur de nombreux ouvrages, dont « Les vengeurs du Nouveau Monde : histoire de la révolution haïtienne ». En revanche, Dubois, en attendant le jour où Haïti saura mieux préserver sa mémoire, ses archives, souligne l’intérêt académique de la découverte de cette copie de l’acte de l’indépendance d’Haïti qui sera accessible aux chercheurs. Il insiste sur le mot « partage » d’informations, de connaissances. Il est essentiel de connaître le passé pour comprendre le présent et mieux appréhender le futur, confie Laurent Dubois, ajoutant que la déclaration de l’indépendance d’Haïti comporte « beaucoup de projets d’indépendance à faire par Haïti ». « C’est évident », lâche ce passionné, qui a su rameuter quelques grosses têtes dans la recherche historique autour de la déclaration de l’indépendance à « Duke University ». Aucun officiel haïtien n’a fait le déplacement…

Voir en ligne : Le Nouvelliste







Accueil | Plan du site | info visites 333676

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Actualités Nationales et Internationales  Suivre la vie du site Synthese du jour   Politique de publication

Haitimonde Network