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ORDINATION / EGLISE EPISCOPALE

Donnez l’autel aux femmes

mercredi 19 mars 2014 par Administrator

Le jeudi 13 mars 2014 , dans le local provisoire de l’église aménagé derrière les ruines de la cathédrale Sainte-Trinité détruite par le séisme de 2010, une cérémonie solennelle d’ordination de 7 diacres à la prêtrise et d’un candidat au diaconat a attiré la grande foule des fidèles.

L’événement s’est réalisé en présence d’autorités religieuses, de la presse locale et même de certains catholiques romains curieux de voir de près ce qui est, jusqu’à présent, un sujet interdit par le Vatican. Sous la présidence de Monseigneur Jean Zaché Duracin, évèque du diocèse d’Haïti assisté de mes seigneurs Ogé Beauvoir, évèque suffragant d’Haïti et Andrew Dietsche, évèque du diocèse de New York, des diacres, dont deux femmes haïtiennes, Margarette Saintilver et Marie Carmel Chéry, ont été ordonnés prêtres.

La cérémonie, qui a duré plus de deux heures d’horloge a tenu en haleine la nombreuse assistance qui n’a pas caché son enthousiasme spirituel de retrouver les grands moments de l’Eglise épiscopale. C’était le même élan de foi constaté durant des liturgies d’ordination similaires célébrées en la cathédrale Sainte-Trinité près de la grande beauté indigène des fresques internationalement connues, détruites par le tremblement de terre. Tout le clergé anglican réuni autour de l’autel, la musique d’occasion exécutée par l’Orchestre philharmonique de Sainte-Trinité avec l’irremplaçable soliste Nicole Saint Victor, les chants de la chorale, le décor floral, la fumée de l’encens se répandant dans toute l’église, l’atmosphère festive et rituelle ont fait oublier les temps durs que traverse actuellement l’Eglise épiscopale.

André Wildaine, Avril Willy, Célestin Joïs Goursse, Guerrier Michel Marguy, Métellus Donald et Vallière Pierre Rigaud faisaient l’événement religieux du jour à côté de leurs coreligionnaires féminins. Parmi l’assistance, on remarquait des anglicans américains venus prêter main forte à la liturgie moderne de l’église depuis l’ordination, inédite en Haïti en 2003, aux ordres saints de la prêtrise de l’Haïtienne Fernande Pierre Louis. Aujourd’hui, malgré le pessimisme de la presse de l’époque au sujet d’autres éventuelles ordinations féminines, la pionnière est rejointe par deux autres femmes qui avaient préalablement pris courageusement le dur chemin du séminaire.

La date de cette cérémonie grandiose et mémorable pour plus d’un n’a pas été choisie au hasard. Le 13 mars 1911 marque l’anniversaire du décès du premier évèque noir de l’Eglise épiscopale en Haïti, Mgr Jacques Théodore Holly. Ce grand pionnier fuyait la ségrégation raciale aux Etats-Unis et s’était établi en Haïti pour se consacrer à l’œuvre des « ouvriers de la moisson ». Malgré des drames personnels, la moitié de sa famille décimée par une épidémie de typhoïde, et des turbulences sociales et politiques au pays qui pourraient faire reculer les tempéraments les plus forts, il a tenu ferme la barque de l’évangélisation jusqu’à sa mort survenue à la rue Pétion, à la capitale, à l’âge de 82 ans.

L’évêque suffragant d’Haïti, Mgr Ogé Beauvoir, a rappelé cette figure emblématique qui « avait répondu oui à l’appel. » Mgr Beauvoir a souligné que sur la trace d’Holly ces « 8 jeunes séminaristes ont passé des nuits sans sommeil pour la purification de leurs lèvres. » L’évêque suffragant a profité de son sermon de circonstance pour proposer une nouvelle philosophie de l’Église : les prêtres s’occupent des âmes et les professionnels de la santé et de l’éducation se chargent des corps et des esprits à préparer dans un monde de plus en plus compétitif et en mutation. Applaudi par l’assistance, Mgr Beauvoir est entré dans le vif du sujet sur la brûlante question de l’ordination des femmes. C’est Marie de Magdala qui avait annoncé la résurrection du Christ, a-t-il donné en exemple.

Bach, Vivaldi et Tambour

Sous la direction du père David César, l’orchestre philarmonique a joué dans les interludes des œuvres de Bach, de Hadyn et de Vivaldi qui ont élevé le niveau de glorification de l’événement du jour. Puis le tambour est venu nous rappeler nos origines comme pour convaincre une fois de plus que la culture universelle, quand elle fait oublier nos particularités locales, peut être une évasion de dilettante ou un bovarysme social. Heureusement que sous l’épiscopat de Monseigneur Duracin la culture populaire haïtienne n’a jamais été négligée comme facteur d’inclusion et de reconnaissance des valeurs haïtiennes, malgré l’incompréhension d’une minorité.

Les remerciements du père Joïs Goursse Célestin ont ému l’assistance. Lui aussi a reconnu le caractère historique de l’ordination du jour. L’assistance perçoit déjà en lui un serviteur sage qui apportera « la parole de vérité » dans les recoins les plus démunis du pays pour la transformation spirituelle de l’homme haïtien en butte à mille difficultés dans son existence quotidienne.

Mgr Jean Zaché Duracin a mené la cérémonie d’ordination avec une vigueur jamais affaiblie. Dans le milieu anglican en Haïti, on approche son épiscopat de celui de Mgr Holly pour leur vision envers les plus pauvres et pour la relève de tous les citoyens par l’éducation et la santé. C’est la deuxième ordination féminine présidée par Mgr Duracin. A un moment où, à l’instar de l’Eglise épiscopale américaine, de confession anglicane, la modernité laisse de côté les anciens préjugés sur la question de genre, Haïti peut se féliciter de sortir des sentiers battus et des traditions orthodoxes en vue de l’intégration des composantes dynamiques de la société dans l’œuvre de rédemption nationale. Si à l’Eglise épiscopale la promotion spirituelle est liée à l’encadrement social et à l’entraide humaine, la formule : « donnez l’autel aux femmes » permettra d’écarter les préjugés liés au « péché originel » et de construire une autre Église plus ouverte et plus jeune.

On rappelle que l’Eglise épiscopale des Etats-Unis d’Amérique, qui supporte la communion anglicane en Haïti depuis le XIXe siècle, a été fondée en 1789 pour montrer une autonomie par rapport à l’Angleterre durant la guerre d’indépendance des colonies. L’Eglise compte aux U.S.A. environ 2.3 millions de membres. Près d’un quart de présidents américains sont sortis de ses rangs. Le siège de l’Eglise est à New York mais son primat officie dans la cathédrale nationale de Washington. L’évèque Katherine Jefferts Schori la dirige depuis 2007. Elle est la première femme à diriger l’Eglise épiscopale depuis plus de quatre siècles d’existence. Elle milite depuis le séisme de janvier 2010 pour l’annulation de la dette externe d’Haïti.

Pierre Clitandre vindesoleil@yahoo.fr

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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