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Des plasticiennes à l’honneur à Villa Kalewès

vendredi 13 mars 2015 par William Toussaint

« L’art c’est la fine fleur de la sensibilité humaine », a dit Guillaume Henri Wackenroder. Kolektif 509 a saisi la journée internationale des femmes pour faire découvrir au public la sensibilité des artistes aux « Plurielles ».

A travers le concept « Plurielles », qui promeut l’art contemporain, Kolektif 509 met la peinture des femmes à l’honneur. A Villa Kalewès, Pétion-Ville, à l’occasion de la journée internationale des femmes, la parole des plasticiennes est recherchée comme un trésor par les visiteurs. Les journalistes s’arrachent des interviews. L’œil curieux se rapproche d’un panneau d’affichage sur lequel la directrice d’AfricAméricA, Barbara Prézeau-Stephenson, se livre : « Dans mon enfance, il y avait en Haïti plus de femmes artistes qu’à l’heure actuelle. Un groupe s’était formé, ‘’les 48 femmes peintres’’ qui ont exposé leurs œuvres au Centre d’Art haïtien dans les années 70. Parmi ces femmes, il y avait ma propre mère, l’artiste peintre Micheline Prézeau et celle qui deviendra mon premier professeur de peinture à l’ENARTS, Rose Marie Desruisseaux. Luce Turnier que j’ai connue beaucoup plus tard, m’a raconté les sarcasmes, les moqueries subies du fait qu’elle portait un pantalon ‘’Abaco’’, dans les années 50, pour se rendre à l’atelier de peinture de Pétion Savain. »

Elle proclame fièrement : « Nous sommes héritières de ces grandes dames qui ont lutté pour une reconnaissance de la contribution des femmes à l’histoire de l’art haïtien. La génération actuelle mérite de l’attention. »

En effet, ces plasticiennes le méritent bien. Elles sont une invitation, les toiles de Valérie Noisette, Yael Talleyrand, Pascale Faublas, Marie-Louise Fouchard, Nicolas Mondestin, Martine Brisson, Lilika Papagrigoriou, Daphné Meyer, Phaidra Mcqueen, Valérie St-Pierre et Tessa Mars.

Les couleurs de Tessa Mars

« C’est la première fois que j’expose à Pétion-Ville avec le Collectif 509 », dit Tessa Mars, contente de prendre part à cette fête où elle rencontre ses pairs et des visiteurs intéressés par ce qu’elle fait.

La peinture de cette plasticienne portée sur l’art depuis son adolescence est vive et gaie. « Je pense que mes couleurs reflètent ma personnalité. Je suis quelqu’un de joyeux, je vis avec plein d’humour. Je ne me prends pas trop au sérieux ; cela se transmet dans mes œuvres. »

Elle nous conduit à une de ses toiles qu’elle titre Autoportrait avec de nouvelles amies. « J’ai trouvé des points communs avec ces femmes des îles voisines (Jamaïcaine, Trindadienne, Barbadienne), qui créaient dans des conditions similaires. »

Elle est le centre d’attention dans « Erzulie » d’Hector Hyppolite, le peintre houngan. Elle reprend le sujet pour une pause dans l’univers de ce créateur qui a inspiré toute une génération d’artistes. Ici, Tessa reprend la même démarche du peintre haïtien Hervé Télémaque qui a exposé Le voyage d’Hector Hyppolite en Afrique (acrylique sur toile, 162x243 cm), à Paris au Grand Palais, dans « Haïti, deux siècles de création artistique ».

« Hector Hyppolite est mon peintre haïtien favori. Dans le tableau titré Erzulie, il y a une femme noire dans cette même position. Dans Conversation avec Hector Hyppolite, je me suis dit pourquoi pas moi dans ce paysage. J’ai reproduit ce tableau avec mes couleurs à moi », confie-t-elle.

La même joie de se poser en costume d’Eve revient dans les quatre toiles qu’elle a exposées. La même frénésie de vivre se transmet dans Rara. Les couleurs de Tessa explosent dans l’acrylique : du rouge, du jaune vif, du blanc laiteux, et du ton rose fluorescent émettent des vibrations dans la pièce.

Les cinq éléments de Yaël

Posée en mannequin devant l’une de ses toiles, Yael Talleyrand éveille l’attention. Elle s’inscrit dans la dynamique du Collectif 509 qui met en valeur les jeunes comme elles qui se lancent dans le métier, avec pour toute arme, l’amour, la passion pour les beaux-arts.

« J’ai grandi dans un univers d’artistes plasticiens. Je dessine depuis toute petite. Mes parents sont artistes », dit la jeune peintre.

Une de ces toiles combine plusieurs éléments : le feu, l’eau, le vent, l’améthyste, l’œuf. Elle joue avec les symboles comme les spirituels utiliseraient les essences premières des choses pour canaliser de l’énergie.

Yaël Talleyrand peint avec grâce les femmes, sujet, confie-t-elle, qui revient dans ses compositions. La femme, pour reprendre le poète Aragon, est l’avenir de l’homme. Elle la met en valeur dans son univers qui draine une matière colorée où la femme apparaît en toute beauté : yeux adoucis de rêve, front poli, tête de belle créole ceinte de turban ou de voile.

Le tarot de Lilika Papagrigoriou

Dans une pièce, l’odeur de lampes brûlant à petit feu à côté des cartes de Lilika Papagrigoriou chatouille les narines. Elle met à la disposition des visiteurs des cartes de tarot. Ceux qui croient en cet art divinatoire se lancent dans le jeu. En tarologue, elle retranscrit le message de différents tirages de carte. Pour la soirée, se découvrent des facettes de la vie de gens curieux de savoir : les joies, les échecs, les peines, les forces, les faiblesses. Et il y a aussi, les plus réticents que Lilika n’arrivent pas à convaincre : ceux qui ne veulent rien entendre sur la signification des arcanes du tarot.

Peintre Lilika se dit attachée à sa culture helléniste proche de celle d’Haïti. Elle évoque Poséidon, le dieu de la mer, l’équivalent de Mèt Agoué ; Aphrodite, la réplique d’Erzulie dans la culture haïtienne.

« Dans ce tableau, je présente une grande prêtresse. Elle représente la sérénité. L’élévation spirituelle », dit la peintre grecque pour qui tout concourt à la spiritualité.

Auteur : Claude Bernard Sérant








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