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Des descendants d’Haïtiens deviennent des « apatrides » en République dominicaine

samedi 28 septembre 2013 par Administrator

La Cour constitutionnelle de la République dominicaine a publié jeudi une décision rendant « apatrides » les descendants d’Haïtiens nés sur le territoire dominicain après 1929. Cette Cour, dont la décision est « définitive », a octroyé un délai d’une année à la junte électorale dominicaine pour établir la liste de ces personnes « déchues de la nationalité dominicaine », a rapporté Associated Press.

Ces personnes, certains descendants d’ouvriers haïtiens ayant travaillé dans les « batey », seront retirées de la liste électorale. Selon une étude réalisée avec le support de l’ONU, près de 210 000 Dominicains sont d’ascendance haïtienne. Quelque 34 000 personnes d’ascendance haïtienne issues de relations avec des ressortissants étrangers vivant en République dominicaine ont été dénombrées.

Parallèlement, le gouvernement dominicain analysait déjà des actes de naissance de plus de 16 000 personnes alors que les autorités électorales avaient refusé d’émettre des documents d’identité à 40 000 descendants haïtiens. La décision sans appel de la Cour constitutionnelle de la République dominicaine a suscité une vague de réactions. Wade Mc Mullen, avocat du "Robert F. Kennedy Center for Justice & Human Rights", a confié à AP que beaucoup de personnes touchées par cette décision « sont effectivement des apatrides ».

« Nous ne savons pas vraiment ce qui va leur arriver. Se basant sur ce que disent les autorités dominicaines, ces gens n’ont pas la citoyenneté dominicaine et devront effectivement quitter la République dominicaine pour aller en Haïti où ils n’ont pas la citoyenneté. Cela crée une situation extrêmement compliquée », a indiqué Mc Mullen, ajoutant que ces « apatrides » ont très peu de liens avec Haïti. Certains ne parlent même pas le créole, a-t-il dit.

Ira Kurban, avocat spécialisé dans les questions d’immigration et de droits de l’homme, a indiqué que cette décision « peut conduire à des déportations massives ». « Elle conduira certainement à des discriminations massives ». « Ils s’apprêtent à démarrer le rassemblement des Haïtiens », a ajouté Ira Kurban.

Roberto Rosario, président de la junte électorale, a souligné qu’il ne ne dénie le droit de personne à la nationalité dominicaine, ajoutant que « les gens seront en mesure de se légaliser à travers le plan de légalisation ». Cependant, ce plan n’a pas encore été monté, en dépit de l’existence d’une loi sur l’immigration votée en 2004.

C’est frustrant pour tous ceux à qui on a dit subitement non, vous n’êtes pas Dominicains », a confié Elmo Bida Joseph, un étudiant de 21 ans, à qui on a refusé une pièce d’identité et une copie de son acte de naissance parce qu’il est le descendant de migrants haïtiens. « Tous mes rêves ont été brisés », a indiqué Bida, un joueur de baseball qui a besoin de ces documents pour s’inscrire à une académie, un centre de formation de baseball. « Je sens qu’à n’importe quel moment je peux être pris au coin de la rue pour être déporté en Haïti », a expliqué Elmo Bida Joseph.

« La décision de la Cour constitutionnelle est extrêmement grave. C’est le génocide civil qui se poursuit », a commenté Colette Lespinasse du GARR sur Radio Kiskeya. Elle a appelé à la « mobilisation nationale et internationale » contre cette « décision raciste ». Par le passé, des décisions prises par les autorités judiciaires dominicaines ont été contestées par devant des juridictions internationale comme la Cour interaméricaines des droits de l’homme.

« La funeste sentence du tribunal constitutionnel de la République dominicaine est l’évidence de la permanence dans certains secteurs dominicains d’une hostilité historique face à Haïti et aux Haïtiens. Elle donne lieu à la fois à un dangereux précédent, qui peut être reproduit, si elle n’est pas fermement combattue, contre d’autres communautés d’immigrants, y compris les Dominicains dans plusieurs pays à travers le monde », a réagi Edwin Paraison de la Fondation Zile et ex-ministre des Haïtiens vivant à l’étranger.

« Le rejet dans l’ opinion publique de cette triste décision judiciaire est cependant la preuve palpable que le peuple dominicain reste un peuple solidaire avec la communauté haïtienne et qu’ il nous faut renforcer nos liens avec les secteurs démocratiques de la République dominicaine qui, comme nous, pensent que les relations entre les deux pays doivent prendre un autre cap », a-til dit.

En 1929, il y eut une grande vague de migration haïtienne en République dominicaine. Dans la nuit du 2 octobre 1937, l’Etat dominicain, avec Rafael Trujillo en tête, avait organisé le massacre du « Persil » « perejil » à la machette et aux fusils qui avait fait entre 15 000 et 30 000 morts selon des sources. Rafael Trujillo, dès le premier jour de cette tuerie se déplace à Dajabon et prononce une allocution commentant l’événement : « Depuis quelques mois, j’ai voyagé et traversé la frontière dans tous les sens du mot. Pour les Dominicains qui se plaignaient des déprédations par les Haïtiens qui vivent parmi eux, les vols de bétail, des provisions, fruits, etc., et sont ainsi empêchés de jouir en paix des fruits de leur travail, j’ai répondu, "Je vais corriger cela". Et nous avons déjà commencé à remédier à la situation. 300 Haïtiens sont morts aujourd’hui à Banica. Ce remède va se poursuivre. » Les atrocités se sont poursuivies jusqu’au 8 octobre 1937.

Aujourd’hui, après des années mouvementées ponctuées de déportations d’Haïtiens dans des conditions inhumaines dénoncées par des militants des droits de l’homme, les deux pays entretiennent des relations commerciales importantes. La République dominicaine a annexé en douceur le marché Haïti. Même des allumettes sont importées de la République dominicaine qui applique une politique tarifaire plus que protectionniste. Après le séisme du 12 janvier 2010, grâce aux relations privilégiées du président Leonel Fernandez avec le président René Préval, des compagnies dominicaines ont raflé d’importants contrats. Rofi et Hadom, des compagnies du sénateur Felix Bautista construisent plusieurs édifices publics. Des dizaines de milliers de jeunes Haïtiens étudient en République dominicaine. Sur la Toile, certains disent être « choqués » mais pas surpris par la décision de la Cour constitutionnelle de la République dominicaine. Depuis l’embargo d’Haïti sur les produits avicoles dominicains, des propos guerriers et racistes ont été véhiculés dans la presse dominicaine.

Roberson Alphonse








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