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Delille sur les terres d’Aristide

jeudi 10 janvier 2013 par Administrator

« Le commissaire du gouvernement a capitulé. Il a détalé comme un lapin. Au fait, c’est lui qui a été auditionné par Titid », plaisante un bruyant militant lavalas. A fond dans la provocation, il gueule son amour jusqu’aux postillons au visage d’un agent du CIMO, en faction devant le parquet, mercredi 9 janvier 2013. « Notre sang est celui d’Aristide. Ce sang nous rassemble ; ce sang nous unit », reprend-il en choeur avec d’autres militants survoltés, certains ignorant que le commissaire Lucmane Délille vient « d’entendre », chez lui, à Tabarre, l’ex-président Jean-Bertrand Aristide (JBA).

Au Bicentenaire, la tension retombe peu à peu. Une foule de sympathisants d’Aristide, au son du rara, chante. Démonstration de force ? Oui. « Se sa k lavalas la », martèlent quelques-uns. Destination finale ? Tabarre, lance un manifestant en sueur, une casquette vissée sur la tête pour éviter les morsures du soleil. Certains journalistes, entre directs, conciliabules et instructions pour que la manif soit couverte, font le pied de grue devant le parquet où le dispositif de sécurité ne flanche pas. Et à cette meute de travailleurs de la presse, Lucmane Delille, tranquille, souligne avoir « entendu » JBA comme il l’avait fait pour l’autre partie. JBA, confie le commissaire du gouvernement, a évoqué une question de « sécurité » afin de ne pas venir au parquet. « Comme c’est un ancien chef d’Etat, nous avons accepté de l’entendre chez lui », explique-t-il, assurant que « tout s’est déroulé dans le calme, dans la sérénité ». L’ex-président a compris et n’avait aucun problème à ce qu’il soit entendu suite aux plaintes portées contre lui par Sony Thélusma et Rosemond Jean, soutient Lucmane Délile.

« Le dossier suit son cours, le dossier suit son cours... », lance le commissaire du gouvernement, qui rembarre ses détracteurs, ceux qui assimilent l’action du parquet à « des persécutions politiques contre l’ex-président Jean-Bertrand Aristide ». Ce dernier, hôte du commissaire du gouvernement pendant un peu plus de trente minutes, a été « courtois », « chaleureux » et « disponible », révèle l’un des avocats de JBA, Me Camille Leblanc. Là s’arrête la même lecture de cette séance ayant fait le buzz sur les ondes, sur la toile et dans les tap-tap.

Me Leblanc souligne, contrairement à Me Délille, qu’il ne s’agissait pas d’une « audition mais d’un entretien ». « Aucun acte judiciaire n’a été posé. Le commissaire ne peut pas instruire parce que son rôle est de saisir le cabinet d’instruction ou de classer le dossier sans suite lorsqu’il est saisi d’une plainte », révèle Me Camille Leblanc. Au commissaire, les avocats assurant la défense de JBA ont remis une lettre pour montrer l’absence de fondements juridiques de l’action du parquet dans ce dossier, poursuit Me Camille Leblanc, selon qui la question de juridiction évoquée par certains ne se pose même pas. « Le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince n’était pas en train de poser un acte d’instruction », argumente le juriste, ajoutant « qu’un commissaire, pour avoir des informations, peut bien se rendre à l’étranger s’il le juge nécessaire ».

Comme Me Camille Leblanc, le juge Durin Duret Junior, président de l’ANAMAH renvoie le commissaire du gouvernement à ses bouquins. « Il n’y a pas de flagrance. Donc, le commissaire du gouvernement ne devait exercer aucun acte d’instruction », tranche Durin Duret Junior. « Le commissaire du gouvernement s’est cassé les dents et l’échec de sa démarche renforce l’Etat de droit parce que son action d’audition de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide chez lui s’est fait en dehors de la loi », enchaîne le magistrat, soulignant « qu’un magistrat ne peut pas franchir le domicile privé d’un individu à moins d’exécuter une perquisition. Pour la perquisition, il faut en considérer deux : avec et sans flagrance », indique Durin Duret Junior.

Lucmane chez Titid ! Rien n’irrite autant Rosemond Jean de la CONASOVIC qui a accusé l’ex-président Aristide d’escroquerie, d’abus de confiance, d’association de malfaiteurs. « C’est une gifle, une déception que le commissaire du gouvernement ait auditionné Aristide chez lui », tempête Rosemond Jean, qui dit être en face d’une première dans les annales de la justice haïtienne. « Jamais un commissaire du gouvernement ne s’est rendu chez quelqu’un contre qui une plainte a été déposée », explique-t-il avant de faire cas de « démarches » de JBA en ce sens. « D’après une source sûre, Aristide a demandé à Martelly d’appeler à la sagesse le commissaire du gouvernement pour que celui-ci accepte de l’auditionner à son domicile », révèle Rosemond Jean qui réaffirme être la cible de menaces de mort. « Nos droits sont lésés », fulmine-t-il, résolu cependant à ne pas baisser pavillon dans « la lutte en faveur des sociétaires victimes de la faillite des coopératives ».

Sur le terrain politique, Ansyto Félix, l’une des plus importantes figures du Parti Fanmi Lavalas, s’est réjoui de la « manifestation de solidarité du peuple avec le président Jean-Bertrand Aristide ». « C’est le début de la victoire de la démocratie sur la dictature », selon Ansyto Félix, appelant le pouvoir à ne pas recourir à des écrans de fumée pour distraire le peuple, pour masquer ses incapacités à résorber le chômage, la cherté de la vie. « Nous ne faisons pas de la politique avec orgueil. Nous avons plutôt de l’amour dans nos coeurs », répond-il à une question sur la radicalisation ou pas de Lavalas face au pouvoir à cause de cet épisode. « Nous continuerons à accompagner le peuple dans ses revendications », lâche Ansyto Félix.

La confrontation entre Lavalas et le pouvoir de Martelly est inévitable, selon un analyste. « Avec l’action du parquet contre Aristide, tout le monde a mis bas les masques », ajoute l’un d’entre eux, assurant que Jean-Bertrand Aristide « a gagné cette manche de laquelle il est sorti quelque peu renforcé ». Victoire à la Pyrrhus ? L’avenir le dira dans ce pays où Steven Spielberg serait bien inspiré par l’actualité. Entre-temps, cette journée déjà animée s’est terminée avec une nouvelle : le commissaire du gouvernement, Me Lucmane Delille a décidé d’acheminer le dossier au cabinet d’instruction pour une « enquête approfondie » ,selon HPN.

Roberson Alphonse

roberson_alphonse@yahoo.comroberson_alphonse@yahoo.com








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