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De Louis Borno à Michel Martelly, les présidents haïtiens à la Maison-Blanche

samedi 15 février 2014 par Administrator

Le président Michel Martelly est à Washington où il rencontre jeudi 6 février le président américain Barack Obama. Il y aura cent ans, en juillet 2015, depuis que les chefs d’Etat des deux pays se rendent visite périodiquement. L’hégémonie américaine sur Haïti est le principal moteur de ces relations particulières. Rencontres opportunes avec ou sans photo, visite officielle ou visite d’Etat, tout politicien haïtien de premier rang, sauf exception, a fait, depuis Louis Borno, son petit tour aux Etats-Unis d’Amérique avec des fortunes diverses.

Il est de tradition pour les présidents haïtiens de rencontrer leurs homologues américains depuis un siècle que les relations entre les deux pays sont entremêlées des suites de l’occupation d’Haïti par les Etats-Unis d’Amérique (1915-1934).
Quand nos présidents ne se déplacent pas pour faire pèlerinage à la Maison Blanche, c’est le président américain qui rend visite à son homologue haïtien.

Rencontre ou visite d’Etat

Deux présidents américains, William J. Clinton en 1995 et Franklin Delano Roosevelt en 1934, ont visité Haïti. Deux présidents haïtiens, Paul Eugène Magloire et René Préval, ont réalisé une visite d’Etat aux USA.
De nombreux présidents haïtiens en fonction ont été invités à la Maison-Blanche ou ont eu un entretien avec un président américain en fonction pour parler des affaires de la République. Coïncidence ou coup du hasard, les deux présidents aux plus longs règnes depuis 1915 n’ont jamais rencontré officiellement de président américain.
François Duvalier et son fils Jean-Claude Duvalier ne sortirent jamais d’Haïti pour effectuer de visites officielles à l’étranger pendant les 29 ans du régime des Duvalier.

Borno, le premier
Le premier président haïtien à se rendre aux USA est Louis Borno. Selon l’historien Georges Michel, le président Borno a été reçu à la Maison-Blanche à l’été de 1926 par son homologue américain John Calvin Coolidge (1923-1929). Borno paya son voyage. Pourtant, jusqu’à la présidence de Georges W. Bush, le protocole américain prenait à sa charge le transport et l’hébergement des présidents en visite. En 1926, nous sommes en pleine occupation américaine. Borno et Coolidge évoquent la marche à suivre pour que tout se passe sans heurts entre les deux administrations.
Le 5 juillet 1934, le président haïtien Sténio Vincent s’entretient avec son homologue américain Franklin Delano Roosevelt au Cap-Haïtien. Les deux hommes d’Etat en profitent pour discuter, sur le steamer qui permet à Roosevelt de faire une tournée dans les Caraïbes, de la désoccupation d’Haïti. Roosevelt annonce le retrait prochain des Marines qui devient effectif en août de la même année. Vincent et Roosevelt s’étaient déjà rencontrés aux Etats-Unis d’Amérique.
En décembre 1934, c’est le président Sténio Vincent qui se rend à Washington. En 1939, il reprend le chemin de la capitale américaine et rencontre le même Roosevelt, seul président américain qui fera quatre mandats.
Roosevelt dort au Cap-Haïtien et garde le meilleur souvenir de cette visite. Il en parlera au président Elie Lescot en 1943. « …(Ministre) J’avais envoyé les Marines dans votre pays et (président) j’ai ordonné leur retrait », dira-t-il en substance dans son discours de réception de son hôte en 1943.
En octobre 1943, en pleine Deuxième Guerre mondiale, le grand allié des Etats-Unis, celui sous la présidence de qui Haïti a déclaré la guerre au Japon et à l’Allemagne, Elie Lescot, se rend aux Etats-Unis. Il est reçu en grande pompe par le président Roosevelt qui offre un dîner d’Etat en son honneur.
Le dîner d’Etat est le summum de la visite d’un dignitaire aux USA. Avant que les Etats-Unis ne mettent fin à cette pratique en 2010, un dîner d’Etat pouvait coûter jusqu’à un million de dollars comme ce fut le cas lors de la visite du président mexicain Felipe Calderon. Il faut dire que ce soir-là, Beyonce était au programme.
En 1954, pour le passage du président coréen Syngman Rhee, les Etats-Unis inventent la visite d’Etat qui rehausse le passage des grands amis de l’Oncle Sam sur le sol américain. La visite d’Etat comprend la réception sur tapis rouge, le dîner d’Etat, le séjour à Blair House à un jet de pierre du White House. Un an plus tard, l’Haïtien qui sera reçu avec le plus de faste par les Américains en réalise un. Il est le seul général élu président au suffrage universel à date de l’histoire d’Haïti : Paul Eugène Magloire.
Le 26 janvier 1955, le président Paul E. Magloire effectue une visite d’Etat aux Etats-Unis. Reçu par Dwight « Ike » Eisenhower avec faste dès sa descente d’avion, il circule en grand cortège dans une capitale américaine pavoisée des couleurs haïtiennes. Le président haïtien passe en revue un bataillon de l’armée américaine, assiste à une soirée de gala à la Maison-Blanche, dort à Blair House, résidence officielle des hôtes du président des USA. De ses discussions avec son homologue les relations entre les deux pays en sortent raffermies.
Magloire avait été invité par le président américain Eisenhower, lui aussi un général élu président de son pays.

Aucun Duvalier à la Maison Blanche

De la chute de Magloire en 1956 à 1987, les présidents haïtiens ne sont pas reçus dans les démocraties de l’hémisphère. Si les Duvalier reçoivent à Port-au-Prince des homologues (l’empereur Haïlé Sélassié Ier (Ethiopie), les dictateurs Ahmed Sékou Touré (Guinée) et Anastasio Somoza Debayle (Nicaragua) ou le président sénégalais Léopold Sédar Senghor), ils ne sortent pas du territoire national. Aucun président américain ne prend la peine de rendre visite à ces alliés infréquentables que sont les Duvalier.
Le général Henry Namphy, président du Conseil national de gouvernement (CNG, 1986-1988) est celui qui renoue avec la tradition des visites aux Etats-Unis. S’il est avéré qu’il fut reçu au Pentagone, pas de trace de rencontre officielle avec Ronald Reagan ou Georges H. Bush.
Bush et Namphy pourtant se connaissaient, selon l’historien Georges Michel. Georges H. Bush, vice-président de Ronald Reagan avait rencontré le général haïtien en 1983. Dans un échange de blagues, les deux avaient pronostiqué que son interlocuteur serait un jour président de son pays, rapporte Georges Michel qui tient l’anecdote du président Namphy lui-même.
Le général Namphy inaugure aussi la série de participations des présidents haïtiens à l’Assemblée générale de septembre des Nations unies à New York. En 1987, il est le premier président haïtien à prendre la parole à la tribune de l’ONU.

La démocratisation change tout

En mai 1990, le président américain Georges H. Bush, père du futur président Georges W. Bush, reçoit à la Maison-Blanche Ertha Pascal Trouillot, première femme président d’Haïti. Les élections de décembre 1990 et la transition démocratique en Haïti sont au menu de leur discussion.
Le 4 octobre 1991, le président américain Georges H. Bush reçoit le président Jean-Bertrand Aristide quelques jours après le coup d’Etat militaire contre ce dernier. Le retour à l’ordre constitutionnel est le point central de l’entrevue. Les premières sanctions contre les militaires putschistes se dessinent ce jour-là.
En dépit du fait que certains accuseront les Etats-Unis de jouer sur plusieurs tableaux, entre le coup d’Etat du 30 septembre 1991 et le retour à l’ordre constitutionnel le 15 octobre 1994, la ligne officielle restera la même d’un président à l’autre : le retour d’Haïti dans le processus démocratique préside la politique américaine envers Haïti.
Aristide sera reçu à la Maison-Blanche à deux reprises pendant son premier exil. Le 16 mars 1993 puis le 14 octobre 1994, à la veille de son retour au pouvoir en Haïti, Bill Clinton lui exprime son soutien à chaque fois.
Le 31 mars 1995, le président Jean-Bertrand Aristide accueille en Haïti le président américain Bill Clinton qui l’avait invité à la Maison-Blanche en 1993. Si la rencontre en terre américaine balise le retour de l’ancien prêtre, la visite du président Clinton à Port-au-Prince est faite aux troupes américaines déployées en Haïti dans le cadre du retour d’Aristide obtenu sous parapluie américain.

Préval après Magloire

Avec l’avènement des présidents élus démocratiquement en Haïti, les rencontres entre chefs d’Etat haïtiens et américains se multiplient à partir de 1996. Chaque sommet officiel est l’occasion de petits apartés et de photos souvenirs entre chefs d’Etat haïtiens et leurs homologues.
René Préval sera celui qui ouvre grand la porte des rapports entre Haïti et le reste du monde, les relations entre Haïti et les Etats-Unis changent de tempo sous ses deux présidences.
En avril 1996, René Préval effectue la deuxième visite d’Etat d’un président haïtien aux Etats-Unis d’Amérique quarante ans après Paul Magloire. Il est reçu avec les honneurs par William J. Clinton. Il dort à Blair House et rencontre différentes autorités dans la capitale américaine.
Dix ans plus tard, en 2006, Préval est élu pour un deuxième mandat au terme de la transition mise en place après la deuxième présidence interrompue de Jean-Bertrand Aristide le 29 février 2004.
René Préval part pour les Etats-Unis où les Nations unies organisent une réunion sur le renouvellement de la Minustah.
Préval, bien que n’ayant pas encore prêté serment, rencontre Georges W. Bush alors qu’il a un entretien avec le secrétaire d’Etat Condoleeza Rice à New York, se rappelle un de ses anciens ministres des Affaires étrangères, Fritz Longchamp.
En mars 2010, René Préval fait une visite officielle à Washington. Il est reçu par Barack Obama à la Maison-Blanche. Les deux présidents tiennent un point de presse conjoint. Haïti, qui vient d’être frappée par le tremblement de terre du 12 janvier 2010, est au centre de la rencontre.
Le 10 mars 2010, Barack Obama et René Préval se rencontrent en tête-à-tête à la Maison Blanche. Les deux chefs d’Etat discutent de l’aide nécessaire à la reconstruction d’Haïti.
Le président René Préval profite de sa présence dans la capitale américaine pour rencontrer le Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, le ministre de la Justice, des leaders du Sénat et de la Chambre des députés, les responsables de la DEA (Drug Enforcement Administration), le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, l’administrateur de la USAID, Raj Shah, et le directeur exécutif par intérim du Fonds monétaire international.
René Préval demeure à date le président haïtien à avoir rencontré le plus de présidents américains aux Etats-Unis même et à avoir réalisé tous les types de missions dans ce pays.

Le temps Martelly

Michel Martelly est le deuxième président haïtien à être reçu par Barack Obama. Il est à Washington cette semaine pour une visite très politique.
Au cours de sa première visite officielle dans la capitale américaine, lui qui séjourne très souvent aux Etats-Unis, le président haïtien sera reçu par des membres des commissions des Affaires étrangères des deux chambres qui le rencontrent, il fait la paix avec le Black Caucus après son appui à un candidat républicain au début de sa présidence, reçoit l’appui du sénateur de Floride.
Le président haïtien aura aussi le privilège de rencontrer tour à tour le secrétaire d’Etat John Kerry, le vice-président Joseph Biden et le président des Etats-Unis d’Amérique, Barack Obama. Ce n’est pas souvent que ces trois personnalités mettent sur leur agenda le même invité en mois de quarante-huit heures.
S’il n’aura pas à organiser de réunion avec la communauté haïtienne vivant dans la région de Washington ni à visiter les institutions financières internationales ayant siège dans la capitale fédérale, le président Martelly réussit une tournée très politique où il fait passer les points de vue de son administration et recueille, ce qui n’arrive pas souvent aux dirigeants haïtiens, les félicitations en public de son principal allié sur certains sujets.

Rien n’est jamais acquis

Chaque président haïtien qui se rend à la Maison Blanche doit se souvenir de ces mots de Franklin Delano Roosevelt prononcés lors du dîner d’Etat offert en l’honneur d’Elie Lescot en 1943.
« The future of Haiti is very, very bright », eut à dire le président américain à son ami de longue date lors du toast.
Chaque président haïtien au sortir de la Maison-Blanche doit se rappeler que la responsabilité lui incombe en premier de prendre au mot son hôte. Ce n’est pas au locataire du 1600 Pennsylvania Ave NW à Washington de travailler à la réalisation des promesses et des prévisions faites au sujet d’Haïti. Mais d’abord aux Haïtiens.

Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Sources combinées

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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