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D’un prédateur à l’autre - Par : D’un prédateur à l’autre

dimanche 15 novembre 2009 par William Toussaint

D’un prédateur à l’autre

David Descôteaux, 12 novembre 2009

À 20 ans, Denise Tejada est trop jeune pour boire légalement de l’alcool. Mais elle vient de s’acheter une maison. Un bungalow de trois chambres et deux salles de bain, à San Francisco. Joli. Deux chênes matures s’imposent devant la façade, et laissent filtrer quelques rayons de soleil en après-midi, qui viennent fondre sur les murs beiges de la demeure. Denise vit un rêve, littéralement.

Cette costaude californienne à la crinière noire, d’origine salvadorienne – son père a immigré aux États-Unis il y a 12 ans – ne possède aucunement les moyens de se payer cette maison. Mais un prêteur sans scrupule vient de l’entourlouper : le gouvernement américain.

La maison coûte 155 000 $. La mise de fonds de Denise : un peu plus de 5000 $, soit 3,5% du total. C’est le dépôt minimum pour être admissible à un prêt de la Federal Housing Authority (FHA), l’organisme gouvernemental qui garantit les hypothèques à risque. Aussi, Denise est éligible – comme tous les Américains – à une subvention de 8000 $ à l’achat d’une première maison.

Au final, elle ne paye donc rien. Elle va même recevoir quelque 3000 $ du gouvernement. Celui-ci prête également à Denise 30 000 $ pour qu’elle puisse rénover sa maison. Hypothèque totale : 183 000 $. Denise se retrouve déjà « la tête sous l’eau » : elle doit plus que la valeur de sa propriété.

Le prêt consenti à Denise est « toxique » – pour elle, et pour les contribuables américains qui se portent garants du prêt via la FHA. Les paiements mensuels de Denise s’élèvent à 1328 $. Son revenu mensuel : 2470 $, ce qui lui laisse seulement 285 $ par semaine pour vivre. Elle devra payer 54% de son revenu pour effectuer les paiements hypothécaires. Près du double du seuil maximum recommandé.

Son boulot ? Elle jongle avec trois. Un emploi à temps plein et deux à temps partiel. Dans une économie dévastée qui élimine près de 250 000 emplois par mois. Si Denise en perd un, tout s’écroule. Le mot « subprime » vous rappelle quelque chose ?

L’histoire de Denise est loin d’être unique. Ils sont des millions comme elle aux États-Unis. Malgré l’éclatement de la bulle immobilière, qui pousse l’économie américaine au bord d’une nouvelle dépression, le rêve américain de posséder une maison persiste et s’obstine. Normal. Le gouvernement fait tout pour le maintenir en vie. L’administration Obama veut à tout prix regonfler la bulle immobilière, et les politiciens se substituent aujourd’hui aux prêteurs « prédateurs » qu’on voulait crucifier hier.

Mais cette stratégie de balayer la poussière sous le tapis est vouée à l’échec. La définition même d’une bulle – immobilière ou autre – implique que les prix sont devenus trop hauts par rapport à la réelle capacité de payer des acheteurs. Pour que le marché immobilier – et l’économie – se relève et fonctionne sur une base solide, les prix doivent redescendre. À un niveau où des familles seront tentées d’acheter, sans devoir s’endetter à vie.

Quand le gouvernement attire des acheteurs dans le marché, en offrant des crédits d’impôt ou en maintenant les taux d’intérêt artificiellement bas, il empêche les prix de descendre. Il court-circuite le jeu de l’offre et de la demande, et retarde l’inévitable.

Résultat : des gens qui n’en possèdent pas les moyens achètent des maisons. Des hommes et des femmes qui feront faillite au moindre contrecoup financier. Qui payera la note ? Les contribuables. On retourne à la case départ.

« Mon père m’a transmis une forte éthique de travail. C’est ce qui me permet de m’acheter une maison », dit Denise Tejada, lorsqu’interviewée par un média californien. On lui souhaite bonne chance. Ainsi qu’aux contribuables américains.

David Descôteaux est économiste à l’Institut économique de Montréal.








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