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Coupe du monde - Vue d’ensemble - Par : Patrice Dumont

jeudi 1er juillet 2010 par William Toussaint

La première semaine de la Coupe du monde n’a pas été riche au strict point de vue du spectacle footballistique, la faute à la volonté de la plupart des équipes d’abord de ne pas encaisser de but plutôt que d’en marquer, mais aussi à la faiblesse technique de quelques rivales. Les performances individuelles ont aussi dans l’ensemble déçu si on considère le rayon des stars attendues, aux nobles exceptions de Messi, le Japonais Honda, dont l’équipe a sorti un match plein d’intelligence et d’habileté pour éliminer le Danemark (2-1), et l’Espagnol Villa, auteurs de prestations remarquables, encore que le compteur buts de l’Argentin reste scandaleusement fermé alors qu’il a tiré vingt fois au but, soit pratiquement une moyenne de sept par match.

L’intensification de la pratique du football à travers le monde et la vulgarisation des méthodes de préparation depuis ces trente dernières années a certes élevé le niveau général du jeu. Par exemple, en 1974, l’écart entre le Zaïre, représentant de l’Afrique défait 9-0 par la Yougoslavie, et les meilleures formations sud-américaines ou européennes, était comme incommensurable. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, même si l’Arabie Saoudite avait ramassé un 8-0 face à l’Allemagne en 2002, niveau de déculottée imposé aujourd’hui à la Corée du Nord (7-0) par le Portugal. À revoir les matchs d’Haïti de 1974, on se rend compte de ce que nous ne nous étions pas encore dépouillés de certains réflexes défensifs qui datent des premiers âges du football. L’exploit, finalement anecdotique, des Etats-Unis vainqueur de l’Angleterre 1-0 en 1950 au Brésil, vaut moins que le nul 1-1 enregistré entre ces deux pays à l’occasion de leur opposition le 12 juin à Rustenburg. À la fin de ce premier tour, d’aucuns voient la bannière étoilée flotter dans un stade qui accueille un match de demi-finale. Les USA terminent 1e de leur groupe devant l’Angleterre, la Slovénie et l’Algérie. C’est une Révolution. On a aussi apprécié que la Corée du Nord, il est vrai étonnant vainqueur de l’Italie et quart finaliste en 1966, ne se soit pas fait manger par l’ogre brésilien (seulement 2-1 à Johannesburg le 15 juin). Mais c’était un faux espoir, on l’a vu. L’élimination avec les honneurs au premier tour des Océaniens néo-zélandais et australien, le premier sans avoir perdu le moindre match, le deuxième en ayant gagné contre les Serbes et partagé les points avec le Ghana, seul africain des 1/8e de finale, témoigne du nivellement des valeurs.

N’étaient les particularités raciales et la couleur des maillots, on pourrait presque confondre les équipes nationales tant leurs expressions techniques et tactiques se ressemblent. C’est que les énormes intérêts économiques et le développement urbain ont tué la poussée des footballeurs sauvages de la lignée des Pelé, Garrincha, Best, Charlton, Beckenbauer, voire Keegan, Zico ou Maradona. La prise en charge des enfants de 8 ans par les centres de formation inculque les gestes de base avec un succès certain : il en sort un footballeur robot à la technique de base moyenne, aiguisé sur le plan tactique, époustouflant athlétiquement, mais aussi fragile musculairement tant son corps est surentraîné ; on en a la malheureuse illustration par les trop nombreuses blessures qui entachent cette compétition. Le contrecoup est l’absence de ces joueurs créatifs, subtils, spectaculaires non moins efficaces qui peuplaient les équipes sud-américaines et européennes. On pouvait espérer de l’arrivée de l’Afrique un renouveau dece côté-là, mais les meilleures pousses sont exportées précocement en Europe où ils sont moulés dans le laboratoire de footballeurs appliqués. Pas étonnant qu’aucune des six nations africaines présentes dans cette Coupe du monde n’apporte un ton différent tant individuellement que collectivement.

Mais le football est génétiquement trop riche pour être sacrifié à l’hôtel du calcul de l’efficacité bon marché. Les Allemands ont sorti un match spectaculaire dont les Australiens ont fait les frais (4-0) ;
le Chili a pris du plaisir pour battre le Honduras et la Suisse (1-0), a bousculé l’Espagne durant les trente premières minutes avant de céder sur une bévue de son gardien Bravo et un second but d’école d’Iniesta.
N’empêche que les garçons de Bielsa ont réduit le score alors (1-2) alors qu’ils jouaient en infériorité numérique injustement. En l’emportant sans bavure sur le Danemark, le Japon et le Cameroun, les Pays-Bas a fait la promesse d’un jeu de qualité enfin réaliste qui devrait se confirmer au moins jusqu’aux demi-finales ; le Brésil n’était pas particulièrement brillant dans son face à face avec la Corée du Nord, mais ce pays a le don de surprendre, cette fois grâce à un excellent Robinho et un but venu de nulle part du pied droit de Maicon capable de faire passer le ballon entre le premier poteau et le gardien alors qu’il se trouvait à environ douze à quinze mètres pratiquement sur la ligne de buts. C’était à peine mieux contre la Côted’Ivoire (3-1) décevante par rapport à ses individualités de classe internationale, voire mondiales, mais pas plus que le Cameroun défait trois fois. Le Ghana sera finalement le seul représentant africain à connaître au moins un match à élimination directe.

Avec les cousins portugais, on n’a pratiquement pas reconnu le Brésil. Le Chili sera un adversaire enquiquineur pour les Auriverde en 1/8e. L’Argentine s’est rachetée par sa large victoire ( 4-1 ) obtenue aux dépens de la Corée du Sud après celle laborieuse concédée par le Nigéria (1-0), et le marquage individuel des Grecs ne leur a pas épargné deux buts, De Michelis et Higuain bénéficiaires des initiatives obstinés d’un Messi étonnant de malchance. Accompagne l’Argentine dans ce voyage des 1/8e de finale la Corée du Sud, co-représentant avec le Japon de la présence asiatique dans la hiérarchie mondiale.

Le Mexique a bien joué son rôle de principal hôte en match d’ouverture face à l’amphitryon sud-africain (1-1) dont la bonne volonté n’a pas suffi pour éviter l’élimination au premier tour. Les Mexicains ont été en outre d’une grande utilité en rossant le jeudi 17 pour leur second match une arrogante autant que débile équipe française dont une qualification aux huitièmes de finale aurait été littéralement un tort au football. Les Sud-Africains, lors de la troisième journée de ce groupe, ont enfoncé le dernier clou dans le cercueil du cadavre français en putréfaction (2-1). L’Uruguay a terminé fort par la victoire obtenue aux dépens du Mexique (1-0), ce qui lui évite d’affronter Messi aux 1/8e. Aucun mot n’éclairera les ténèbres françaises de cette Coupe du monde.

Même si les moyens pour le faire n’enrichissent pas le jeu et que l’exploit n’a pas eu de suite, comment cependant ne pas féliciter la Suisse tombeuse de l’Espagne (1-0), cette Espagne porte-étendard du football champagne qu’on a hâte de revoir sous un jour plus brillant après ses victoires laborieuses face au Honduras et au Chili qui le mettent en face du voisin portugais. La Slovaquie, belle surprise de ce premier tour, a indiqué la voie du retour au pays à l’Italie dans un groupe dominé par le Paraguay, stable dans sa progression depuis 1998. C’est l’incontestable numéro 3 de l’Amsud.

Au chapitre des individualités, les gardiens suisses Benaglio, américain Howard, uruguayen Muslera et surtout, nigérian Enyeama, malheureux sur l’un des deux buts concédés au second match contre la Grèce, ont fait le spectacle. Le jeune Allemand Ozil, Sneijder, Van Persie, Lham, le demi défensif américain Bradley, fils de l’entraîneur, Diego Forlan, Landon Donovan, Keisuke Honda, Elano, Tiago Mendes (2 buts), Higuain, Vittek, Villa (3 buts) sont en train de réussir une bonne Coupe du monde. Des stars connues, annoncées et attendues, les Cristiano Ronaldo, Wayne Rooney, Eto’o, Drogba et Roben blessés, seul l’Argentin Lionel Messi maintient son rang. Il n’a pas marqué contre le Nigéria mais a monopolisé le spectacle qu’il a transformé en un duel avec Enyeama vaincu finalement que par une tête plongeante de Heinze après que le gardien nigérian eut concédé un corner sur une de ces frappes liftées qu’il élève au niveau d’un art. Il a affolé les Coréens par ses accélérations en zigzag et ses passes astucieuses, et rendu pathétique Papastatopoulos désigné par Rehagel pour éteindre ses feux de joie.

Si le laboratoire médical a sauvé le sportif Lionel Messi d’un mal congénital qui le condamnait à ne pas dépasser 1,50 mètre de hauteur, c’est le football sauvage des rues de Rosario qui a pondu le footballeur couvé alors par la Masia de Barcelone, l’un des très rares centres de formation à sentir le jeu comme au temps de Garrincha.

Les deux premiers matchs des 1/8e, Uruguay-Corée, USA-Ghana, auront été bouclés à la fin de la consommation de ce numéro de Le Matin. Il sera alors temps de saliver sur la suite où on a le droit d’espérer de la splendeur, de la classe et de la vaillance comme en ont offert jusqu’à présent l’Espagne, belle victime du réalisme suisse, l’Allemagne large vainqueur de l’Australie et sublime vaincu du chanceux serbe, le Chili frondeur, l’Argentine offensive et spéciale par Messi, les Etats-Unis et la Slovénie, généreux partageurs de points (2-2) dans un match gâché seulement ( !) par la décision de l’arbitre malien Koulibaly d’annuler un but valable des Américains pour hors-jeu.

patricedumont2@hotmail.com








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