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Chaude journée pour le bouillonnant Moïse Jean-Charles

vendredi 9 mai 2014 par Administrator

Jeudi 8 mai 2014. 2 heures 32. Sur la cour du palais de justice, au Bicentenaire, un bruit fait des vagues : « Le sénateur Moïse Jean-Charles est en difficulté ». Il n’y a pas de détails. Quelques appels téléphoniques et quelques bribes d’informations arrivent. Un véhicule de location à bord duquel se trouve le sénateur est intercepté par la police à hauteur du sous-commissariat de Gressier, au sud de Port-au-Prince.

Moïse Jean-Charles et d’autres militants politiques revenaient de Miragoâne où ont été chantées les funérailles de Fritz Gérald Civil, un militant politique lavalas dont la mort, survenue le 4 avril dernier, est imputée à des policiers.

Des minutes filent et Moïse Jean-Charles, véritable plaie pour le pouvoir Tèt Kale, arpente les gros talk-shows sur la bande FM à cette heure. Il raconte. Trois policiers en civil, cinq en uniforme, après l’avoir identifié, lui ont demandé, a affirmé Moïse Jean- Charles, d’entrer à l’intérieur du sous- commissariat. Ces derniers, agressifs, ont tenté d’ouvrir de force la portière. Son véhicule, bloqué par deux patrouilles de police, est immobilisé, explique-t-il, avant de proférer des propos acides à l’égard du président Michel Joseph Martelly, de l’oligarchie, d’ambassades. Sa vie, sa sécurité est entre les mains de ces derniers, tempête le sénateur Moïse Jean-Charles qui s’est « dit prêt à mourir en martyr à cause de ses convictions ». La tension monte.

Au Bicentenaire, 18 autres sénateurs, en salle de séance, s’apprêtent à plancher sur plusieurs points cruciaux : la remise du projet de loi des finances à la commission concernée et le vote du projet de loi amendant la loi électorale après discussions. Quand la nouvelle se répand au Sénat, il y a un mélange de stupéfaction et de colère dans l’air. La cour, vers 3 heures 30, ressemble rapidement à une fourmilière dans laquelle un rugbyman vient de taper.

Jean-Baptiste Bien Aimé, Jean Willy Jean Baptiste, Carlos Lebon et Edo Zenny sont côte à côte. « Le Sénat est solidaire face à cette situation », lance Edo Zenny, un ami du chef de l’Etat. Le sénateur Jean- Baptiste Bien-Aimé analyse le contexte. Il ne croit pas au hasard. « C’est le gouvernement qui crée un évènement parce qu’il a vu la possibilité que la loi électorale soit amendée », explique cette figure du groupe des six, connu pour son hostilité à Martelly, accusé de vouloir organiser des élections « pike kole ».

Quelques pneus crépitent. Des agents de sécurité volent à l’arrière de quelques pick-up et filent vers Gressier, comme s’il y avait un soldat Moïse Jean- Charles à sauver. Le président du Sénat, Simon Dieuseul, Desras ses pairs et des députés, dont l’ex-président de la Chambre basse, le député Jean Tolbert-Alexis, sont vus dans cette petite ville tranquille, traversée par la route nationale # 2, entre la mer et des montagnes où poussent de plus en plus de maisons en béton.

De retour au Bicentenaire, quelques sénateurs se sont exprimés. Moïse Jean-Charles, lui, entouré de quelques journalistes et d’une petite armée de militants, affirme qu’il a été « bousculé physiquement ». « Les policiers en civil m’ont demandé d’entrer à l’intérieur du sous-commissariat. J’ai refusé », explique Moïse Jean- Charles, ajoutant avoir parlé à Vladimir Paraison, le nouveau directeur départemental de l’Ouest de la PNH. « Paraison m’a dit que si les policiers me demandent d’entrer, je dois le faire », confie le sénateur. « 20 minutes après, il a rappelé, a demandé de me parler pour me dire que tout va être résolu », détaille Jean-Charles, qui annonce, aupassage, qu’il sera seul s’il le faut dans la manif du 14 mai pour faire les 7 tours du palais national. « C’est un pouvoir bandit qui s’est installé dans le pays », soutient-il.

Wenceslass Lambert, allié jusqu’ici indéfectible du chef de l’Etat au Grand Corps, après avoir indiqué ne pas connaitre les raisons de cet incident, affirme que ce qui s’est passé, si cela s’est passé comme rapporté, « est en déphasage avec la Constitution ». Le sénateur, son véhicule, et par conséquent ceux qui s’y trouvent avec lui sont couverts. « Je condamne avec toute mes forces ce qui s’est passé si effectivement ce qui arrivé est arrivé dans la forme et dans le fond », insiste Wenceslass Lambert, qui pense que cet incident n’aura aucune incidence sur le vote de l’amendement à la loi électorale. Pour la tenue des élections.

Pour le sénateur Francky Exius, cet incident prouve que le pouvoir ne veut pas réaliser les élections. « Ce qui s’est passé constitue un manque de respect pour le Sénat et une violation de la loi, un acte d’intimidation », tempête le sénateur. Le directeur de la PNH, mardi, est attendu au Sénat pour fournir des explications sur cet incident, selon Francky Exius en fin d’après-midi, avant « la note de protestation du Sénat de la République ». « Le Sénat de la République, dans la quasi-totalité de ses 20 membres en fonction, proteste avec véhémence contre l’acte inqualifiable perpétré par des individus prétendument policiers en civil sur le véhicule et la personne de l’honorable sénateur Moïse Jean- Charles sur la nationale # 2 à hauteur de Gressier dans l’après-midi du 8 mai 2014 ».

Le Sénat rappelle « aux instances policières et judiciaires directement impliquées dans cette violation les articles 114 et 115 de la Constitution selon lesquels le véhicule d’un parlementaire est couvert par l’immunité, surtout quand le parlementaire s’y trouve ». Dans la foulée, le Sénat « condamne cette agression caractérisée sur un bien et la personne inviolable d’un sénateur » et enjoint les autorités judiciaires et policières au respect de la liberté individuelle et collective.

L’autre son de cloche

« Le sénateur n’était pas concerné ni visé par la police », affirme le nouveau directeur départemental de l’Ouest de la PNH. « Vous savez que vous n’êtes pas concerné », affirme Vladimir Paraison au sénateur au téléphone. Le nouveau DDO-PNH souligne que la brigade d’invention et le back up UDMO dépêchés sur les lieux devaient aider à l’exécution d’un mandat contre le nommé Assad Volcy. Lorsque le véhicule a été intercepté avec neuf personnes à son bord, le sénateur assis à l’arrière n’était pas identifié sur le coup, explique Vladimir Paraison, citant des informations que lui ont communiquées ses troupes.

Quand le sénateur a été identifié, il était par la suite descendu du véhicule en compagnie d’Assad Volcy. « Il y a eu des propos injurieux à l’endroit des policiers », poursuit Vladimir Paraison. M. Assad, stupéfait, quand on lui avait signifié qu’un mandat décerné contre lui allait être exécuté, n’a pas mâché ses mots. Après s’en est suivie une tentative de prise de corps à laquelle le sénateur s’est physiquement opposé. Ils sont remontés dans le véhicule. « J’ai automatiquement dit aux policiers de ne pas intervenir. On exécutera le mandat après », détaille Vladimir ParaisonRencontré au Parlement en fin d’après-midi, Assad Volcy qualifie cet incident de « persécution politique visant à l’intimider ». Martelly, « un mardigras mal masqué » ne saurait l’intimider, tranche-t-il.
Pour quel motif ce mandat a été décerné ? Assad ne le sait pas. Le DDO/PNH non plus. C’est qu’ils affirment au terme de cette journée mouvementée, bouillonante au cours de laquelle Moïse Jean Charles, l’emmerdeur suprême de Martelly est vue comme une victime.

Roberson Alphonse

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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