CAPSULES-HAITIMONDE.COM - Les Dernières Nouvelles d’Haiti - Tout sur l’actualité haitienne - Le réseau de référence Haitimonde.com

Ce dont Port-de-Paix a réellement besoin

vendredi 21 mars 2014 par Administrator

Port-de-Paix est une ville à grands besoins. Un chef-lieu de département dont la principale renommée reste, entre autres, l’insalubrité, le chômage, l’absence criante d’infrastructures. Un plan spécial de développement sérieusement élaboré serait une bonne stratégie pour injecter des fonds significatifs dans l’économie locale susceptibles de changer le visage de la ville et de ses six sections communales et, du même coup, de propulser le développement de la commune. Cependant, le PS de la Primature ne répond nullement aux besoins réels de cette ville aux mille maux. De quoi Port-de-Paix a-t-elle réellement besoin ? Un point de vue…

Le changement de la circonscription de Port-de-Paix, devenue un grand centre urbain, renvoie forcément à la conjugaison d’un ensemble d’efforts humains et matériels, dépassant les clivages politiques, culturels et démographiques. Dans la situation actuelle de la cité de Capois-La-Mort, seul un concert politique bien orchestré avec tous les élus locaux et toutes les autres autorités constituées de la commune, renforcé de la société civile, peut accoucher d’un réel Plan de développement de Port-de-Paix. Un plan intégré, monté sur les priorités qui peuvent changer, du tout au tout, l’image du chef-lieu du département, et qui devrait tirer la circonscription de son coma et lancer définitivement la commune vers la voie du développement durable et le bien-être des citoyens.

Les vraies priorités de Port-de-Paix

Fondée en 1644 par les Espagnols qui l’ont appelée Valparaiso (Vallée de délices) sur l’ancienne résidence d’un lieutenant du cacique du Marien, Port-de-Paix a été pendant longtemps le bastion des flibustiers français qui lui ont donné le nom qu’elle porte aujourd’hui. Depuis plusieurs décennies, on reprochait à la ville qui a été la capitale de la colonie française sous le gouverneur Cussy d’être une ville d’insalubrité et anarchiquement agrandie.

En tant que chef-lieu de département et cinquième ville du pays, plus d’un est d’avis que Port-de-Paix mérite bien un plan de développement capable de changer son image et de lui offrir une tout autre réputation. C’est ce que le gouvernement tente de tracer à travers son Plan spécial qui,malheureusement, n’est pas ambitieux et omet les vrais besoins d’une ville au bord du gouffre. En effet, tout plan de développement de la cité de Capois-La-Mort doit tenir compte de ces quelques priorités.

Réaménagement de l’intérieur de la ville

Il y a une expression qui revient presque toujours lorsqu’une personne visite Port-de-Paix pour la première fois. « Cette ville est sale ! » Ce bout d’expression a toujours choqué les natifs de Port-de-Paix qui sont légion sur la Toile à adresser des revendications et à prôner une autre image et le réaménagement de l’intérieur de Port-de-Paix.

En effet, en 2009, une enveloppe de 10 millions de dollars américains de la Banque interaméricaine de développement, destinée à des travaux de canalisation de la ville, a été gaspillée pour des travaux interminables. D’autres travaux sont en cours à Port-de-Paix pour tenter de changer son image. Cependant, à travers ces travaux, le gouvernement ne démontre pas d’ambition de voir Port-de-Paix s’élever à la hauteur d’un vrai chef-lieu de département. Confiés à une firme locale qui fait ses premières armes, ces travaux de réaménagement ne résoudront pas le problème fondamental de la ville du général Maurepas pour des raisons évidentes, dont l’absence de canalisation et l’absence de trottoirs au bord des routes. Port-de-Paix est une ville inondable… Il ne se passe pas une année sans que cette ville ne soit victime au moins d’une grande inondation.

Comme toute autre ville en pleine expansion démographique, Port-de-Paix est en fait victime du phénomène de l’exode rural et du déplacement de la population à l’intérieur du pays. Dans le recensement de 2009, la ville, sans ses six sections communales, comptait plus de 100 000 habitants. « Personne ne comprend comment on bétonne cette ville sans envisager de l’espace pour les piétons. Et surtout, quand on sait déjà que la prolifération vertigineuse des taxis-motos à l’intérieur de la ville est infernale pour la circulation des gens ». Donc, il faut construire des trottoirs et élargir certaines rues à l’intérieur de la ville.

Toujours dans le but de donner une autre image à la ville, Lou Evans Arné, P.D.G de la station de radio Ballade FM à Port-de-Paix, a proposé dans un document intitulé : « Changer et reconstruire Haïti » a proposé de construire la barrière d’entrée principale de la Port-de-Paix à carrefour Bois-Rouge dans la section communale d’Aubert afin de mieux surveiller les entrées et les sorties dans la ville. Il faut également installer, comme à l’entrée de la ville de Saint-Marc, un poste de police. En fait, il y a trop de petites routes pour atteindre ou sortir de la ville à pied ou à moto sans passer par le poste de police des Trois-Rivières.

Le rond-point de Port-de-Paix a besoin de se reconstruire en rond (actuellement en triangle) et y installer, comme M. Arné l’a proposé, le bus de Capois-La-Mort sur son cheval avec quelques lampadaires pour embellir le site.

Infrastructure routière interurbaine

Le Nord-Ouest est le seul département du pays à ne pas avoir même un kilomètre de route bétonnée ou asphaltée. Port-de-Paix n’est donc connectée à aucune autre ville que par des routes en terre battue. Or, la région, dont certaines communes sont victimes d’insécurité alimentaire sévère, possède de forts potentiels dans le domaine de l’agriculture. Mais l’absence des infrastructures routières rend difficile la circulation des transports des denrées d’une région à l’autre.

Il est donc nécessaire de réhabiliter les 12 kilomètres qui relient Port-de-Paix à Saint-Louis du Nord, une petite commune en pleine expansion démographique et économique. Le trafic entre ces deux communes est très intense. Malheureusement, le mauvais état de ce tronçon fait parfois voler en fumée certains investissements engagés dans le transport en commun. Il faut également réhabiliter le tronçon de route entre Port-de-Paix et Jean-Rabel, jusqu’au Môle Saint-Nicolas, deux communes qui disposent d’énormes potentiels pour le développement de la région.

Le bétonnage de ces routes va également améliorer les conditions de vie des dizaines de milliers de personnes qui vivent le long de ces voies. Ces personnes s’exposent continuellement à de grands nuages de poussière générés par la fréquence et l’intensification du transport.

Il faut finaliser les ponts en construction sur le long tronçon Port-de-Paix / Gonaïves. Ces ponts sont des prérequis pour la réhabilitation de cette route qui va ouvrir le Nord-Ouest au reste du pays.

Electrification de Port-de-Paix

Le développement et la rénovation d’une ville ne sont pas envisageables en dehors du développement de l’électricité elle-même. Vieil de plus d’une trentaine d’années, le réseau de l’EDH à Port-de-Paix est désuet. C’est l’un des rares chefs-lieux de département à ne pas bénéficier d’une électrification convenable. La génératrice qui alimente la ville de plus de 100 000 habitants ne dépasse pas le 1,5 mégawatt. Ce qui peut aisément expliquer le faible taux d’électricité dans la ville et le rationnement trop fréquent.

Selon le recensement des entreprises réalisé par le ministère du Commerce et de l’Industrie, près de 40% des entreprises qui opèrent dans le département se trouvent à Port-de-Paix. Alors, comment faire fonctionner et prospérer ces entreprises si le secteur public ne peut pas fournir l’électricité dans la ville ? Le changement de l’image de la commune exige donc le renforcement de la capacité de l’EDH dans ce département. Il faudrait donc augmenter la quantité de mégawatts de courant disponibles pour la commune. Cela va occasionner l’augmentation du nombre d’heures moyen de courant électrique fourni à la ville.

Dans le PS de la Primature, le gouvernement prévoit d’installer 350 lampadaires pour éclairer la ville à la tombée de la nuit. Or, les Port-de-Paisiens croient que l’accent devrait être plutôt mis sur le renforcement des capacités de l’EDH dans la région. Le Nord-Ouest dispose, en effet, de moyens naturels pour produire sa propre électricité. Construire une centrale hydroélectrique en utilisant les Trois-Rivières peut bien alimenter toute la région et favoriser ainsi son développement. La disponibilité de l’électricité dans la région pourrait ainsi attirer des investisseurs nationaux et étrangers et permettre le développement d’autres entreprises dans le département.

La relance de l’agriculture

Plusieurs communes du Nord-Ouest sont touchées par l’insécurité alimentaire. La sécheresse s’abat sur la région. De plus en plus de gens se retrouvent dans la pauvreté. L’eau est donc indispensable pour la relance de l’agriculture dans la zone et pour la survie de ses habitants. Pourtant, l’eau des Trois-Rivières se jette tranquillement dans la mer.

La relance de la production agricole dans la commune dépend en grande partie de la canalisation de l’eau des Trois-Rivières vers la baie des Moustiques, une vaste plaine non cultivée à cause de l’absence de l’eau. Les Trois-Rivières peuvent être également canalisées pour irriguer des terres dans le bas Nord-Ouest où plusieurs communes sont frappées par l’insécurité alimentaire. Ces terres peuvent produire des vivres alimentaires et d’autres produits pouvant améliorer les conditions de vie de la population de cette région.

L’urbanisation

« La mise en application d’un plan d’urbanisation doit pouvoir contrôler l’extension anarchique des villes, stimuler le développement résidentiel, la répartition des services de base à la population et la viabilisation des terrains », a relaté l’Association haïtienne des économistes dans une vision du développement du département du Nord-Ouest.

L’intérieur de la ville nécessite un réaménagement. Bondée, la ville a besoin de plus d’espace à cause de sa surpopulation. Ainsi faudrait-il, comme l’a proposé M. Arné, déplacer le marché Simone Ovide Duvalier du bord de mer. Ce marché pourrait être reconstruit dans la zone de La Tenderie. Et cet espace pourrait être converti en un endroit de charme et touristique où peuvent prendre place des petites constructions ( bars-restaurants, maisons de jeux, clubs), destinées à la détente.

Dans son document, le P.D.G de la station de radio Ballade FM a également prévu la construction de deux gares routières dont l’un aux environs de la cité Richard Brisson près de « DèTi-Podpe » pour desservir les communes de Gros-Morne, des Gonaïves, de Port-au-Prince et le bas Nord-Ouest ; et l’autre près de la rivière de Port-de-Paix pour assurer le trajet vers les communes de Saint-Louis du Nord et d’Anse-à-Foleur.
Carlin Michel
cmichel@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







Accueil | Plan du site | info visites 331567

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site ECONOMIE & SOCIETE  Suivre la vie du site Perspectives   Politique de publication

Haitimonde Network