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Cap-Haïtien appréhende le pire - par : Roberson Alphonse, lenouvelliste.com

mardi 31 janvier 2012 par Administrator

Le Cap-Haïtien appréhende le pire avec la « faille septentrionale qui pourrait être active », selon une étude américaine publiée jeudi dernier. Ressenties la semaine dernière, les ondes telluriques venues de la République dominicaine renforcent cet état d’esprit. Mais l’ingénieur Claude Prepetit déconseille la panique et invite à l’action pour réduire la vulnérabilité face à la menace sismique. Sur le front de la gestion d’un potentiel afflux massif de victimes en cas de catastrophe, le Nord ne dispose que de deux orthopédistes et de quatre chirurgiens...

Haïti : Le nord d’Haïti a ressenti la semaine dernière les secousses d’un tremblement de terre dont l’épicentre a été localisé en République Dominicaine. Au Cap-Haïtien, ville détruite par un puissant séisme le 7 mai 1842, certains appréhendent le pire pour l’avenir sur une faille septentrionale active dont un segment pourrait rompre, selon une étude publiée jeudi dernier dans le Bulletin sismologique des Amériques.

« Ce n’est pas une nouvelle », indique l’ingénieur Claude Prepetit en référence à des études effectuées après le 12 janvier 2010. Le scientifique haïtien met cependant un bémol, temporise, calme les ardeurs des alarmistes sans conforter les St-Thomas et les autruches. « Nous ne nous associons pas au terme imminence. Personne ne peut dire s’il y aura un séisme dans deux mois, trois mois, 1 ans, 10 ans ou 30 ans », insiste-il, soulignant qu’il ne faut pas « paniquer ». Il faut, selon Prepetit, anticiper face à la menace sismique pour réduire les pertes en vie humaine.

La gestion d’une crise provoquée par l’afflux massif de victimes d’un séisme préoccupe Claude Prepetit. Mais pas au premier chef. « Ma préoccupation majeure, c’est faire ce qu’il faut pour limiter les dégâts », explique l’ingénieur, fraichement revenu d’une formation en France dans le cadre d’un partenariat entre l’Etat Haïtien et le Bureau de recherche géologique et minier (BRGM) pour faire des microzonages dans un périmètre de 80 km dans la zone urbaine de Port-au-Prince et dans le Grand nord.

Des instruments pour planifier, réduire les risques

Une cartographie géologique et une cartographie détaillée des failles sismogènes seront faites. Celle de Port-au-Prince devra coûter 1 million 500 000 dollars américains et l’autre environ 10 millions, informe Prepetit, qui souhaite que des législations, des arrêtés municipaux soient élaborés dans le futur. Ces outils importants à la planification et aux constructions devront être disponibles dans trois ans, selon l’ingénieur, qui a passé des années à sensibiliser à la forte probabilité d’un séisme avant le 12 janvier. Et qui, aujourd’hui, rappelle que c’est une faille non cartographiée qui est responsable du tremblement de terre du 12 janvier et non celle traversant le sud d’Haïti qui accumule de l’énergie qu’elle pourrait libérer à tout moment et faire beaucoup de victimes.

Réponse médicale, la précarité

Entre-temps, les mises en place pour la gestion d’un afflux massif de victimes en cas de tremblement de terre au Cap Haïtien intéressent. « Il y a une limitation en termes de réponse. On aura besoin d’un appui important d’autres partenaires comme la PNH, la Minustah, la Protection civile, la Croix-Rouge, le système des nations-unies pour prendre en charge des cas d’urgence médico-chirurgicale, si le Nord est frappé par un tremblement de terre », indique le directeur général du MSSP le docteur Gabriel Timothée.

Le système devra être bien huilé, ajoute Gabriel Timothée. Le nord dispose seulement de 2 orthopédistes et de 4 chirurgiens. Si il y a une catastrophe, on devra faire appel à d’autres spécialistes pour venir en renfort, souligne-t-il, priant pour que les installations sanitaires dont l’hôpital Justinien et l’hôpital de Milot, ne soient pas affectées et rendues inutilisables en cas de séisme majeur.

Parlementaires inquiets

Le sénateur Kély C. Bastien et d’autres sénateurs et députés du Grand Nord partageront leur préoccupation avec le président Michel Joseph Martelly sur la menace sismique qui plane sur le Cap, Port-de-Paix, Fort -Liberté, Ouanamithe, entre autres. Il faut de la planification et une volonté politique pour faire face aux effets dévastateurs, selon Kély C. Bastien. « Nous ne planifions pas », se désole le sénateur, qui a soif de parcourir un plan de réponse aux catastrophes et le rôle que jouera chaque entité impliquée dans cette opération.

Le sénateur Bastien se demande ce qu’il est advenu des fonds décaissés par la CIRH pour un programme afin de faire face aux risques sismiques. « Nous n’avons pas tiré les leçons du tremblement de terre du 12 janvier 2010 », croit-il, en revenant sur l’extrême fragilité de la ville du Cap.

Morceau d’histoire

La moitié de la population du Cap-Haïtien, soit 5 000 personnes, avait péri lors du tremblement de terre de 1842, a confié l’ingénieur Claude Prepetit. 300 personnes sont mortes noyées dans le tsunami qui avait suivi ce séisme de 8 sur l’échelle de Richter. Des vagues de 3 à 5 mètres ont été rapportés au Cap et à Port- de-Paix, explique l’ingénieur, qui ne manque jamais de rappeler qu’il faut se préparer afin de réduire les pertes en cas de séisme.

Les archives historiques montrent une activité sismique fréquente dans cette zone des Caraïbes au cours des cinq cents dernières années, plus particulièrement sur l’île d’Hispaniola que se partagent Haïti et la République Dominicaine, d’après les auteurs de l’étude parue dans le Bulletin of the Seismological Society of America indiquant que le séisme du 12 janvier est le début d’un nouveau cycle d’activités sismiques et de tremblements de terres dévastateurs en Haïti.

Ces sismologues se sont appuyés sur les nombreux récits des destructions provoquées par ces différents séismes depuis 1500 pour évaluer leur intensité, leur situation géographique ainsi que leur amplitude afin d’élaborer un modèle. Dans leur étude, ils font la description d’une série, au XVIIIe siècle, de séismes dévastateurs sur la faille Enriquillo qui traverse l’île d’est en ouest.

Un tremblement de terre de magnitude 6,6 s’est produit en 1701 en Haïti tout près de l’épicentre du séisme de janvier 2010. Les descriptions faites alors des secousses et de leur intensité étaient similaires, soulignent ces scientifiques.

Ensuite, une série d’importants séismes suivant une ligne est-ouest a commencé le 18 octobre 1751 (magnitude 7,4-7,5) probablement près de l’extrémité est de la faille Enriquillo en République Dominicaine. Un second séisme de 6,6 de magnitude s’est produit le 21 novembre 1751 près de Port-au-Prince suivi le 3 juin 1770 d’un tremblement de terre de magnitude 7,5 à l’ouest du séisme de 2010 (magnitude 7).

Du reste, le Cap-Haïtien appréhende le pire et Port-au-Prince retient son souffle...

Roberson Alphonse

ralphonse@lenouvelliste.com








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