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Assassinat de Guiteau Toussaint, président du conseil d’administration de la BNC

lundi 13 juin 2011 par Administrator

Le décès de Guyteau Toussaint, 56 ans, président du conseil d’administration de la Banque Nationale de Crédit, a été constaté ce dimanche 12 juin 2011 à l’hôpital de la Communauté Haïtienne où il avait été transporté suite à des blessures par balles reçues en sa résidence à Vivy Mitchel (Frères), a appris Le Nouvelliste de sources policières.

Selon les premiers éléments disponibles, des individus armés non identifiés se sont introduits dans son domicile, ont maîtrisé le personnel de maison et ont abattu d’une balle à la tête le banquier.
Le décès de Monsieur Toussaint a été constaté à l’hôpital de la Communauté haïtienne de Frères.

Ces dernières années M. Guiteau Toussaint avait conduit avec brio le sauvetage de la BNC une banque propriété de l’Etat haïtien aux bords de la faillite quand il en prit le contrôle en mars 1999.

Triste de fin pour celui qui a servi la fonction publique et son pays pendant trente-sept ans dont douze à la direction de la BNC. Pendant plusieurs années il a occupé le poste de Vice-Président de l’Association Professionnelle des Banques (APB). En avril 2011, le Group Croissance l’avait honoré pour son travail au sein de la corporation.

Diplômé en Gestion à l’Institut National d’Administration, de Gestion et des Hautes Etudes Internationales (INAGHEI), ancien professeur d’Université, avant de se retrouver à la tête de la BNC, Guiteau Toussaint a travaillé au ministère de l’Economie et des Finances où il était directeur général et également dans d’autres institutions financières. Il a été directeur financier de l’Institut de Développement Agricole et Industriel (IDAI) devenu par la suite, Banque Nationale de Développement Agricole et Industriel (BNDAI).

En dépit de tout, c’est son parcours exemplaire avec la Banque Nationale de Crédit qui restera comme la réalisation majeure de sa vie professionelle.

Guiteau Toussaint est arrivé à la BNC en 1999, plus précisément au mois de mars 1999 avec une mission claire, nette et précise : Celle de restructurer cette institution. D’ailleurs le comité qu’il préside s’appelle le Comité provisoire de contrôle et de restructuration de la BNC. Ce qui constituait un détour dans la vie de la BNC vu qu’avant, c’était toujours un conseil d’administration qui dirigeait cette institution.

D’où vient l’idée de ce comité de restructuration qui était le deuxième du genre ? Cela venait du fait que la BNC a connu, comme toute institution, des moments difficiles dans son existence. Entre 1991 et 1995, d’autres banques commerciales privées sont arrivées sur le marché avec des ressources humaines beaucoup plus dynamiques et beaucoup plus orientées clients que la BNC. Cette dernière jouissait jusqu’alors d’une situation de quasi-monopole avec la Banque Royale du Canada et la Banque de l’Union haïtienne sur le marché local.
Incapable de se battre, pendant les années 90, la BNC perdit rapidement d’importantes parts de marché et fut déclassée. De la première place parmi les banques de la place, elle passa à la sixième position. A côté du fait qu’elle perdit des parts de marché, les fonds propres de la banque fondirent également avec les déficits enregistrés au sein de l’institution.

A ce moment, deux options s’offraient aux responsables : privatiser (moderniser) la banque ou la restructurer. Une première expérience, conduite par la Banque de la République d’Haïti, ne donna pas les résultats escomptés. Alors l’Etat haïtien pris la décision de donner une deuxième chance à la BNC afin de voir comment on peut sauver ce patrimoine national.

C’est dans ce contexte que le Directeur général du ministère de l’Economie et des Finances d’alors, Guiteau Toussaint arrive à la banque avec la mission d’analyser les possibilités de la restructurer. L’autorité de nomination lui accorde trois mois pour donner une idée claire sur cette affaire à savoir si la BNC pouvait être sauvée ou s’il fallait la laisser périr.

« Moi et mon équipe nous avions compris qu’il s’agissait d’un défi et nous avions pris le taureau par les cornes et montré que le miracle était possible moyennant une restructuration dans ses modes d’opération, ses ressources humaines, sa capitalisation », expliqua Toussaint lors d’une interview accordée au Nouvelliste en 2009.
« Ainsi nous avions fait notre rapport à l’autorité de tutelle, le ministère de l’Economie et des Finances et au Chef de l’Etat pour leur dire que l’institution pouvait être sauvée moyennant certaines conditions bien précises. Nous avions fait le travail de restructuration qui a duré deux ans, deux ans et demi. »

La Banque Nationale de Crédit pu être sauvée et est devenue dix ans plus tard un fleuron dans le patrimoine de l’Etat haïtien avec un actif total de plus de 18 milliards de gourdes, des fonds propres de 1.4 milliard de gourdes, des dépôts totaux de 15 milliards alors qu’en 1999 l’actif total de la banque était de 1.8 milliard de gourdes. Pendant cette période, l’actif a pu être multiplié par 10, ainsi que les dépôts, les prêts et les fonds propres.

Gage de la bonne santé de la BNC, l’Etat, son actionnaire, et la Banque de la République d’Haïti, l’autorité de contrôle du secteur, lui permirent de mener une opération majeure et inédite dans l’histoire bancaire en Haïti : une banque publique a pu faire acquisition d’une banque commerciale qui était en difficulté.
« Cela a été une transaction pour protéger le système bancaire haïtien d’une crise systémique. Après ce qui s’est passé avec les coopératives financières, la Banque centrale a beaucoup incité la BNC à faire l’acquisition des actifs et passifs de la Socabank » eut à dire Guiteau Toussaint en 2009.

La BNC fit l’acquisition de la SocaBank, une banque en difficulté. La Soca présentait un avoir net négatif de 1.5 milliard de gourdes. Cette transaction a été faite dans une perspective de sauvetage du système financier et de protection de l’avoir des déposants.
L’un des axes majeurs de la restructuration de la BNC a été les ressources humaines tant du point quantitatif qu’au point de vue qualitatif. La banque fonctionnait avec un effectif de plus de 800 employés en 1999 alors que des études démontraient qu’elle pouvait fonctionner très facilement avec un effectif de 350 à 400 employés. Il fallait réduire la taille de cette institution en accordant certains avantages aux partants.

« Ce que nous avons fait. Et pour compléter l’effectif, on a fait appel à des consultants, à des ressources beaucoup plus jeunes et dynamiques avec un nouvel esprit orienté client. Comme je le dis toujours, ce dernier est la raison d’être de la banque », argumenta Toussaint lors de cet entretien.
« Il nous a fallu beaucoup de temps pour mettre ce nouvel esprit dans la tête de tout un chacun à savoir que la banque existe parce que le client y vient. Nous avons fait le travail, mais ce n’est pas encore gagné à cent pour cent. Il faut continuellement le faire avec les nouveaux qui arrivent, leur inculquer cet esprit et faire en sorte qu’ils puissent fournir un service de qualité aux clients qui arrivent. »

A la question sur la vision de celui qui conseil après conseil été resté en poste à la tête de la BNC pour un des plus long règne au sein de cette institution née de la scission de la Banque Nationale de la République d’Haïti en BRH, la banque centrale et la BNC une banque commerciale, Guiteau Toussaint déclara :
« Pour diriger une institution comme la BNC, il faut aussi avoir de la vision. Une vision c’est comme un rêve auquel nous donnons un délai. Notre vision est de faire de la BNC une des banques les mieux cotées de la place en termes de services bancaires. Cette banque doit continuer à créer de la valeur pour son propriétaire et pour la communauté. Elle doit être une banque efficace et efficiente au service de la communauté et orientée vers la promotion de l’économie nationale. C’est notre vision de la banque et c’est cette vision qui, chaque jour, chaque mois, chaque année, défile continuellement devant nous dans notre travail. »

Frantz Duval

Avec l’aide de Gary L. Cyprien








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