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Arnold Antonin immortalise l’idylle de Georges Corvington avec Port-au-Prince

vendredi 25 avril 2014 par Administrator

Georges Corvington a carburé à la passion de Port-au-Prince. Si certains se sont enivrés au moment d’explorer la peau veloutée de belles femmes, ses doigts, après les heures de bureau au ministère de l’Economie et des Finances, parcouraient des livres, des papiers jaunis qu’il a accumulés toute sa vie sur la capitale, son histoire.

Le nez dans le guidon, à fond dans ses recherches, Georges Corvington, qui ne s’est jamais marié, dans un demi-sourire, confie que « c’est Port-au-Prince son épouse ». En 52 minutes, le dernier documentaire de Arnold Antonin, « Port-au-Prince, mon seul et unique amour », raconte avec profondeur et authenticité cette idylle, cette obsession de GC, homme tranquille, résolu à décoder l’ADN de Port-au-Prince. Depuis sa fondation en 1749 sur la demande du marquis de Larnage, jusqu’en 1956. En plusieurs tomes. Entre autres, ’’Port-au-Prince au cours des ans : la ville coloniale et les convulsions révolutionnaires, 1743-1789’’ ; ’’La capitale d’Haïti sous l’occupation américaine, 1915-1934’’ ; ’’Sous les assauts de la Révolution : 1789-1804’’ ; ’’La métropole haïtienne du XIXe siècle : 1804-1888’’.

En images, dans le documentaire donc, Arnold Antonin, dans une sorte de portrait croisé, campe Georges Corvington, dans un Port-au-Prince qu’il semble avoir connu, vécu depuis plus de 250 ans. La trame, renforcée par un impressionnant fonds documentaire, montre Bel-Air, quartier huppé pendant la colonie, repris par les nouveaux libres après 1804. On revient sur l’une des plaies de la capitale, les incendies. Parfois accidentels, parfois motivés politiquement. L’incendie au bas de la ville sous Salomon, celui du palais national en 1868 par Sylvain Salnave, le sinistre ayant suivi l’explosion du palais national en 1912, sous le président Cincinnatus Leconte.

La ville de Port-au-Prince, construite en bois à cause des aléas sismiques, a subi des mutations, une urbanisation anarchique à l’origine de ses déficits esthétiques. « La ville n’a pas d’empreinte spéciale », se désole Georges Corvington entre des images qui happent pour plusieurs raisons. Les casernes Dessalines, l’église du Sacré-Cœur, l’église Ste-Anne, la cité de l’exposition, le grand hôtel de France, Ciné Parisiana, le Tramway à Port-au-Prince où, sur des images en noir et blanc, on voit des mulets croisé le chemin de voitures américaines. Par moments on a l’impression d’être quelque part à La Havane.

Pour avoir vécu si intimement avec sa ville depuis sa naissance le 6 novembre 1926, Georges Corvington, débit lent, a partagé sa douleur face à son expansion si anarchique que la vie s’y vit péniblement. Avant et après le séisme du 12 janvier 2010, évènement qui a durement marqué Georges Corvington. Sorti vivant des décombres de sa maison, cet homme, qui a préféré l’histoire au droit, a cherché ses marques dans sa ville éventrée. Il a souffert de l’effondrement de tant de patrimoines. Il a aussi regardé souffrir ses livres, sa bibliothèque inestimable. Sur les images du documentaire, le vieux monsieur n’a jamais abdiqué ni renoncé à l’espoir de sauver ses ouvrages, son trésor qui raconte, comme le dit Michel Hector, « la vie dans sa dynamique avec ses différentes composantes humaines ».

Jusqu’au bout, GC s’est battu. Mais il n’a pas réussi à reloger la bibliothèque. Au soir de sa vie, il a porté ce chagrin comme un fardeau. A l’hôpital, filmé sur une chaise roulante, GC, très affaibli, confie Alexandre Charlier, n’a pas eu peur de l’étreinte de la faucheuse. Sur une image très pudique, on le voit avec Mme Antoine, dans un vrai moment de communion, de complicité. C’est entre les mains de Mme Antoine que Georges Corvington, incapable de parler, a dit adieu à la vie.

Dans cette Haïti où l’oubli est la seconde mort, Arnold Antonin prend un pari avec ce documentaire. Celui d’un sauvetage. « Il faut sauver Georges Corvington pour les Haïtiens », affirme le cinéaste après la projection du film dont l’autre objectif est de sensibiliser à l’urgence de sauver la bibliothèque de Georges Corvington, en partenariat avec la Société haïtienne d’histoire et de géographie. Sa « femme », la capitale, est aujourd’hui une veuve en manque d’affection, incapable de séduire, de passionner d’autres Georges Corvington.
Roberson Alphonse ralphonse@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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