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Aristide parle, pique et propose

vendredi 10 mai 2013 par Administrator

JBA, arraché de l’ombre, surfe sur l’actualité. 24 heures après une démonstration de force dans la capitale, cette bête noire des nantis d’Haïti, des « Wòch nan dlo » qu’il avait rêvés voir au soleil, prône l’unité, le « mariage de raison » entre la bourgeoisie et le peuple pour diminuer la faim. Avec ses mots, son diagnostic, l’inventaire de certains problèmes feront rougir les roses du camp Tèt Kale, avant les élections dans lesquelles Fanmi Lavalas remportera beaucoup de sièges, confie JBA depuis son antre de Tabarre.

11heures 16 a.m. Un paon criaille et déploie ses plumes couleurs aquarelles. La seconde d’après, il couvre une femelle sur la cour bien entretenue de la résidence de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide à Tabarre. La copulation furtive arrache quelques commentaires à des journalistes, certains remontés à cause du départ presque à l’anglaise de JBA après son audition la veille par le juge Ivickel Dabrésil au palais de justice. Pas la peine de griffonner quelques questions pour Aristide après deux ans de silence, loin des caméras. C’est un point de presse. Maryse Narcisse, coordonnatrice de Fanmi Lavalas, le rappelle et montre la porte du bureau où JBA reçoit.

Debout à côté de son pupitre sans luxe, il accroche un sourire à sa face. Sa calvitie est plus prononcée et ce qui lui reste de cheveux est bicolore : noir et blanc. « Bienvenue, vous êtes chez vous ». Son accueil est simple, courtois et sobre. Quelques ouvrages, dont plusieurs sur Toussaint Louverture, soigneusement rangés sur une étagère, montrent son penchant. On ajoute des chaises, la pièce se remplit et l’ex-président, s’installe sur son fauteuil. Il ferme les yeux et autour de lui monte un bruissement des dernières mises en place.
Non, il ne se concentre pas comme un acteur dans sa loge avant de monter sur scène. La lumière, à cause d’un médicament administré, l’ennui. JBA l’explique, s’explique, s’excuse de n’avoir pas parlé la veille aux journalistes et se lance. « Merci ».

C’est uniquement ce qu’il veut dire. Sans répondre aux questions pour ne pas noyer « ce merci spécial », dit-il, soulignant avoir laissé son message écrit pour parler avec son coeur au peuple. Ce peuple avec qui il file le parfait amour, n’en finit pas de lui apprendre des choses, témoigne l’ex-prêtre catholique, marié et père de deux enfants. Ce peuple, selon JBA, a transformé la journée d’hier « d’une journée ordinaire en une journée extraordinaire ». La police, le Parti Fanmi Lavalas, les Haïtiens du 11e département ne sont pas en reste. Ils reçoivent leurs mercis. « Je sais que vous avez un problème avec les 1 dollar 50 prélevés sur les transferts, sur les appels téléphoniques. Je viens dire merci sans critiquer », lâche-t-il. Il identifie « un problème », esquive la solution et la confrontation sur ces prélèvements décidés par le président Michel Joseph Martelly pour alimenter le Fonds national pour l’éducation (FNE). Dans l’éducation, son dada, il fait des choses à la limite de ses moyens. Le nombre d’étudiants de sa faculté de médecine a doublé en un an en passant de 126 à 254 étudiants. C’est peu par rapport aux besoins. « Mais c’est mieux de faire peu en ayant la volonté de faire plus à l’avenir », soutient JBA, ajoutant qu’il n’évoque pas ses réalisations « dans un esprit de propagande ». La phrase est lâchée par JBA. Son silence, révèle-t-il, ne lui a pas été imposé. C’était son choix tout comme son confinement chez lui.

L’ex-président affirme pourtant voir au-delà de ses murs. « Les yeux de mon coeur voient loin et voient ce qui se passe à Port-au-Prince et dans les provinces », assure Jean-Bertrand Aristide. Il voit que le peuple a faim. Manger à sa faim quand tant d’autres ont faim pose un problème éthique et moral, soutient-il. C’est un problème grave qu’il faut dépolitiser avant de le politiser pour le résoudre, soutient l’ex-chef d’Etat, pressant en faveur d’une action concertée entre les élites du pays. Aristide en rajoute : « Il faut une unité entre la bourgeoisie et le peuple pour diminuer la faim dans notre pays ». A fond dans son discours rassembleur, Aristide, bête noire des nantis d’Haïti, des « wòch nan dlo » qui, selon lui, devaient goûter à la misère « des wòch nan solèy ». Il cite Fréderik Willem De Klerk, dernier président blanc du temps de l’apartheid à avoir passé le pouvoir à Nelson Mandela, en 1994, en Afrique du sud, pays où 90 % de la population est noire. De Klerk, confie Aristide, avait souhaité qu’Haïti, comme l’Afrique du Sud, fasse « un mariage de raison ». « Nous avons besoin d’un mariage de raison. C’est possible. C’est un rêve réalisable », croit Jean-Bertrand Aristide,assurant que le peuple est déterminé à ne pas laisser Haïti disparaître.

Dans les bottes du rassembleur, JBA marque aussi ses terres. Il gage que Fanmi Lavalas, dirigé par Maryse Narcisse et la coordination nationale, gagnerait la majorité du gâteau électoral dans des joutes démocratiques et honnêtes. Ce ne sont pas les élections qui résoudront les problèmes du pays. Et aucun parti politique ne dispose à lui seul des solutions aux problèmes d’Haïti dont la faim, indique Aristide, ressortant, dans la foulée, un vieux slogan de campagne ou, selon certains, l’échec d’un projet : « lapè nan tèt, lapè nan vant ».

Dans son long monologue d’une quarantaine de minutes, Jean-Bertrand Aristide affiche, en dépit des difficultés, de l’espoir dans l’avenir.

Dans les tentes et malgré la souffrance, les gens veulent vivre, s’accrochent à la vie, explique Aristide, un sanglot dans la voix et des larmes ruisselant sur son visage après avoir parcouru et vu pour la première fois des rues de la capitale après le séisme du 12 janvier. Le flash-back ravive des douleurs et le souvenir du triomphe de l’amour. Celui de Jeannette, survivante du séisme qui avait promis à son mari Roger de l’aimer, pour toujours, au-delà de la mort si elle n’était pas tirée vivante des décombres, raconte Aristide avant de poser devant les caméras des photographes, certains heureux et sûrs de ne pas être grondés par leur rédaction. JBA a parlé, piqué et proposé. Avec ses mots. Dans son style.

Roberson Alphonse

roberson_alphonse@yahoo.com








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