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Aristide en route pour Haïti...pas encore - Frantz Duval, Le Nouvelliste

mardi 8 février 2011 par Administrator

Haïti : Le gouvernement haïtien a émis lundi un passeport diplomatique pour l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, offrant à ce dernier la possibilité de rentrer dans le pays dont il a été chassé par une insurrection armée en 2004, a indiqué à l’AFP un responsable haïtien.
"Le passeport a été émis lundi. Toutes les formalités ont été accomplies", a précisé ce responsable sous le couvert de l’anonymat.
Le passeport doit être remis à un des avocats de M. Aristide, Ira Kurzban. Ce dernier, basé à Miami, n’était pas en mesure de confirmer ces informations.

"S’ils ont émis un passeport, ils ne me l’ont pas dit", a déclaré l’avocat à l’AFP. Interrogé sur les chances d’un retour rapide de l’ancien président à Port-au-Prince, Me Kurzban a répondu : "Je pense qu’on s’en rapproche, mais nous n’y sommes pas encore".
L’avocat, qui se trouvait récemment à Port-au-Prince, prévoit de regagner la capitale haïtienne dans les prochains jours, mais il n’a pas voulu dire à quelle date

La fausse arrivée

Tout l’après-midi de dimanche, un trafic inhabituel était observé à l’aéroport international Toussaint Louverture. Des sympathisants du chef du Parti Lavalas, des journalistes et des policiers semblaient attendre un événement.
Contacté par Le Nouvelliste, un haut placé du parti Lavalas avait démenti l’arrivée ce dimanche de l’ancien curé de St Jean-Bosco, qui se trouve toujours en Afrique du Sud.
« Pas ce dimanche. Pas encore. Je n’en suis pas encore informé en tout cas », a-t-il déclaré au journal.
Plusieurs sources interrogées par le journal doutent que Jean-Bertrand Aristide fasse le voyage jusqu’en Haïti, alors que les résultats de l’élection présidentielle du 28 novembre proclamés le 3 février annoncent un deuxième tour entre Michel Martelly et Mirlande Manigat, deux responsables politiques qui ne font pas partie de ses amis.
« Préval est hors de course, Inite ne lui doit rien, ses ennemis vont prendre le pouvoir, Haïti sera un vrai guêpier pour Aristide s’il revient, d’autant que les Français, les Américains et les autres n’y sont pas favorables », a indiqué au Nouvelliste un analyste sous le couvert de l’anonymat.

Les réserves de Mulet

« La mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) n’a pas d’opinion sur un éventuel retour de Jean-Bertrand Aristide dans le pays », a déclaré ce dimanche Edmond Mulet, interrogé en sa résidence par Le Nouvelliste alors que des rumeurs insistantes, mais fantaisistes, faisaient état d’un retour ce dimanche de l’ancien président en Haïti.

Edmond Mulet, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Haïti, a tenu à faire le rappel que « sous le gouvernement de monsieur Aristide il y a eu des accusations de détournements de fonds qui ont conduit à des procès aux Etats-Unis d’Amérique. Il y a eu aussi des poursuites contre des trafiquants de drogue proches du régime, dont certains ont été condamnés. Des personnes ont été victimes de violations de leurs droits à cause d’une violence d’Etat sous son régime. Tout nous porte à croire qu’il y aura des plaintes contre lui s’il revient et qu’il aura à répondre par-devant la justice d’actions commises du temps qu’il était en charge d’Haïti », estime le diplomate onusien.

La MINUSTAH et Jean-Bertrand Aristide ont un cheminement compliqué. La première mission de l’ONU est arrivée en Haïti le 29 février 2004, le jour même du départ en exil du leader de Lavalas.

« Les dernières élections sont une opportunité pour Haïti d’aller de l’avant. Il ne faut pas retenir Haïti otage de son passé. Les pays évoluent, et Haïti a une nouvelle étape à franchir qui n’a rien à voir avec la situation qui prévalait il y a 30 ans, 20 ans, 15 ans ou même 5 ans », a conclu le diplomate.

L’ONU vient d’offrir son aide au gouvernement haïtien dans le dossier en préparation pour mettre en accusation Jean-Claude Duvalier revenu au pays le 16 janvier dernier, a aussi rappelé au Nouvelliste Edmond Mulet.

Tergiversations du gouvernement Préval-Bellerive

Le gouvernement haïtien avait annoncé la semaine dernière qu’il était prêt à remettre un passeport à l’ancien président si ce dernier en faisait la demande.

Selon l’Agence haïtienne de Presse (AHP), ce problème de passeport aurait dû être résolu depuis la semaine dernière après l’envoi par l’avocat, au nom du président Aristide, d’une lettre au ministère des Affaires étrangères pour demander le renouvellement du passeport, mais les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères jugeaient cette pièce insuffisante et faisaient valoir des "pseudo-raisons administratives", arguant que le président Aristide devrait en faire lui-même la demande.

Après avoir exigé qu’il aille au Bénin pour produire la demande (bien qu’il ne dispose pas de passeport), le ministère des Affaires étrangères indiquait finalement que M. Aristide pouvait scanner une lettre et l’envoyer par mail au ministère.

Toutefois, au dernier conseil de gouvernement, plusieurs ministres jugeaient ces exigences farfelues et exigeaient que le passeport soit envoyé au président en exil pour qu’il revienne dans son pays, vu qu’il s’agit d’une exigence constitutionnelle.

L’ancien président à vie Jean-Claude Duvalier est bien rentré et sans difficulté au pays le 16 janvier. Mais pourquoi toutes ces mesquineries à l’égard du président Aristide, se sont indignés certains membres du gouvernement.

Dans un communiqué diffusé mi-janvier, M. Aristide, installé en Afrique du Sud, avait expliqué vouloir rentrer au pays pour des raisons médicales et aussi "pour contribuer à servir mes frères et soeurs haïtiens en tant que simple citoyen dans le domaine de l’éducation".
Si son retour se confirme, M. Aristide, toujours très populaire dans les milieux défavorisés, serait le deuxième ex-président à regagner Haïti après Jean-Claude Duvalier. L’ancien dictateur "Baby Doc" a regagné Port-au-Prince le 16 janvier après 25 ans d’exil en France, alors que le pays traversait une crise électorale consécutive au premier tour contesté de l’élection présidentielle du 28 novembre.

Jean-Bertrand Aristide, 57 ans, ancien opposant à la dictature duvaliériste (1957-86) et prêtre partisan de la "théologie de la libération", a été élu une première fois à la tête du pays en 1990, avant d’être chassé du pays huit mois plus tard par un coup d’Etat militaire.
Revenu à la tête de l’Etat en octobre 1994, grâce à une intervention militaire des Etats-Unis, il termine son mandat en 1996, laissant le pouvoir à son dauphin, l’actuel président René Préval.

L’ancien prêtre des bidonvilles, relevé de ses voeux par une dispense vaticane pour pouvoir se marier, est réélu en novembre 2000. Mais il est contraint à l’exil en février 2004, sous la menace d’une insurrection armée conjuguée à des pressions internationales, notamment des Etats-Unis et de la France, qui lui reprochent son incompétence.

Frantz Duval

duvalf@hotmail.com

Avec AFP et AHP








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