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Aristide dans le collimateur de la Justice américaine - Par : Nancy Roc, dans le Matin du Vendredi 11 décembre 2009

vendredi 11 décembre 2009 par Administrator

Aristide dans le collimateur de la Justice américaine

Par Nancy ROC

Le directeur central de la Police judiciaire (DCPJ), Frantz Thermilus, a confirmé lundi l’extradition la veille aux États-Unis de l’ex-Directeur des Affaires Internationales de la Téléco sous le régime de Jean-Bertrand Aristide, Jean-René Duperval, accusé de blanchiment d’argent. L’ex-haut fonctionnaire, qui faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international, a été remis à des agents américains pour être transféré en Floride. Dans un communiqué du ministère de la Justice américaine daté du 7 décembre et dont nous avons reçu copie, les personnalités suivantes ont été inculpées dans l’affaire des détournements de fonds de la Téléco :

• Joel Esquenazi, 53 ans, ex-président de la compagnie de téléphone Terra Telecommunications Corporation ;

• Carlos Rodriguez, 53 ans, ex-vice président de la même compagnie ;

• Robert Antoine, 61 ans, ex-directeur du département des Affaires Internationales de la Téléco ;

• Jean René Duperval, 43 ans, ex-directeur des Affaires Internationales de la Téléco

• Marguerite Grandison, 40, ans ex-présidente de Telecom Consulting Services Corp., et sœur de M. Duperval.

Après les révélations faites le 15 juillet dernier par la journaliste New Yorkaise Lucy Komisar sur le site portfolio.com, le gouvernement haïtien et le Parlement ont eu des preuves que Jean-Bertrand Aristide a extorqué des millions de dollars à l’État et au peuple haïtiens en passant un contrat frauduleux avec la compagnie de téléphone IDT ayant son siège dans le New Jersey. Pourtant, malgré l’interview exclusive que nous avait accordée Lucy Komisar, ni le gouvernement ni le Parlement n’ont jugé nécessaire d’ouvrir une enquête sur ce dossier. En revanche, les résultats de l’enquête menée par les autorités judiciaires américaines ont conduit à l’imposition d’une amende de 1 million 300.000 dollars à James Courter, président de cette compagnie et un des principaux responsables des levées de fonds de la campagne de l’ancien candidat républicain à la présidence américaine, le sénateur John Mc Cain. Quatre jours après les révélations de Lucy Komisar, James Courter avait remis sa démission à Monsieur Mc Cain, tout en demeurant président de la compagnie IDT.

Le contrat passé entre IDT, la Téléco et Jean-Bertrand Aristide a été exécuté en 2003. Sur chaque minute d’appel longue distance placée vers Haïti via la Téléco, l’IDT versait seulement 8,75 centimes américains alors que les autres fournisseurs comme AT &T payait 23 centimes. Cette compétition jugée déloyale par la Commission Fédérale des Communications (FCC) a valu cette amende salée à M. James Courter, ancien représentant de l’État du New Jersey au Congrès américain. Selon la FCC, la compagnie téléphonique IDT a aussi systématiquement violé la loi américaine en matière de communication. « Selon la loi américaine, IDT aurait dû publier le contrat passé entre la Téléco et IDT, ce qui n’a jamais été fait » nous avait déclaré la journaliste Lucy Komisar dans une interview exclusive. « D’après mes informations, IDT aurait ainsi signé des contrats frauduleux avec plus de 140 pays et on ne connaît pas l’étendue de ces contrats passés avec des autorités corrompues dans divers pays », avait précisé la journaliste. Rappelons que sur chaque minute d’appel vers Haïti, 3 centimes étaient déposés sur le compte d’Aristide par la Téléco à travers une société écran dénommée Mount and Salem Management et située dans le paradis fiscal des îles Turks and Caicos . « Ce compte offshore était un compte personnel appartenant à Jean-Bertrand Aristide », avait souligné Lucy Komisar qui déclarait avoir parlé personnellement avec le conseiller légal d’Aristide, Adrian Corr. Cet avocat de la firme Miller, Simons et O’Sullivan est celui qui avait ouvert ce compte pour l’ex-président suite à la signature du contrat entre IDT et la Téléco en novembre 2003.

L’étau se resserre autour d’Aristide

Grace à une enquête minutieuse entamée en 2005, Lucy Komisar avait pu remonter la chaîne, parvenant ainsi à identifier les principales personnes impliquées dans cette sale affaire de corruption : « du côté haïtien, ce contrat a été signé par le Directeur Général de la Téléco à l’époque, M. Alphonse Inévil ainsi que par M. Jean René Duperval, Directeur des Affaires Internationales de la Téléco. » Mme Komisar nous avait aussi fait parvenir la transcription de la déposition (des déclarations) de Michaël Jewett, ex-manager d’IDT pour les Caraïbes et l’Amérique latine, faite par devant la Commission Fédérale des Communications (FCC). Dans cette transcription, il est stipulé à la page 22 que « l’équipement acquis pour interconnecter la Téléco à IDT et Mount Salem Management a été acheté par M. John Cate, vice-président de International Network Planning, pour la somme de $US 195,000, payée (s) par la IDT (…) Cet équipement a été ensuite envoyé en Haïti pour la connexion finale entre la Téléco et IDT ».

Dans cette transcription, nous trouvons aussi d’autres détails intéressants sur cette transaction et ses auteurs : « Mr Cate a également indiqué par devant la Commission Fédérale des Communications que toutes ses correspondances avec la Téléco et Mount Salem Management devait obligatoirement être envoyées en copie conforme à M. Alphonse Inévil, Directeur Général de la Téléco. » Toujours selon cette transcription, « M. Jack Lerer, vice-président exécutif du Bureau des Affaires Internationales d’IDT, a dit à M. Cate que M. Inévil était le beau-frère d’Aristide et qu’il devait recevoir personnellement une partie des paiements envoyés par IDT à la compagnie Mount and Salem Management au profit de Jean-Bertrand Aristide. » Dans cette transcription, M. Cate avoue aussi que « ATT n’aurait jamais conclu un tel contrat car la FCC l’aurait prise d’assaut. M. Cate a indiqué que, selon lui, ce deal était non seulement illégal mais immoral considérant la pauvreté d’Haïti. » L’équipement d’interconnexion pour ce deal frauduleux était un modèle ECI DTX 600 Network Compression and software gear et a été envoyé en Haïti le 7 janvier 2004.

Ce deal frauduleux indexe plusieurs autres acteurs impliqués dans cette affaire : Michaël Jewett, manager d’IDT pour les Caraïbes et l’Amérique latine, Jack Lehrer, vice-président exécutif du Bureau des affaires internationales d’IDT. James Courter, actuel président d’IDT et Adrian Corr, conseiller légal de la firme d’avocats Miller, Simons et O’Sullivan.

Dans la plainte émise par le gouvernement haïtien le 2 novembre 2005, signée par le juge Brown et dont nous avons reçu copie, figurent les noms des personnalités suivantes impliquées dans ce scandale : Gustave Faubert, Rodnee Deschineau, Lesly Lavelanet, Fred Béliard, Alphonse Inévil, Adrian Corr et Jean-Bertrand Aristide. Réagissant à la publication du Rapport de Transparency International de 2008 et protestant contre le classement d’Haïti au rang des pays les plus corrompus de la planète, le président René Garcia Préval avait laissé entendre que la corruption était une affaire de perception et qu’elle serait proportionnelle à la taille de l’économie d’un pays. Bien que les États-Unis soient la première puissance économique mondiale, la Justice américaine, par le traitement du dossier IDT, vient d’apporter un démenti farouche à l’assertion du président Préval, l’invitant du même coup à se regarder dans un miroir.

Par Nancy Roc

LE MATIN vendredi 11 décembre 2009








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