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A quoi rêve un président ?

jeudi 20 février 2014 par Administrator

Siège 2H. La tête collée au hublot, Michel Martelly regarde défiler les kilomètres carrés de paysage. Vue de haut, Haïti est presque aussi chauve que la tête de son président. Il n’y a pas 8 minutes que le Boeing 767 a décollé de l’aéroport Toussaint Louverture.

Les premières turbulences apaisées, le président Martelly délaisse son poste d’observation. L’avion vole haut, il n’y a plus grand-chose à voir. Martelly déploie son fauteuil. Dit un dernier mot à Grégory Mayard-Paul, son plus proche voisin. Ferme les yeux. S’endort.

L’agenda présidentiel de ce mois de février est lourd. Vu les visites officielles à préparer, à faire et à mettre en contexte (Obama, Hollande, le pape François, Philippe, le roi belge, les responsables italiens et de l’Union européenne, le président du Pamana à recevoir), le chef de l’Etat a du pain sur la planche. Le président gère aussi le dialogue interhaïtien avec ses hauts et ses bas, son train-train habituel très chargé, des réunions nocturnes avec ses anciens collègues, mais toujours amis musiciens, pour préparer le carnaval 2014 et sa fête d’anniversaire.

Beaucoup de nuits courtes dans le mois le plus court de l’année ont, un instant, raison de lui. Il dort.
"Lom pa fè", dit si bien l’adage.

Dans le vol qui conduit le président vers New York, pour une courte escale, puis Paris pour la visite très officielle et la renconte avec son homologue français, François Hollande, le président conduit une large délégation pour une tournée européenne dans quatre Etats (France, Italie, Vatican, Belgique).
Il y a avec lui son ministre des Affaires étrangères, Pierre Richard Casimir ; le ministre de l’Economie et des Finances, du Commerce et de l’Industrie, Wilson Laleau ; son conseiller spécial et ami Grégory Mayard-Paul ; le coprésident de la Commission consultative présidentielle pour le développement écomique et l’investissement, Grégory Mevs ; le président de la Chambre des deputes, Jacques S. Thimoléon, et le député Abel Descollines.

Pour la partie parisienne de la visite, le président Martelly aura à ses côtés Grégory Brandt, président de la Chambre franco-haïtienne de commerce et d’industrie.

Brandt, qui est à sa cinquième visite du genre en France, n’est pas seul. Deux autres membres de la Chambre, Jean-Raphaël Boulos et Geoffrey Handal, l’accompagnent. « Il ne faut pas être seul dans ce genre de rencontres », a-t-il expliqué au Nouvelliste.
Grégory Brandt espère que cette visite raffermira les liens entre Haïti et la France. Pas les liens dont on parle dans les discours officiels, mais ceux solides des entreprises françaises qui s’établissent sur le sol haïtien et des produits haïtiens qui partent vers la France.

« De ma première visite avec le président René Préval faite à Jacques Chirac en passant par celle faite avec le Premier ministre Laurent Lamothe, les progrès sont lents. La route Hinche-Cap-Haïtien promise par Chirac se construit, mais cela a pris sept ans et seulement une dizaine de nouvelles entreprises françaises se sont établies en Haïti sur la même période », explique le président de la Chambre franco-haïtienne de commerce.

A l’hôtel Le Meurice, palace parisien où le président haïtien résidera pendant son séjour de moins de quarante-huit heures dans la capitale française, il aura des réunions avec le gratin du patronat français et aussi des patrons de presse. Sa délégation bien garnie est nécessaire.

Martelly a appris depuis son passage à Washington. Un président ne voyage pas seul. La presse seule ne suffit pas. La présence d’hommes d’affaires est essentielle pour conforter l’image pro-affaires que le discours de l’exécutif haïtien véhicule. Des parlementaires auprès du président ou du Premier ministre en déplacement rassurent les interlocuteurs de nos responsables.

D’ailleurs, cette visite à l’ancienne métropole est plus officielle que celle que Martelly vient de réussir à Washington.

A Paris, en plus des politiques, du patronat et de la presse, le président d’Haïti sera reçu par le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartoloné, et celui du Sénat francais, Jean-Pierre Bel, par le swecrétaire général de l’OIF, Abdou Diouf, ainsi que par le président du MEDEF, Pierre Gattaz, selon l’agenda officiel de son séjour.

Si le ministre Wilson Laleau, retenu par d’autres obligations, n’ira pas à Bruxelles, un autre groupe de passagers du vol 1549 de la American Airlines ne réalisera pas l’itinéraire complet de Michel Martelly pour sa tournée en Europe : les sénateurs.

Le président du Sénat, Dieuseul Simon Desras, et le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre haute vont directement en Italie assister à la création du premier cardinal haïtien de l’histoire de l’Eglise catholique, Mgr Chibly Langlois.
« Le sénateur Desras, par choix, n’a pas voulu intégrer la délégation présidentielle », a déclaré au Nouvelliste un membre de la délégation officielle.

La version de Desras l’opposant à Martelly est différente : " Je n’ai pas été invité".

Pas de doute pourtant, tous les chemins mènent à Rome, le président du Sénat et le président Martelly se retrouveront face à face dans la ville éternelle après le rendez-vous manqué de samedi dernier à l’hôtel El Rancho pour la signature de l’accord de la deuxième tranche du dialogue interhaïtien.
Encore une fois, c’est le cardinal Langlois qui sera le bon prétexte pour réunir dans un même espace les deux hommes. Samedi, à la basilique Saint-Pierre, le président de la République et le président du Sénat et de l’Assemblée nationale seront aux premières loges.
S’ils ne se rencontrent à l’église, les deux hommes se verront autour d’un verre.

Comment l’ambassade d’Haïti près du Saint-Siège peut-elle ne pas inviter le sénateur Desras au dîner offert en l’honneur du cardinal par le président d’Haïti ?
Le lendemain de cette réception, après les fastes de Rome, le président Martelly mettra le cap sur Bruxelles où il rencontrera le roi belges, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy de l’Union européenne et le ministre-président de la Wallonie, Rudy Demotte.

Cette visite est la deuxième de Martelly en Belgique et elle fait suite à celle de son Premier ministre Laurent Lamothe dans la capitale de l’Europe. Si, avec la Belgique, nous serons plus dans le protocolaire que dans la coopération, avec l’UE, c’est d’espèces sonnantes et trébuchantes qu’il sera question.
L’UE est un bailleur de fonds important. Martelly lui fera-t-elle délier les cordons de sa bourse en ces temps de restrictions budgétaires de tous nos amis ?
Martelly, dans les réunions entre quat’z yeux, va-t-il recevoir une agréable surprise de la lecture faite par les capitales européennes de sa gestion ou des conseils pour faire mieux ?

Chaque membre de la délégation interrogé sur la question est silencieux. Pas de pronostic. Pour le moment.

Sans incident, le vol se poursuit et le léger remue-ménage du service a réveillé le président Martelly.
Si tous les Haïtiens rêvent de devenir président d’Haïti, qu’il serait bon de savoir à quoi rêve un président d’Haïti en route pour Paris, Rome et Bruxelles !
Frantz Duval
duval@lenouvelliste.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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