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A bas les noms de famille

samedi 8 novembre 2008 par Erich Jean René

A bas les noms de famille - Par : Jean Erich René

La charpente sociale d’une nation définit le cadre de son développement
économique. Il y a interaction entre les valeurs sociales en cours et le
déroulement de la vie économique. Le développement est avant tout une
question d’hommes, de vision et d’environnement social. Rien ne sort de
rien. Les pays de l’Europe, de l’Amérique du Nord et de l’Asie
s’enorgueillissent de leurs prouesses scientifiques et placent leurs
critères de classification, sans distinction de classe et de race, sur la
compétence et la performance intellectuelle de chaque individu et son
rendement au travail. Toutes les mesures sont prises afin d’encourager la
recherche scientifique et l’augmentation de la production en accordant une
chance égale à tous. Le recrutement du personnel se fait dans l’anonymat le
plus complet afin d’éviter le népotisme. En Haïti, il est déconcertant de
constater que la référence par excellence c’est encore le nom de famille.

Combien de jeunes Haïtiens, de jeunes Haïtiennes issus de nos villes de
province, de nos communautés rurales qui brillent d’intelligence mais qui
sont incapables d’avoir accès à l’Université. Combien de nos jeunes
diplômés qui ont un palmarès assez éclatant à l’École mais qui sont en
train de manger de la vache enragée. Ils croupissent dans la gêne et la
misère après avoir fait d’excellentes études dans des conditions
extrêmement difficiles. Ils aimeraient servir leur pays avec fierté et
dignité et procurer en retour une certaine satisfaction à leurs parents qui
ont tant peiné pour faire d’eux des éléments assez avancés de leur classe.
Hélas ! Ils ne portent pas les noms de familles qu’il faut pour bénéficier
d’une bourse d’étude à l’étranger ou pour occuper un poste important dans
l’administration publique. De telles prérogatives sont souvent réservées
aux fils de grandes familles qui n’ont pas parfois la capacité
intellectuelle nécessaire pour faire face aux exigences de la vie
universitaire à l’extérieur. Souvent les heureux bénéficiaires non
qualifiés n’entreprennent aucune étude et retournent en Haïti en se dotant
d’un catalogue de titres fictifs comme sociologue, andragogue, pédagogue
tout en étant de vrais démagogues

Il n’est pas étonnant de rencontrer dans les couloirs de l’Administration
publique haïtienne ce comportement bizarre de fils de famille qui
s’affublent du titre d’économiste de facto, occupe le poste de Ministre de
l’Économie et des Finances, par héritage social, sans avoir fréquenté aucun
centre de formation, sans jamais détenir aucun diplôme. Tel fils d’un grand
professionnel haïtien prend des airs de hauteur parce qu’il jouit de
l’héritage social de ses parents. Ils ont la science infuse et de ce fait
occupent les fonctions les mieux payées. Récemment un candidat à la
Primature a affiché dans son CV la liste de compétence de son ascendance
familiale comme petit fils de Président, neveu d’un grand architecte et
patati et patata, sans jamais dire qui il est. Selon Maurice Sixto, ce
peintre des moeurs haïtiennes quand on s’appelle Léa Cocoyer il est
difficile d’avoir accès à la fonction publique en Haïti. Cette tendance
clanique identifiée à l’échelle étatique a vicié les rouages de
l’administration publique. Ce clientélisme familial est à la base de notre
retard économique.

Nous devons rompre avec cette tradition qui consiste à recruter nos cadres
en fonction de leurs noms de famille biologique ou politique. Elle préside
même à l’octroi du crédit au niveau des institutions bancaires nationales.
Les fonds sont mis plus facilement à la disposition de certaines familles
dont les noms sont déjà connus dans le monde des affaires. D’où la
pérennité de certains noms de familles dans le secteur commercial et
industriel. Les Haïtiens et les Haïtiennes dont les familles viennent de
l’arrière-pays n’ont droit à aucun crédit. Ils sont plutôt appelés à un
poste de commis de magasins ou à traîner leurs savates dans nos rues sous
un soleil de plomb. Pourtant l’histoire rapporte que Monsieur A, un Syrien
est arrivé en Haïti comme marchand ambulant traînant sous ses bras une
machine à coudre pour vendre de la pacotille dans les marchés publics. Sous
l’égide de la révolution D ,il a bénéficié d’un prêt colossal de la Banque
nationale pour confectionner des uniformes pour les soldats de l’Armée
d’Haïti. Voilà comment il a érigé un empire familial .

L’Autorité Monétaire Nationale avec son système de crédit hypothécaire
entretient ce préjugé des noms familiaux. En tenant compte du patrimoine
économique du sollicitant ou de ses accointances politiques pour accorder
les prêts il est clair et évident que tous les privilèges vont à ceux qui
en
ont déjà. Ceux qui n’en ont rien resteront toujours pauvres même s’ils ont
des projets dont le taux de rendement interne est assez élevé pour répondre
à leurs obligations face à leurs créanciers. Souvent certains plans de
projets non financés sont subtilisés au niveau des études économiques de
nos Banques. Le privilège de la mise à exécution reviendra encore aux
familles riches de la place à l’insu de l’auteur qui est voué au refus le
plus total. Notre système bancaire traditionnel entretient la
discrimination économique en transférant les richesses du pays aux
ascendants et aux descendants des mêmes familles. L’argent en Haïti pendant
deux siècles n’a pas changé de main. Monsieur M.., un sujet allemand dans
les années 1960 n’était qu’un simple mécanicien à la Grand’Rue. Grâce à son
nom de famille on lui a accordé le privilège de commander les turbines de
Péligre et d’acheter au nom du gouvernement des espadrilles et des maillots
destinés à la classe nécessiteuse. Cet investissement initial accordé par
la Banque Nationale s’est décuplé pour lui permettre de posséder en un
temps record son parc industriel.

Ce système de clan familial est responsable de l’immobilisme économique du
pays. Qui pis est l’endogamie est la règle. Ils se marient entre eux de
sorte que les acquis économiques restent dans une sphère très restreinte.
La bourgeoisie nationale est représentative d’une caste qui n’a aucun lien
avec les masses de l’arrière pays. On comprend aisément leur indifférence
par rapport au développement économique du pays qu’il ne connaît même pas.
Il n’est plus que temps d’abandonner ce modèle clanique et mesquin pour
faire appel au holisme méthodologique en accordant la même chance à tous.
Il y a des génies au niveau de la classe paysanne et au niveau des familles
défavorisées qui pourront élever Haïti au rang des nations avancées du
monde.

Aujourd’hui malheureusement de faux socialistes ont trahi toutes les
belles valeurs de cette tendance politique que le Québec, la France et la
Suède ont agitées au profit de leurs peuples. Chez nous en Haïti les
traîtres
l’exploitent à leur profit personnel. Ils ont le cœur à gauche et leur
poche à droite. Ils prennent le pouvoir charlemagnepéraltement mais
embauchent des agents de sécurité américains pour leur protection
personnelle. Ils exploitent leurs employés et leurs administrés pire encore
que les capitalistes modernes qui, au moins reconnaissent la nécessité d’un
salaire décent pour faciliter le renouvellement de la force de travail de
leurs ouvriers et de leurs cadres techniques.

Le népotisme et le clientélisme coutumiers des institutions nationales
axées sur les noms de famille restreignent le développement économique
d’Haïti. L’aide financière internationale ne suffira pas pour activer notre
croissance économique. Il nous faut aussi une machine administrative et
politique bien huilée pour assurer une répartition de la richesse nationale
de façon équitable. Souvent les retombées des projets d’investissements
nationaux sont récupérées par les familles traditionnelles et leurs alliés
qui occupent l’avant-scène politique depuis 1804. Il est triste de
constater que les bergers en qui nous plaçons toute notre confiance se sont
intégrés dans la meute des loups pour dévorer le troupeau. Il nous faut
tirer des leçons de la pratique politique rétrograde haïtienne qui
n’élirait jamais, un homme de l’envergure de Barak Obama comme Président
d’Haïti. Chez nous, la militance supplante la compétence. La réponse à
notre sous-développement économique pour être viable doit être conçue dans
le contexte de nos conditions politiques et sociales. Nous devons bander
nos énergies et unir nos voix pour dire ensemble : à bas les noms de
famille, vive la méritocratie. Cette pratique rétrograde et discriminatoire
est la cause principale des dissensions sociales et de l’atrophie de notre
système économique.








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