CAPSULES-HAITIMONDE.COM - Les Dernières Nouvelles d’Haiti - Tout sur l’actualité haitienne - Le réseau de référence Haitimonde.com
Correspondance spéciale/Taïwan

A Taïwan, Haïti a un chiffre magique

mercredi 23 avril 2014 par Administrator

Il a fallu que le président Michel Martelly se fasse accompagner à Taïwan d’une délégation d’hommes d’affaires pour que ressorte cette vérité : personne ne parle mieux des affaires que ceux qui en font toute la journée

. En une phrase, Didier Fils-Aimé a tracé le portrait attractif d’Haïti qui manquait au slogan « Open for business ». « Haïti a un chiffre magique », a lancé le président de la Chambre de commerce et d’industrie et tous les hommes d’affaires taïwanais sont restés suspendus à ses lèvres pour écouter son argumentaire. Deuxième journée de Martelly à Taïwan. La journée des hommes d’affaires.

Le drapeau haïtien flotte. La Dessalinienne résonne. Les canons tonnent. Le moment est solennel. Sous l’estrade couverte d’un dais dressée au milieu de l’esplanade du mémorial dédié à Tchang Kai-shek, le président Ma et le président Martelly sont debout. Il n’y a pas une chaise à l’horizon. Ils font face à la fanfare et aux soldats des forces armées taïwanaises, baïonnette au canon, casque en tête, qui leur rendent les honneurs militaires avant de les passer en revue.

La visite d’État du président haïtien à Taïwan vient de débuter. Finie l’immersion culturelle du premier jour de la visite, passons au décorum, au faste, aux choses sérieuses.

Ciel gris, lourd, les officiels des deux pays sont alignés de part et d’autre des présidents. Les échanges de discours remplacent le bruit des épées replacées dans leur fourreau et de la grosse caisse laissée au repos. Politesses, souvenirs du récent voyage de Ma en Haïti en août 2013, vœux de santé et de prospérité font le socle des deux adresses.

Les clés de Taipei sont remises au chef de l’Etat haïtien. Le président Michel Martelly est le deuxième, après Jean-Bertrand Aristide, à réaliser une visite d’État dans l’île. Les autres présidents haïtiens de passage à Taipei ne réalisaient que des voyages officiels. Tout est chronométré, millimétré. Tout s’emboîte dans un silence respectueux.

Le dernier mot prononcé, c’est déjà l’heure de regagner les cortèges pour rejoindre le palais présidentiel. Les officiels remontent l’avenue pavoisée aux couleurs des deux pays. D’immenses drapeaux servent d’oriflammes, claquent au vent. Les Taïwanais et des touristes attirés dans les parages regardent, curieux, la chorégraphie des limousines.
Le président Ma Ying-jeou, qui vient de prendre Michel Martelly dans ses bras à son arrivée sur l’esplanade, est déjà là à l’attendre à l’entrée de son palais. Les retrouvailles sont chaleureuses comme si les deux hommes s’étaient quittés depuis des heures. Dix minutes ne séparent pas les deux cérémonies. Tout est dans le symbolique. Nous sommes amis, réjouissons-nous de nous retrouver, semblent conjuguer les deux politiques.

M. Ma conduit Martelly à un salon d’apparat où les deux hommes, accompagnés de leurs conseillers et ministres, s’entretiennent des relations entre les deux pays. Pendant près d’une heure, ils esquissent les contours de l’avenir. Martelly exprime ses souhaits, Ma entend, sans promettre.

Puis, vient le temps de changer de salle. Le communiqué conjoint scellant la visite d’État est lu dans les deux langues avant d’être signé par les deux présidents sous le regard de leurs ministres des Affaires étrangères.
Poignées de main, toasts, salutations, embrassades, c’est déjà le temps de la photo-souvenir au pied de l’escalier, avant de sortir du palais. La partie très officielle du voyage vient de s’achever. Dans la soirée, le président Ma offrira un dîner en l’honneur de son hôte.

Le séminaire et la brochette des hommes d’affaires

Auparavant à midi, le président Michel Martelly doit ouvrir le premier séminaire sur l’investissement en Haïti. Le titre est parlant : « La République de Chine et la République d’Haïti : partenariat et opportunités d’investissements ». C’est l’une des rares fois au cours d’une visite d’un haut responsable haïtien qu’un tel exercice est au programme. C’est la première fois que le président de la République, au pouvoir depuis le 14 mai 2011, se fait accompagner d’une délégation d’hommes d’affaires représentants d’associations du secteur privé.

Est-ce le signe que la glace est définitivement rompue entre le pouvoir et le secteur privé institutionnel et qu’au-delà, l’eau glacée se réchauffe ? S’il ne faut pas sauter trop vite aux conclusions, un signe est patent, Martelly a pêché du lourd.

Les hommes d’affaires qui ont payé de leur poche leur voyage et leur séjour à Taïwan pour répondre à l’invitation du président Michel Martelly de l’accompagner sont : Didier Fils-Aimé, président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti ; Carl Braun, président du Groupe financier national, P.D.G. de la Unibank, gros actionnaire des Moulins d’Haïti (Minoterie) et de National, premier distributeur de produits pétroliers du pays ; Edouard Baussan est aussi de la partie, avec un profil similaire à celui de son associé Braun, il est de plus le premier exploitant d’opérations portuaires d’Haïti ; Réginald Boulos, patron de l’hôtel NH El Rancho, est le plus asiatique de la bande tant il passe du temps en Asie ; s’il vient de vendre ses parts dans la presse écrite (Groupe Le Matin), il est un pilier du secteur de la distribution (Groupe Délimart et Auto Plaza) ; Hervé Denis, ancien ambassadeur d’Haïti, ancien président de la Chambre de commerce, propriétaire de l’hôtel Visa Lodge, lui, vient d’annoncer la construction du premier hôtel Hilton en Haïti.

Trois ans que tous les observateurs se plaignent du comportement de ce gouvernement « open for business » qui n’avait jamais à ses côtés les ténors du secteur privé, ils sont enfin côte à côte. En plus de leur poids sur l’échiquier économique, les patrons réunis à Taïwan autour de Martelly sont tous proches du Forum du secteur privé, le regroupement des plus grandes entreprises d’Haïti. Celles qui paient leurs taxes et donnent des emplois. Le séminaire est leur séminaire, même si le président d’Haïti en est la vedette.

Le chiffre magique

Midi dix, la salle Noble House de l’hôtel Regent fait le plein. Pendant deux heures, des discours, des tentatives de séduction, d’explications et un étalage de statistiques et de chiffres vont y faire honneur à Haïti.

Les discours du président Michel Martelly, de la chargée d’affaires d’Haïti à Taïwan, Rachel Coupaud, et du ministre du Commerce et de l’Industrie, Wilson Laleau, sont convenus. N’empêche, les Taïwanais présents prennent note religieusement.

Didier Fils-Aimé, président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti, arrive sur le podium tout sourire. Vite, il captive avec son époustouflant chiffre magique. Les Taïwanais et aussi les Haïtiens présents dans la salle arrêtent tout pour l’écouter.
« Haïti a un chiffre magique. Un chiffre magique que Taïwan n’a pas », lance-t-il à l’entame de sa présentation alors qu’un gros 700 s’affiche sur les deux écrans disposés dans la salle.
« Haïti est à 700 miles des États-Unis d’Amérique, à 700 miles du canal de Panama, à 700 miles de l’Amérique latine. Haïti peut servir de plateforme idéale pour les investissements taïwanais », a expliqué dans son sourire bon enfant le meilleur orateur du séminaire.

Ensuite, Fils-Aimé décline les forces de l’économie haïtienne, les points attractifs, les secteurs porteurs et donne en exemple des compagnies étrangères implantées en Haïti et qui se tirent d’affaires.
Haïti a exporté pour 3 millions de dollars de produits vers Taïwan alors qu’elle a reçu pour 20 millions de dollars de produits made in Taiwan, l’an passé. Il y a de la marge, explique l’un des intervenants taïwanais. Mais il y a surtout de la place en Haïti pour des investissements.

Dans une argumentation plus longue, mais tout aussi intéressante, Norma Powell, directrice du Centre de facilitation des investissements (CFI), étale les avantages qu’offre Haïti aux investisseurs étrangers.

La liste est impressionnante.

Pas de taxes d’aucune sorte pendant une période de 15 à 20 ans, liberté de vite amortir ses investissements grâce au taux de dépréciation, aucune restriction pour rapatrier les profits, intérêts et dividendes, accès sans taxe aux principaux marchés du monde (USA, Canada, Union européenne, CARICOM, Australie, Japon, etc.) grâce aux nombreux statuts (PMA, membre de la CARICOM, etc.) et accords signés par Haïti (Hope, Help, etc.).

Comment digérer toutes les opportunités

Un repas de sept plats, déssert compris, mettant en valeur la gastronomie taïwanaise, est servi pendant le séminaire. Pour la plupart des convives, il fut inachevé. Le temps a été la denrée rare de ce séminaire. Le président Michel Martelly a dû partir avant la fin et les responsables haïtiens devaient le suivre dans son prochain déplacement chez le fabriquant taïwanais de matériels informatiques Asus.

A peine les hommes d’affaires haïtiens ont-ils eu le temps d’échanger leurs cartes de visite et de prendre langue avec les hommes d’affaires taïwanais, intéressés par l’un ou l’autre des aspects de la présentation, que la réunion s’acheve.

Le CFI, la Chambre de Commerce et l’ambassade d’Haïti à Taipei ont du pain sur la planche. Haïti vient de mettre le pied dans un champ nouveau de sa coopération possible avec cet allié de vieille date qui a toujours privilégié, depuis 1956 que nous sommes amis, les relations politiques à l’affermissement des relations d’affaires avec Haïti.

Le président Michel Martelly et sa suite vont-ils apprécier la valeur ajoutée de la présence des hommes d’affaires ?

Les Asiatiques ont la réputation de prendre leur temps, la présentation faite par les Haïtiens ce mardi n’aura pas d’effet immédiat, a reconnu un homme d’affaires présent à la rencontre. Il ne doute pas un instant que la potion servie aura cependant des suites.

Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter :@Frantzduval

Voir en ligne : Le Nouvelliste







Accueil | Plan du site | info visites 319466

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Actualités Nationales et Internationales  Suivre la vie du site Synthese du jour   Politique de publication

Haitimonde Network