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7 février 1986 : Haïti s’en souvient encore - par : Lionel Édouard , lematinhaiti.com

vendredi 10 février 2012 par Administrator

« Sèt févriye avan solèy leve, Ayiti libere dezyèm endepandans ». Ce fut le refrain d’une chanson de l’époque qui traduisait la liesse populaire suite au départ pour l’exil du dictateur, Jean-Claude Duvalier. Trente ans de dictature, d’arbitraire venaient alors de se terminer. Dans un chaos total, les partisans du régime ont été chassés, leurs maisons pillées et incendiées.

« Sèt févriye avan solèy leve, Ayiti libere dezyèm endepandans ». Ce fut le refrain d’une chanson de l’époque qui traduisait la liesse populaire suite au départ pour l’exil du dictateur, Jean-Claude Duvalier. Trente ans de dictature, d’arbitraire venaient alors de se terminer. Dans un chaos total, les partisans du régime ont été chassés, leurs maisons pillées et incendiées.

Ces scènes de violence accordaient pour l’heure un minimum de satisfaction aux victimes. À défaut de voir l’héritier (Baby Doc), qui ne s’est jamais démarqué des exactions de son père et de la voie tracée par celui-ci, juger pour les crimes commis sous son régime, ils se défoulaient sur les flagorneurs et les petits bras. En trente ans, plusieurs milliers d’hommes et de femmes (jeunes et vieux) ont été tués. Des milliers d’autres sont portés disparus, sans compter les nombreux exilés qui ont été brutalement séparés de leurs familles et de leurs proches.

Le 7 février 1986, les rideaux se sont donc ouverts sur une nouvelle ère : la démocratie. Beaucoup d’espoirs étaient nourris. Les victimes de jadis, aux commandes, devaient offrir une alternative à la dictature. Un nouveau projet de société qui assurerait le bien-être collectif était attendu. Vingt-six ans après, le pays stagne encore. La transition s’est engluée dans la démagogie aux vertus anarchisantes et populistes des leaders de l’époque.

La lutte effrénée et fratricide pour le pouvoir a accouché, au lendemain de cette deuxième indépendance, d’une République bancale, en manque de tout et dépendante de l’aide internationale qui a accru de manière exponentielle en hypothéquant la souveraineté durement gagnée par les aïeux. Cette date restera à jamais dans les annales de l’histoire. Cette année encore, elle fut spéciale. Le Président de la République l’a passée hors du territoire. Coïncidence ! En tout cas, pas une note officielle n’est sortie pour saluer la mémoire des disparus. Cette attitude est-elle dictée par la présence de Duvalier ? Turneb Delpé, un des militants de l’époque, revient sur les derniers moments du régime.

Une tranche d’histoire…

L’arrestation de Proluxe Saint-Jean aux Gonaïves qui souleva la population contre la dictature, raconte Delpé, fut un événement déclencheur. Les militants de la ville, comme Jean Tatoune, ont lancé une grande manifestation le 30 octobre 1985 où un ultimatum de 15 jours francs fut envoyé au président Jean-Claude Duvalier afin qu’il libère M. Saint Jean. Le délai expiré, sans que les revendications soient satisfaites, les 28 et 29 novembre de la même année des vagues de manifestants ont déferlé dans les rues de la cité de l’Indépendance.

Un événement allait définitivement sceller le sort du pouvoir en place lors de ces manifestations. C’est l’assassinat au cours de ces mouvements de protestation des trois lycéens : Marckenson Michel, Daniel Ismaël, Jean Robert Cius. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre à travers le pays. Dans un élan de solidarité, la mobilisation s’est généralisée et a abouti à la fin du régime dictatorial des Duvalier, le 7 février 1986.

Cette lutte ne devait nullement se réduire, selon Turneb Delpé, à la dictature qui menaçait le bien- être de la population. Elle devait aller plus loin et accoucher d’un nouveau modèle de société. L’État au service d’une élite devait faire place à un État serviteur, appelé à œuvrer pour le bien-être de la société.

Les élites économique, politique, religieuse et intellectuelle n’ont pas eu, explique Delpé, la capacité de transformer ce modèle d’État qui s’est effondré, en un modèle d’État répondant aux revendications de 1986. Ceci, malgré un outil majeur à leur disposition : la constitution de 1987.

Un procès controversé…

Plus d’un an déjà depuis que Jean-Claude Duvalier est revenu au bercail. Il est libre d’aller et venir, malgré la décision du juge d’instruction Jean Carvès de l’assigner à résidence. Il a rencontré le président Martelly dont il serait l’un des modèles. Il l’a accompagné à maintes reprises à des cérémonies officielles, y compris lors de la cérémonie commémorant les deux ans du séisme du 12 janvier 2010. Il a même serré la main de Bill Clinton, ex-président américain, démocrate de son état. Pourtant aucun procès n’est venu, à date, blanchir celui qui hérita de l’empire duvaliériste ainsi que des crimes de sang de son père.

Depuis plus d’un an, son dossier traînait au cabinet d’instruction. L’ordonnance est finalement sortie. Monsieur Duvalier ne serait pas un criminel. Il est envoyé devant le tribunal correctionnel pour détournement de fonds. Le Juge Carvès a voulu, dit-on, trouver le juste milieu. Pour Delpé, c’est une manière de blanchir l’ancien dictateur. Malgré les contestations des organisations de défense des droits humains, les victimes risquent de voir leurs espoirs de justice disparaître définitivement. Ces organisations arrivent trop tard. L’État également arrive trop tard. Puisque c’est au nom du principe de prescription des crimes que Duvalier échappe au tribunal criminel. Il n’y avait pas de plaintes.

Plus de vingt-cinq ans après, l’État haïtien n’a rien fait pour rétablir la mémoire des nombreuses victimes de la dictature. L’espoir aujourd’hui pour celles-ci réside dans le qualificatif de crime contre l’humanité attribué aux exactions de Papa Doc, de Baby Doc et de leurs complices. Toutefois, certains juristes affirment que dans les textes de lois haïtiens, aucune convention du genre n’existe. Si cette convention a été effectivement signée, elle n’a jamais été ratifiée par le parlement haïtien. Duvalier n’est donc pas passible du Tribunal pénal international.

Entre-temps, Jean-Claude Duvalier se réhabilite sous le soleil réparateur d’Haïti. Physiquement, il paraît plus en forme qu’à son arrivée en janvier 2011. Socialement aussi, il se réintègre. Il a été choisi comme parrain d’une promotion à la Faculté de droit des Gonaïves, là où les mouvements de revendication qui l’ont poussé à s’exiler ont débuté. Tout un symbole, n’est-ce pas ? L’histoire de ces trente ans de dictature est donc enfouie dans la mémoire collective. À la jeunesse d’aujourd’hui, il ne reste que des bribes d’information racontées par des vieillards bavards en mal d’auditoire.

Dans une parodie de procès, selon Delpé, Duvalier sera blanchi ainsi que les trente ans d’un régime qui aura marqué l’histoire du pays à la couleur du sang. Peut-on encore se rattraper ? Oui, selon le leader du Parti des nationaux démocrates progressistes haïtien (PNDPH). Comment ? En faisant, préconise-t-il, le procès du système afin de réconcilier le pays avec lui-même. Tous les chefs d’État de 1986 à nos jours devraient être jugés, selon Delpé, pour que plus jamais nous ne revivions ces expériences macabres.

En tout cas, la procédure pour juger Duvalier en correctionnel est déjà lancée. Il sera jugé seul, et ses acolytes regarderont de loin leurs crimes lavés grâce au laxisme de nos élites et de l’État. L’Histoire suit donc son cours et les Haïtiens d’hier et d’aujourd’hui seront jugés à leurs tours par les générations futures.

Lionel Édouard








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