CAPSULES-HAITIMONDE.COM - Les Dernières Nouvelles d’Haiti - Tout sur l’actualité haitienne - Le réseau de référence Haitimonde.com

40 femmes en prison pour atteinte à la pudeur - par : Robenson Geffrard, Le Nouvelliste

jeudi 16 septembre 2010 par Administrator

Elles sont au total quarante jeunes filles prostituées qui ont été arrêtées et mises en détention préventive dans plusieurs sous-commissariats de la capitale depuis le lundi 13 septembre. Selon le responsable de la police de Port-au-Prince, le commissaire principal Michel-Ange Gédéon, l’opération a été menée avec un juge de paix et en collaboration avec le Parquet près du tribunal civil de Port-au-Prince. Plus de 48 heures après ces arrestations, ni le ministère à la Condition féminine ni le service de prostitution de l’Institut du bien-être social et de recherches n’ont encore réagi.

Haïti : « Atteinte à la pudeur ». Voilà le principal chef d’accusation retenu contre ces jeunes filles prostituées. D’entrée de jeu, le responsable du commissariat de Port-au-Prince se veut clair là-dessus, la police ne prend pas en chasse les gens qui décident pour une raison ou une autre de pratiquer la prostitution. « La police de Port-au-Prince entend contrecarrer les gens qui s’exhibent dans des endroits interdits où ils ne devraient pas être. Loin de là l’idée de violer le droit qu’a une personne de choisir son orientation sexuelle, loin de là l’idée de prendre en chasse les filles des trottoirs », rassure Michel-Ange Gédéon dans une interview accordée au Nouvelliste à son bureau.

Pour ceux-là qui croient que ces jeunes filles ont été arrêtées pour l’homosexualité, M. Gédéon répond : « Nous n’avons aucun problème avec des gens qui décident de pratiquer l’homosexualité. Nous avons un problème avec ceux-là qui le font sur la voie publique. »

Ces quarante jeunes filles prostituées sont pour le moment placées en détention dans différents sous-commissariats de Port-au-Prince, en attendant un ordre de justice demandant leur transfert par-devant le parquet, précise le commissaire Gédéon. « Ces prostituées sont sous le contrôle de la justice, la police ne fait que les maintenir en garde à vue », souligne l’officier de police.

Selon M. Gédéon, la police a bien pris soin de ne pas violer les droits de ces jeunes filles. « Dans le souci de respecter ce que dit la loi, nous n’avons pas fait d’intervention sous les tentes qui peuvent être considérées comme un lieu privé que nous ne pouvons pas violer. Elles ont été arrêtées sur la voie publique. Elles n’ont pas été frappées, ni maltraitées par la police », dit Gédéon.

L’absence de cadre légal a occasionné un retard dans l’opération menée lundi dernier par la police. Selon l’officier de police, les gens ont dénoncé à travers les médias le comportement irrévérencieux de ces prostituées sur la voie publique. « Avant de mener cette opération, nous sommes entrés en contact avec le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Harrycidas Auguste, qui nous a fait accompagner par un juge de paix. Sa participation dans l’opération signifie d’office que la justice est saisie du dossier », explique le commissaire principal.

M. Gédéon s’est félicité du partenariat développé entre la police et la justice dans le cadre de cette affaire. Pour l’instant, le sort de ces jeunes filles dépend de la justice, souligne-t-il.

L’IBERS peut-il agir ?

Les responsables de l’Institut du bien-être social et de recherches (IBERS) tentent de dégager toute responsabilité dans cette affaire. « Depuis le 12 janvier le service qui s’occupe de la prostitution est fermé », déclare sur un ton indifférent la directrice de défense sociale de l’Institut, Marie Carmelle Déjean, qui nous réfère à la direction générale de l’IBESR.

Pour d’autres responsables tel que le technicien Hervé Volcy de la Direction de défense sociale, c’est le ministère à la Condition féminine et aux droits des femmes (MCFDF) qui devrait se charger de cette affaire. En guise de réponse aux interrogations du Nouvelliste, il déplore le fait que le MCFDF, qui a été créé bien après l’IBERS, possède beaucoup plus de moyens et de marge de manoeuvre que l’Institut.

Décidément, les quarante filles détenues ne peuvent pas compter sur l’intervention de l’Institut du bien-être social et de recherches (IBERS), qui ne manifeste ainsi aucun intérêt à leur endroit. Il faut toutefois souligner que la directrice générale de l’IBERS n’a pas pu être rencontrée ce mercredi par le journal.

Le MCFDF attend le rapport de sa commission d’enquête interne

De son côté, le directeur général du ministère à la Condition féminine et aux droits des femmes (MCFDF), Hemanex Gonzague Désir, indique que son ministère attend le rapport d’une enquête interne diligentée par une commission du MCFDF sur le dossier avant de se positionner publiquement. « Le ministère est en train de compiler les informations sur ce qui s’est passé, dit-il. Nous allons voir ce que dit la loi sur ce genre de dossier et voir également si les droits de ces jeunes filles ont été violés. »

Selon Hemanex Gonzague Désir, les premiers éléments d’informations collectés par le MCFDF font état de plaintes qui auraient été déposées contre ces filles pour pratique de prostitution sur la voie publique.

Des plaintes, il n’y en a pas. La police a écouté les médias avant de se mettre en branle.

Les associations de défense des droits des femmes scandalisées

Pour la responsable de l’organisation féminine Kay Fanm, Yolette Jeanty, ces arrestations sont injustes, illégales et elles montrent clairement que les responsables du pays dépassent les bornes. « Depuis le 12 janvier, les conditions de vie des femmes ne font que se détériorer, alors que le gouvernement ne fait rien pour changer leur situation », dénonce-t-elle.

Selon l’activiste de défense des droits des femmes, les femmes ont le droit de disposer comme bon leur semble de leur corps dans la mesure où elles ne nuisent pas à autrui. « Les a-t-on surprises en train de faire le sexe sur la voie publique ? Sinon, la police n’a pas le droit de les arrêter », soutient-elle.

Interrogée sur le type de soutien que Kay Fanm entend apporter à ces prostituées en détention depuis lundi dernier, Yolette Jeanty indique que le champ d’intervention de l’association qu’elle dirige concerne les violences faites aux femmes.

Encore là, il est peu probable que ces filles prostituées puissent compter sur cette association de défense des droits des femmes.

Pour sa part, la coordonnatrice générale de la Sofa, Lise Marie Déjean, indique que le chef d’accusation retenu contre ces prostituées est émaillé de confusion. Elle estime que ces jeunes filles sont victimes de la lenteur du gouvernement à donner une réponse adéquate aux dégâts du tremblement de terre. « Huit mois après le tremblement de terre, leur droit à un logement n’a pas été respecté », avance-t-elle, tout en soulignant que l’accusation d’atteinte à la pudeur retenue contre ces prostituées n’est pas bien définie.

Comme l’organisation féminine Kay Fanm, la responsable de la Sofa indique que son association n’intervient pas dans ce genre d’affaire. Donc, elle ne prévoit aucun soutien pour ces filles.

Que dit la loi ?

Selon le trésorier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Patrick Laurent, même le proxénétisme est condamné par la loi. C’est-à-dire, celui qui tire profit de la prostitution d’autrui. Il estime que les arrestations de ces prostituées en ce début de semaine sont légales et respectent la loi. Il juge qu’il y a eu flagrance dans cette affaire.

Me Laurent de confirmer que ces jeunes filles des trottoirs peuvent être poursuivies pour attentat aux moeurs, selon le Code pénal. « L’article 282 du Code pénal stipule que quiconque aura attenté aux moeurs, en excitant, favorisant ou facilitant habituellement la débauche ou la corruption de la jeunesse, de l’un ou de l’autre sexe au-dessous de l’âge de vingt-et-un ans, sera puni d’un emprisonnement de six mois à deux ans.- C. civ. 309.- C. pén. 9-1°, 26 et suiv. 36, 283. », explique-t-il.

Si ces jeunes filles sont reconnues coupables, le Code pénal prévoit les sanctions en son article 278, poursuit l’homme de loi. « Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur sera punie d’un emprisonnement de trois mois à un an, et d’une amende de seize gourdes à quarante-huit gourdes.- C. pén. 9, 10, 26 et suiv., 36, 232, 280 et suiv., 396-3°. », dit-il en citant l’article 278.

En visite dans les prisons

Une visite du Nouvelliste dans un des sous-commissariats où sont gardées ces jeunes filles a permis à ces dernières de dénoncer le caractère illégal de leur arrestation. Certaines d’entre elles menacent de reprendre du service une fois sorties de la prison si rien n’est fait pour changer leurs conditions de vie. « Le gouvernement ne sait pas de quoi on vit. Il ne sait pas ce qu’on fait quand on est malade, ni comment on fait pour nourrir nos enfants ou pour les envoyer à l’école. Il ne sait rien de nous », s’insurgent-elles derrière les barreaux.

Une autre jeune prostituée de 19 ans déclare que plus jamais elle ne fera les trottoirs : « Une fois sortie d’ici, plus jamais je ne retournerai sur les trottoirs : j’irai fonctionner loin dans les night clubs. »

Dernière les barreaux depuis lundi dernier, ces jeunes prostituées ne savent pas encore combien de temps elles vont rester en prison.

Robenson Geffrard

rgeffrard@lenouvelliste.com








Accueil | Plan du site | info visites 314833

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site GOUVERNANCE & POLITIQUE  Suivre la vie du site Politique  Suivre la vie du site Politique Sociale   Politique de publication

Haitimonde Network